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Élie : de l’euphorie au désespoir

 

1 Rois 18-19

prédication

pasteur René Lamey 

 

6 mars 2018

J’ai intitulé cette prédication : Elie : de l’euphorie au désespoir ; j’aurais tout aussi bien pu mettre un titre quelque du genre : Elie, un homme dominé par ses émotions.
On croit les prophètes inébranlables ; on les imagine pleins de force et de courage, tenant tête aux puissants de ce monde ; on les considère comme des modèles de constance et de maîtrise de soi… et nous, par contraste – parce que nous tombons toujours et encore dans le piège de la comparaison – nous nous sentons si petits, si insignifiants, si maladroits, si inutiles – si nuls, quoi…
Mais est-ce bien là, la réalité : les prophètes si grands, et nous si petits ? Les prophètes si courageux et nous si lâches ? Peut-être pas… En tous cas, pas avec le prophète Elie.
Laissez-moi vous raconter une partie de son histoire.

Dieu envoie Elie chez le roi Achab, un roi qui ne se soucie pas de Dieu, ni des autres, il n’a d’yeux que pour lui-même et pour sa belle et cruelle femme, Jézabel. La foi des ancêtres est bafouée, le temple est plein d’idoles, la loi des hommes est détournée au profit des riches et des puissants, les pauvres sont laissés dans la misère. Elie est envoyé pour mettre un peu d’ordre dans ce désordre social, moral et spirituel.
En arrivant en Israël, Elie croise les prophètes du dieu Baal, un dieu concurrent qui semble avoir pris une grande place dans le pays. Elie a soudain une idée géniale : il provoque une gigantesque confrontation entre les prophètes de Baal et lui, le seul prophète du vrai Dieu. Cette confrontation est haute en couleurs et en bruit (nous n’avons pas le temps de la décrire maintenant – lire 1 Rois 18) et tourne, bien sûr, à l’avantage d’Elie.
Les faux prophètes sont lamentablement ridiculisés, Elie est le grand vainqueur, Elie est le grand champion, alors, Mesdames et Messieurs, applaudissez le prophète, acclamez le héros sans peur et sans reproche. Elie est porté aux nues, Elie nage béatement dans l’ivresse de la victoire, et pour parachever son triomphe, Elie prend son épée et trucide allègrement les 400 faux-prophètes… Et la nouvelle de cette victoire et de ce massacre est rapportée au roi Achab.
Ecoutons maintenant la suite telle qu’elle nous est rapportée dans la Bible.

1 Rois 19.1-3a
Achab raconta à la reine Jézabel tout ce qu’avait fait Elie et comment il avait fait périr par l’épée tous les prophètes de Baal. Alors Jézabel envoya un messager à Elie pour lui dire :
- Que les dieux me punissent si demain, à la même heure, je ne t’ai pas fait subir le sort que tu as infligé à chacun de ces prophètes !
Elie prit peur et s’enfuit pour sauver sa vie.

Alors, le prophète Elie ? Si grand, si fort ? Si courageux ? Que nenni ! Il est tout aussi victime de ses émotions que vous et moi… Mais voici la suite…

1 Rois 19.3b-16
Il se rendit d’abord à Beer-Chéba, dans le territoire de Juda. Puis il s’enfonça dans le désert. Il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à la montagne de Dieu.
Là-bas, il entra dans la grotte et y passa la nuit. Soudain, l’Eternel lui adressa la parole et lui dit : en ces termes :
- Que viens-tu faire ici, Elie ?
Il répondit :
-  J’ai ardemment défendu la cause de l’Eternel, le Dieu des armées célestes, car les Israélites ont abandonné ton alliance et ils ont renversé tes autels, ils ont massacré tes prophètes ; je suis le seul qui reste, et les voilà qui cherchent à me prendre la vie.
L’Eternel dit :
-  Sors et tiens-toi sur la montagne, devant l’Eternel.
Et voici que l’Eternel passa. Devant lui soufflait un vent si violent qu’il fendait les montagnes et fracassait les rochers. Mais l’Eternel n’était pas dans l’ouragan. Après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre. Mais l’Eternel n’était pas dans ce tremblement de terre. Après cela, il y eut un feu ; l’Eternel n’était pas dans ce feu. Enfin, après le feu, ce fut un bruissement doux et léger. Dès qu’Elie l’entendit, il se couvrit le visage d’un pan de son manteau et sortit se placer à l’entrée de la grotte.
L’Eternel lui dit :
-  Va, retourne sur tes pas, à travers le désert, jusqu’à Damas ; quand tu seras arrivé, tu consacreras Hazaël comme roi de Syrie. Puis tu iras consacreras Jéhu, comme roi d’Israël ; tu consacreras aussi Elisée, comme prophète pour te remplacer.

En voilà une belle expérience ! Car, comme je le sous-entendais dans le titre de ma prédication, Elie, tout aussi prophète qu’il est, semble connaître de belles variations dans ses émotions, ou mieux, peut-être, il semble être, tout comme nous le sommes parfois, le jouet de ses émotions. En quelques heures, Elie passe le la plus haute assurance au plus noir des doutes ; le formidable sang-froid dont il a fait preuve devant les centaines de faux-prophètes se transforme soudain en peur panique parce qu’une femme en veut à sa vie.

