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Philippe Lechermeier

Rébecca Dautremer

 

 

Ed. Gautier-Languereau

160 pages, 16,90 €


 

Recension Gilles Castelnau


24 octobre 2017

C’est un beau livre qui nous est donné ici, sur du papier brillant et illustré de très belles images, colorées, originales, saisissantes. Et incontestablement l’auteur sait écrire de façon vivante et attrayante. Les récits bibliques l’amusent et il se plait à en jouer.
Il le dit, d’ailleurs, sans vergogne dès le début de ses « remerciements » :

Parce qu’un jour à la fin d’un repas, elle m’a demandé quel serait le texte le plus fou que j’aimerais écrire, parce que ce jour-là, elle a répondu « chiche » quand j’ai dit « la Bible » et que c’est comme ça que tout a commencé, je tiens à remercier Valérie Cussaguet...

En voici, par exemple trois passages :

 

 

L’annonce aux bergers de Noël

page 21

[...]

Puis l'homme oiseau revint près de Bethléem.
Non loin de la grotte où Marie et Joseph s'étaient installés, il vit des bergers allongés à côté d'un feu. La nuit était tellement douce qu'ils n'avaient pas fait rentrer leurs troupeaux. Ils étaient en train de deviser et de chanter quand l'homme oiseau leur apparut pour leur annoncer la naissance du fils de Dieu.
Au début, ils crurent qu'ils rêvaient. L’un d'eux se demanda même si le vin qu'ils avaient bu n'était pas empoisonné. Le fils de Dieu ? Dans un lieu où d'habitude on rassemblait du bétail ?
Mais les paroles de l'homme oiseau pénétrèrent si profondément dans leur cœur qu'ils quittèrent immédiatement leur troupeau pour se rendre à la grotte.

Quand ils s'approchèrent, les premières lueurs de l'aube éclairaient la couche de paille. Joseph et Marie y étaient allongés, assoupis, formant comme un cercle.
Au milieu, un enfant gigotait.
C'était le fils de Dieu.
Les bergers tombèrent à genoux.
Dans un souffle, pour ne pas les réveiller, ils murmurèrent des prières.

[...]

Manifestement, avant de se laisser entraîner par le souffle de son imagination, Philippe Lechermeier n’a pas jugé utile de relire le texte biblique ! Il s’est sans doute souvenu de l’ancien temps où une monitrice de catéchisme avait dû lui parler du « fils de Dieu ». L’évangéliste Luc serait sans doute surpris de l’utilisation de ce terme théologique auquel il n’est guère habitué !
Il avait écrit « il vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. »
Ce titre est répété juste après au vieux Siméon qui « attendait la consolation d’Israël » : « le Christ du Seigneur ».
Et encore à Anne la prophétesse qui en parla « à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. »

C’est donc un « sauveur », le « Christ », c’est-à-dire celui qui devait intervenir concrètement en faveur du peuple, qui est annoncé pareillement dans le milieu profane des champs et des bergers et dans le Temple de Jérusalem.

Cette ouverture à tous, caractéristique de l’ « Évangile de la grâce » qu’est l’œuvre de Luc, n’a pas ému Philippe Lechermeier, non plus que ces titres de « sauveur, Christ, Seigneur » bien plus concret que le surnaturel « fils de Dieu » par lequel il les a remplacés !

Il n’a pas remarqué non plus que non seulement les bergers ne « tombent pas à genoux » pour « murmurer des prières dans un souffle » mais au contraire proclament « ce qui leur avait été dit par l'ange au sujet du petit enfant. »

Les bergers, premiers prédicateurs de la Bonne nouvelle de l’Évangile, de concert avec le vieux Siméon et la prophétesse Anne : cela non plus n’a pas surpris l’auteur. Et c’est bien dommage car, du coup, ce récit manifestement symbolique, débouche sur des prières murmurées dans un souffle à un « fils de Dieu » dont on ne dit rien du rôle ultérieur. Seulement qu’il « gigotait » !

Un mage

Les mages

  page 26

[...]

Intrigué par l'arrivée des trois Mages, le roi Hérode les reçut en son palais. Et quand ils pénétrèrent dans la salle du trône, il fit sonner cors et trompettes.
Les trois plus grands mages d'Orient dans mon royaume ? Sans doute un événement considérable vous aura menés jusqu'à moi, dit Hérode en inclinant la tête de mauvaise grâce.
- Nous sommes venus honorer le roi des Hébreux, annonça Balthazar de sa voix grave.
- C'est trop d'honneur que vous me faites, répondit Hérode en rougissant.
- Tu te méprends, dit Gaspard, il ne s'agit pas de toi mais du fils de Dieu.
- Comment cela ? reprit Hérode qui était maintenant plus blanc que jamais. Un autre roi que moi ? Que me racontez-vous là ? Je suis le seul et unique roi des Hébreux !

[...]

