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Le néo protestantisme

 

pasteur Serge Soulié

 

blog

 


10 octobre 2017

En parlant de victoire de la culture du néo protestantisme au sujet de l'élection d'Emmanuel Macron, Régis Debray n'a pas convaincu tous les protestants. Certains l'accusent de ne pas connaitre en profondeur le protestantisme français, bien différent du protestantisme américain. Pour le philosophe, le Président Macron est porteur de nombreuses attitudes caractéristiques du monde protestant. De Luther soucieux de son salut, il aurait retenu l'examen de conscience qui pousse à la transparence et à la moralisation du politique. De Calvin il aurait pris cette idée forte selon laquelle les intermédiaires ne sont pas utiles puisque tout homme peut « se brancher directement sur le Saint Esprit ». De Max Weber, il retient la rigueur et la valorisation du travail au service de l'économie. Pour couronner le tout, le président de la république se réfère à Paul Ricœur avec qui il a travaillé. De lui il retient l'importance du dialogue et du compromis. De là viendrait le fameux en même temps qui permet de penser ensemble les choses les plus hétérogènes comme la libération du travail et la protection des précaires.

Les remarques de Régis Debray semblent pertinentes. Les protestants réformés se plaisent à maintenir une tension entre les oppositions afin d'arriver à un compromis ainsi enrichi. Mais ils retiennent aussi le « ou bien ou bien » de Kierkegaard qui invite à choisir et auquel les protestants se réfèrent au nom du libre arbitre. Par ailleurs, des théologiens avertis tiqueraient sur les extrapolations faites à partir de quelques éléments de la pensée des Réformateurs. Le champion de la transparence et de la moralisation est un certain François Bayrou qui bien que s'intéressant au pays de Navarre ne se réclame pas du protestantisme. Les catholiques connaissent aussi l'examen de conscience y compris sous d'autres formes que celles connues et pratiquées dans les milieux protestants. Chez Calvin le Saint Esprit est là pour éclairer les Ecritures afin que chaque lecteur retrouve la liberté de l'interprétation loin des pensées obligées des clercs. Il n'est pas certain pour autant que le Saint Esprit justifie toute mise à l'écart des corps intermédiaires !

Notons que Régis Debray reprend ici la thèse de Mark Alizart dans son livre la pop théologie. L'auteur y fait l'inventaire des domaines où la pensée protestante s'est imposée pour être à l'origine des situations actuelles. Désormais nous serions tous des protestants y compris lorsque nous ne le croyons pas !

Régis Debray ne prend pas en compte les conséquences de l'œcuménisme à savoir la convergence du protestantisme avec le catholicisme. Cette conséquence est confirmée par les enquêtes. Dans les pays d'Europe comme aux Etats Unis, les protestants se considèrent, parfois jusqu'à 80 %, similaires à tous les chrétiens. Ce taux baisse au dessous des 60 % chez les catholiques, probablement de par l'importance de leur rites et des dogmes qui restent figés et très spécifiques. De plus en plus nombreux sont les chrétiens pour qui le schisme de plus de cinq siècles est terminé. Pour eux les grands clivages dogmatiques sont atténués, en voie d'être dépassés. Un compromis semble se dessiner pour ce qui est du salut entre les partisans de la bible et des Ecritures d'une part et les partisans de l'Eglise et les traditions d'autre part. Ainsi ce ne sont pas les catholiques qui se protestantiseraient comme semble le dire le notre philosophe mais l'inverse. Le crédo catholique deviendrait celui des protestants par manque d'affirmation et de détermination de ces derniers. Quand il n'est pas d'accord, le protestant ne s'oppose pas, il écoute et se tait.

Les deux analyses ne s'excluent pas. Debray comme Mark Alizart ont raison si on considère l'évolution de la société. Cette évolution a fait sienne la plupart des idées fortes du protestantisme. Celui-ci apparait comme une passerelle du religieux à la laïcité. Il est une porte ouverte sur la modernité. Il invite à sortir de nos frontières, celles de la religion, du pays, des institutions, d'une morale figée et immuable, d'habitudes jugées d'un autre temps, mal adaptées au monde actuel. La société c'est donc « protestantisée ». Elle est devenue moins religieuse malgré les apparences voulues par des intégristes de tous bords. Elle n'est plus soumise à l'autorité d'un Dieu mais aux droits de l'homme.

Il en va tout autrement de la religion chrétienne proprement dite. Ici les détracteurs de Régis Debray sont plus près de la réalité. Les protestants de par leur souci d'unité et de fraternité semblent s'être rapprochés des catholiques. Leur esprit d'ouverture, de tolérance, leur souci de faire confiance à l'autre pour qu'il choisisse lui-même et accède à sa singularité les ont empêché d'affirmer clairement leurs positions. Certes ils n'ont pas opté pour le culte des reliques, l'adoration des saints, l'obéissance au pape et le culte marial mais leur silence ne permet plus de les reconnaître. « Catholique ou protestant, c'est pareil » disent ceux qui ne fréquentent pas les Eglises et ne mènent aucune réflexion sur les sujets de la foi. Dans le protestantisme dit évangélique, c'est l'éthique catholique qui est reprise tout particulièrement en ce qui concerne la famille. On s'oppose à l'avortement, au mariage pour tous, à la contraception. On récupère le salut par les œuvres puisque la foi devient une œuvre obligatoire pour être sauvé.

L'œcuménisme a cru que la fraternité passait par une imitation de l'autre. Dire son désaccord sur telle ou telle attitude d'une autre religion est devenu religieusement incorrect. C'est probablement une erreur. Respecter, apprécier et aimer son prochain, ce n'est pas chercher à lui ressembler. C'est se réjouir ensemble des différences et de la diversité. Vouloir annuler ces différences, c'est annuler la joie d'être ensemble.

 


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