D’une certaine façon, l’expérience que vient de vivre Elie, cette expérience de la fuite et de la rencontre avec Dieu dans la grotte, cette expérience, cette prise de conscience, pénible et belle en même temps, correspond à trois mots, trois attitudes qui nous permettent, à nous aujourd’hui, de mettre un peu d’ordre dans nos émotions.

H comme Honnêteté. Plus besoin de jouer le grand prophète. Plus besoin de devoir jouer dans la cour des grands. Plus besoin de se fabriquer un personnage, de jouer la comédie de « se la jouer » comme on dit ; simplement – mais ce n’est pas toujours si simple – être une personne, être soi-même, être ce que je suis, avec mes failles et mes faiblesses, mais aussi être ce je suis avec mes dons (qui sont peut-être à découvrir), avec mes capacités, mes compétences artistiques, relationnelles, organisationnelles, culinaires, etc. (chacun de nous à des compétences, elles sont peut-être enfouies, bien cachées, elles n’attendent que de naître) et les faire grandir, et en faire profiter les autres.

A comme Acceptation. Acceptation de mes limites, acceptation de ces émotions qui me fragilisent et qui pourrissent parfois ma vie. Acception oui, mais non à la résignation, non à la stagnation, non à l’immobilisme, non au « que voulez-vous, c’est comme ça, et ça ne changera jamais et je n’y arriverai jamais », mais plutôt, « je me lèverai, je me relèverai, j’avancerai, je me battrai, je progresserai, et un jour ou l’autre, j’y arriverai… »

Et L, comme Lâcher-prise. Elie croyait pouvoir changer le monde. Il pensait être le sauveur, le libérateur, il s’était forgé une image de vaillant prophète, de fidèle serviteur, d’homme de Dieu qui n’a peur de rien, et tout s’est effrité, tout s’est dégonflé, toute cette belle construction s’est effondrée. Elie s’est retrouvé à terre. Elie a dû lâcher-prise. Le masque est tombé, le vrai Elie pouvait naître. L’homme fragile et blessé pouvait se relever. Il restera prophète, il restera un peu dans la cour des grands (il doit consacrer des rois), mais – et les chapitres qui suivent le montreront bien – il n’endossera plus le rôle du prophète arrogant et trop sûr de lui-même. Il sera simplement et tranquillement Elie, de Tichbé en Galaad, comme moi, je suis René, de Schirmeck en Alsace… et chacun de vous peut mettre son prénom et son lieu de vie.

Qu’est-ce qui a pu provoquer un tel changement dans la vie du prophète ? Que s’est-il passé dans sa tête ? D’où vient ce regard différent sur lui-même et sur ce qu’il croyait devoir être et devoir faire ?

Le changement de perspective, la conversion, pourrions-nous dire, a eu lieu sur le seuil de la grotte, sur le seuil de son cœur. Ce qui bouleversé la vie du prophète, ce qui a modifié sa vision des choses, c’est la découverte, la révélation d’un Dieu autre : Dieu n’était pas dans l’ouragan qui fracassait les rochers, Dieu n’était pas dans le tremblement de terre, Dieu n’était pas dans le feu. Dieu était dans le doux bruissement d’un souffle ténu.

Autrement dit : Dieu n’est pas dans le fracas de paroles prophétiques tonitruantes, Dieu n’est pas dans la violence, Dieu n’est pas dans la puissance, Dieu n’est pas dans les jugements ni dans les condamnations, Dieu n’est pas dans les feux des combats théologiques et religieux, Dieu n’est pas dans le sang qui coule en son nom.

Mais Dieu est dans la douceur, Dieu est dans la tendresse, Dieu est dans l’écoute, Dieu est dans la grâce. Dieu m’accompagne dans mes fragilités, il me relève quand je m’apitoie sur moi-même, il me donne le courage de continuer la marche. Même mieux : Dieu place sur la route de ma vie toutes sortes de situations qui sont autant d’invitations à devenir un homme, une femme, certes encore fragile ici ou là, mais capable d’aller plus loin, capable de gravir les marches, capable d’atteindre, malgré ou à cause des émotions, une paix et un épanouissement bienfaisant. Nous ne sommes pas condamnés à rester dans la grotte et à nous morfondre sur nos échecs, nous sommes invités nous lever et à regarder vers l’avant pour entrer dans une vie faite de plus de liberté en saisissant toutes les occasions qui se présenteront pour progresser et devenir – enfin – celui ou celle que je suis au plus profond de mon être…

Peut-être, comme Elie, faudra-t-il passer par la fuite et le découragement, peut-être faudra-t-il se tenir sur le seuil de nos conceptions maladroites sur Dieu et accueillir une autre vision du divin, peut-être faudra-t-il s’ouvrir à la petite brise divine qui souffle sur notre vie, peut-être… peut-être faudra-t-il simplement dire oui à la vie, telle qu’elle est, avec ses failles et ses défauts, mais aussi avec ses promesses et ses chances...

Alors, avec Elie, ouvrons nos voiles, ouvrons nos émotions au souffle divin, et voguons tant bien que mal, voguons avec persévérance et confiance sur l’océan de la vie. Amen !

 


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