 

Voilà ce titre de « Fils de Dieu » qui réapparaît, avec son côté religieux, abstrait, surnaturel qui ne devrait pas être dérangeant pour le roi ! Matthieu avait pourtant écrit :
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour nous prosterner devant lui. »

Matthieu nous montre des mages « venus d’Orient » (Plus loin il présentera un centurion romain qui se prosterne lui aussi devant Jésus et il dira « il en vient de l’Orient et de l’Occident »).

Le geste de « prosternement » est toujours employé dans l’Évangile de Matthieu pour désigner une attitude de soumission, de reconnaissance de l’autorité royale. Et que des mages orientaux déclarent ainsi leur soumission au « roi des Juifs » comme ils disent (et non des Hébreux : où l’auteur est-il allé chercher cette ancienne désignation désuète ?) signifie ou bien que l’Orient est désormais « soumis au roi des juifs » ou bien que « juif » désigne maintenant tous les humains.

Matthieu introduit ainsi, à la manière d’un machal juif l’universalité apportée par Jésus. Philippe Lechermeier n’en a rien vu !

 

Les noces de Cana

page 61

[...]

Il y avait Marie qui avait remarqué l'agitation des serviteurs et la nervosité de leur hôte. Et aussi que le vin qu'on servait était de plus en plus clair, qu'il avait de plus en plus le goût de l'eau. Et elle s'était alors penchée pour chuchoter quelques mots à l'oreille de son fils.
Un peu plus loin, il y avait la mariée, entourée de fleurs de toutes les couleurs. À ses côtés, il y avait celui qu'elle venait d'épouser, ce jeune garçon au visage recouvert d'un fin duvet. Et ces deux amoureux se rapprochaient, étonnés d'être le centre de toutes les attentions. Et quand leurs corps se touchaient, ils riaient en dévoilant leurs dents nacrées.
En face d'eux, il y avait Jésus qui savait le malheur qui les marquerait si la noce venait à être gâchée et qui s'était alors levé pour rejoindre les serviteurs dans les cuisines. Et qui avait tout simplement ordonné de remplir les jarres vides avec l'eau fraîche et limpide qui coulait au fond du puits. Et avec perplexité, ils s'étaient exécutés et quand ils avaient rejoint la noce pour servir en tremblant le contenu de leurs jarres, ils avaient vu qu'un vin rubis en coulait.
Et très vite, les convives avaient loué le marchand pour ce vin délicieux.
Ils avaient levé leurs godets pour souhaiter aux mariés bonheur et prospérité.
Et à la fin de la journée, quand les premiers invités commençaient à s'en aller, il y avait le marchand qui partout cherchait Jésus pour le remercier.
Mais après ce premier prodige, Jésus, s'en était allé.
Et si le marchand avait bien regardé, il l'aurait vu qui sortait du village accompagné par ses amis.
Il l'aurait vu s'en aller sur les chemins de Galilée.
Sur ces chemins où tout ne faisait que commencer.

[...]

Tous ces détails, cette verve, cette couleur locale sont charmants. On s’y croirait. Mais pourquoi Philippe Lechermeier omet-il la dernière phrase du récit, la conclusion qu’en donne l’évangéliste Jean :
« Tel fut, à Cana en Galilée, le premier des signes que fit Jésus ».
Un « signe » est plus qu’un banal miracle, c’est un geste qui, comme son nom l’indique sert à désigner quelque chose. De plus celui-ci est le premier geste de Jésus, on est au tout début de l’Évangile.

De quoi s’agit-il ? Pour le savoir il faut rétablir les mots que Philippe Lechermeier a omis :
« il y avait là six vases de pierre, destinés aux purifications des Juifs, et contenant chacun deux ou trois mesures. Jésus leur dit : Remplissez d'eau ces vases. Et ils les remplirent jusqu'au bord. »

Le « signe » que fait Jésus est de remplacer le contenu normal de ces jarres destinées aux purifications des Juifs par du vin de noce. Ainsi lorsque des fidèles juifs voudraient « se purifier », ils ne trouveraient dans les jarres destinées aux purifications que du vin de fête ! En présence de Jésus les règles rituelles religieuses sont remplacées par du « bon » vin.

Tout l’évangile qui suit va développer cette idée de la libération de la Loi de Moïse. Si l’on omet cette signification symbolique du geste de Jésus, il ne reste de ce récit que l’occasion des plaisanterie sempiternelle de l’eau changée en vin.

 

Ces trois exemples montrent l’absurdité des récits évangéliques dont on négligerait le sens spirituel pour ne conserver que certains actes ou certains personnages (des bergers, des mages, du vin) pour en faire une lecture absurde.

Comme le disait une petite fille sortant du catéchisme : « on nous a raconté des histoires dont on sait très bien qu’elles ne sont pas vraies ! »

Ce livre ouvre, a contrario, à un excellent exercice qui est de reconstruire le véritable message millénaire des évangiles où l’on retrouvera la joie et la créativité dynamique d’une parole libérée.

 

Portrait de Jean-Baptiste dans le désert



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