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Semaine de l'unité

   
Les religions,
facteurs de division
et/ou de fraternité ?

 

 

pasteur Alain Arnoux

 

Article paru dans la Lettre hebdomadaire
de l’Église protestante unie de Bourdeaux, Dieulefit, La Valdaine
janvier 2018

 

20 janvier 2018

        C'est un slogan à la mode que de dire que les religions sont facteurs de division, et l'actualité en donne les raisons. Parmi les humains, qu'est-ce qui n'est pas facteur de division et en même temps d'union ? Qu'est-ce qui ne rassemble pas des gens face à d'autres, à l'écart d'autres, voire contre d'autres ? Les opinions politiques, les clivages sociaux, les intérêts matériels et financiers, les courants philosophiques, les ambitions, les peurs, la recherche d'un espace vital... Tout contribue à diviser les humains et à les rassembler contre d'autres humains. Les non croyants, qui pensent que les religions sont des produits des intérêts, des frustrations, des ambitions des humains, ne devraient pas trouver étrange et scandaleux que les religions soient aussi facteurs de division, comme le reste, puisqu'elles ne sont qu'humaines. Mais ils devraient englober tout le reste dans leur réprobation, puisqu'elles en sont le produit. D'un autre côté, les croyants devraient avoir la lucidité de reconnaître les racines humaines de leur religion : elle est aussi le produit de tout cela, pas seulement d'une révélation.

Le rassemblement, l'unanimité, l'uniformité, l'union elle-même sont ils toujours bons ? N'est-ce pas ce que recherchent tous les totalitarismes (politiques, spirituels, économiques, y compris celui de notre économie de marché) ? La dissidence, la séparation, le non-conformisme, sont-ils toujours mauvais ? D'où, de quelles peurs vient, chez les humains, même ceux qui se veulent les plus démocrates et les plus libres d'esprit, cette crainte des différences, des séparations, des particularités, et cette idéalisation de l'unité ?

La liberté intérieure et civile contient la possibilité de se distinguer des autres, de se séparer, de ne pas être d'accord. Sans cette possibilité, il n'y a pas de liberté. Et refuser cette possibilité et cette liberté à certains, n'est-ce pas en fait déjà reconnaître et faire une séparation, une division entre eux et nous-mêmes ?

La religion, au sens strict, a plutôt l'ambition de rassembler, d'unir, d'uniformiser même, les humains, les sociétés, les cultures, dans le respect des mêmes croyances, des mêmes manières de prier et de célébrer, de la même morale, et donc tendance à ne pas reconnaître la liberté personnelle (dans un même peuple, sur un même espace). L'histoire et l'actualité de toutes les religions le montrent bien. Le prophète, le spirituel, est en porte à faux avec la religion. Il en voit la perversion, il en dénonce le totalitarisme, il appelle à l'éveil, à la prise de position personnelle. Jésus de Nazareth est un contestataire et une victime de la religion organisée. Il est moins que certain qu'il ait voulu en organiser une autre, et la première trahison de l’Évangile par les chrétiens est peut-être d'être devenus une religion organisée. Il faut sans cesse évangéliser le christianisme, d'abord.

Jésus a prononcé une parole scandaleuse : « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre. Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée. Je suis venu apporter la division entre le père et son fils, la mère et sa fille... » (Matthieu 10 / 34-36) Ce n'est pas un appel à la guerre sainte. C'est d'abord un constat : son message divise. Parce qu'il est venu affirmer la liberté de chaque être humain (homme et femme) de se libérer des conditionnements, de l'emprise et des solidarités obligatoires de son clan, de sa famille, de sa religion, de sa nation (rancunes ethniques et religieuses, haines, préjugés, intérêts...). Des appartenances. Pour entrer dans une nouvelle dimension : le règne de Dieu. Toute liberté prise sépare, divise... Le problème est de savoir dans quel esprit. Est-ce pour aboutir à une nouvelle soumission ? Les trois monothéismes se réclament d'Abraham, un homme qui est devenu leur « père » en se séparant lui-même de son père, en prenant des distances avec son clan, sa patrie, ses dieux, ainsi que le rappelle le Rabbin Delphine Horvilleur. Nous sommes les descendants spirituels de quelqu'un qui a pris des distances. Mais il l'a fait, selon la promesse et l'ordre de marche du Dieu inconnu de lui, pour devenir bénédiction pour tous les hommes.

L'appel de Jésus-Christ à aimer l'autre, le différent, le prochain, les frères et les soeurs que Dieu me donne et que je ne peux pas choisir, est lui-même facteur de division. Aimer ainsi, c'est un choix de vie, une décision, en rupture avec notre nature profonde et nos instincts, avec les solidarités exigées par la politique en fonction de l'histoire et des intérêts nationaux, avec même les préjugés religieux ou philosophiques.

Absolutiser sa manière de penser, de croire, de prier, de célébrer, de vivre, et vouloir les imposer aux autres à la fois pour leur salut et pour unir l'humanité (comme si c'étaient les seules justes) est un aveuglement spirituel, et c'est le contraire de l’Évangile, même quand cela vient de chrétiens. Ce n'est pas Dieu qui a besoin de doctrines, de rites, de traditions, de dévotions, d'observances... c'est l'homme. Dieu n'a pas besoin de cela pour nous accepter. Il nous accepte avant toute démarche de foi, de croyance, d'action, de piété. Cela, c'est l’Évangile. La « croisade », outre que cela revient à oublier qu'on n'obtient jamais une vraie adhésion d'une conscience brutalisée, c'est la négation de l’Évangile au nom de la croix.

Le vrai spirituel, de quelque religion ou de quelque courant de pensée qu'il soit, sait cela et reconnaît donc le droit à la différence : est-il en cela facteur de division ou facteur de paix et d'unité ?

 

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