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Dieu voit

 

 

pasteur Alain Arnoux

 

Méditation parue dans la Lettre hebdomadaire
de l’Église protestante unie de Bourdeaux, Dieulefit, La Valdaine
2 février 2018

 

2 février 2018

       
Dans le hameau du Mazet-St-Voy (Haute-Loire) où nous avons acquis la maison qui nous accueillera à la retraite, une de nos voisines, de confession darbyste, a ces deux mots gravés sur les magnifiques boiseries de sa vieille cuisine : Dieu voit. J’avoue que la première fois que j’ai vu cette inscription, j’en suis resté péniblement impressionné. En effet, cela m’a fait penser aux caméras de surveillance qu’on installe un peu partout aujourd’hui. L’idée d’être observé en permanence et à son insu a quelque chose de déplaisant, même si l’on n’a pas de mauvaise intention. De me sentir surveillé, cela m’a toujours donné l’impression d’être coupable de quelque chose, et d’être traité en suspect. D’un autre côté, ces caméras de surveillance sont officiellement là pour notre protection, et cela peut avoir quelque chose de rassurant. Il n'empêche...


        Dieu voit. Bien sûr, cela fait penser à ce qu’on a dit de Dieu pendant des siècles : Dieu qui surveille, Dieu qui lit dans les pensées et dans les cœurs, Dieu qui enregistre tout, Dieu qui compte soigneusement, infailliblement, mesquinement chacune de nos fautes. Dieu espion. Dieu flic. On a le droit de penser que ce Dieu-là est pire que tous les dictateurs de notre temps. Il a accès à ce que les caméras de surveillance ne peuvent ni voir ni enregistrer : nos pensées et nos sentiments les plus secrets. Devant lui, il n’y a plus d’intimité, plus de liberté possibles. Comment peut-on aimer un Dieu pareil ? On peut seulement le craindre, le haïr, chercher à tricher avec lui ou à l’éliminer. Il y a dans la Bible une prière, le Psaume 139, qui me semble dire la révolte d’un homme contre ce Dieu espion permanent, intime et universel. Ce qui révolte cet homme, c’est qu’il n'arrive pas à échapper à ce Dieu-là : ni l’obscurité, ni la fuite, ni même le tombeau ne mettent à l’abri de lui.


        Dieu voit. Pourtant, ces mots ont aussi quelque chose de rassurant et d’apaisant. Je pense d’ailleurs que c’est pour cela qu’ils sont gravés dans la cuisine de cette ferme du Mazet. Depuis 1828, cette cuisine a sûrement été le lieu de bien des souffrances, de moments de souci et d’angoisse, de questionnement et même de doutes. C’est le lot de toute vie humaine. Dieu voit tes souffrances, tes soucis et tes luttes intérieures. Dieu voit. Il voit ce que les autres ne voient pas forcément. Il connaît la blessure, l’humiliation, le désarroi, la tristesse, que tu caches soigneusement derrière du sourire et du courage, ou de la hargne. Dieu voit. Il voit le mal qu’on te fait. Et si c'est une honte ou un remords qui t'habite, il y a ce verset admirable de la première lettre de Jean : « Si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout ».


      Dieu voit. Le Dieu dont il est question dans cette cuisine et ici, c’est celui que nous connaissons grâce à Jésus. On pourrait parler du regard de Jésus. Les évangiles l’évoquent à plusieurs reprises. Regard attentif, regard sans jugement, regard affectueux sur les victimes de la société, de la religion et de leurs propres erreurs. Regard acéré sur ceux qui mettaient leur position sociale, leur piété et leur morale en spectacle pour dominer les autres, regard attristé aussi sur leur aveuglement spirituel. Il me vient à l’idée que jamais personne n’a pu avoir l’impression d’être invisible quand il rencontrait Jésus. Dieu voit : tu existes, tu es quelqu’un, tu es pris en compte. Dieu voit. Ainsi est aussi affirmé ce que l’Évangile nous révèle : si Dieu est l'Infini, cela veut dire qu'il aussi proche qu'il est différent ; il sait et il intervient. Dans le Psaume 139 évoqué plus haut nous lisons : « Tu poses ta main sur moi ».
A cause de Jésus-Christ, nous savons que cette main est une main percée, blessée, la main de quelqu’un qui sait ce qu’est la souffrance et la lutte intérieure, la main d’un compagnon qui aide, la main d’un ami sur l’épaule. En cela il y a toute la différence entre « veiller sur » et « surveiller ». Dieu voit. Il s’agit simplement de savoir en quel Dieu on croit pour savoir comment il nous voit. Au passage je signale que le Psaume 139, qui commence dans la révolte, s’achève dans la confiance et l’apaisement (avec quelques mots malsonnants, quand même) : dans sa lutte intérieure, l’homme révolté a (re)découvert qui est son Dieu, et il s’agit bien de celui que Jésus-Christ fera connaître plus tard au prix de sa vie, contre les fanatiques du Dieu espion, qui sévissent encore aujourd’hui… parfois même en se réclamant de Jésus-Christ !


       Dieu voit. Mais il n’est pas un témoin impuissant. Les évangiles ne nous permettent pas d’évacuer l’idée du jugement de Dieu, même si nous en avons envie. En fait, il y a dans ce monde tellement de violences, d’injustices, d’humiliations qui restent ignorées, camouflées et impunies, que je trouve consolante l’idée d’un jugement de Dieu où tout cela sera mis au grand jour, et où justice sera rendue, et la vérité faite. Dieu voit. Autant je trouve infamante pour Dieu l'idée qu'il passe son temps à cocher nos fautes dans un petit carnet à notre nom, autant me console l'idée qu'aucune larme d'aucun enfant, d'aucune femme, d'aucun homme humiliés et broyés n'est oubliée. En attendant, être chrétien, c’est essayer de comprendre et d’adopter le regard de Dieu, sur soi-même et sur le monde.

 

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