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La fin d’une religion ?

 

 

Serge Soulié

 

 

Ed. « la Barre Franche »

154 pages, 13 €


Recension Gilles Castelnau


.

4 octobre 2017

C’est un livre remarquable que nous offre le pasteur Serge Soulié.
Il est psychologue clinicien de formation, il a été tour à tour professeur de l’éducation nationale, pasteur, psychologue et directeur d’un centre de soins spécialisé en addictologie.
Maintenant qu’il est lui-même atteint par la maladie, c’est évidemment avec une profonde compréhension de la réalité humaine qu’il nous parle de Dieu. Et c’est avec une importante connaissance théologique qu’il nous fait réfléchir à la pensée humaine.
Sa conception de Dieu est libérale et son appartenance au protestantisme ouverte. Le lecteur est saisi par ces pages marquées par toutes les préoccupations spirituelles et humaines de l’humanité vivante, heureuse ou souffrante.
Ce livre pourra trouver sa place entre toutes les mains en recherche de Dieu, de spiritualité, de foi et d’espérance.

En voici quelques passages

 

 

Protestantisme sans religion

 

Être protestant c'est quoi ?

page 11
Demandons-nous ce qui a jusqu'ici caractérisé le protestantisme réformé. La trajectoire suivie par Luther, le réformateur le plus connu en Europe, permet de mieux préciser les choses.

Tout commence par un très grand mal-être dans lequel se trouve le personnage. Il a peur de la mort. Comment ne
pas voir que son souci du salut post mortem n'est autre qu'un mécanisme de défense contre la mort.
[...]
Ce mal-être, contrairement à une idée reçue, n'est pas que religieux, il est d'ordre psychologique, il concerne la personne tout entière. Ce n'est pas par vocation que Luther entre au couvent, c'est en vue d'un apaisement. Son attitude et son comportement sont à ce point empreints d'angoisse qu'au couvent, ses supérieurs s'inquiètent. « Remets-toi à Christ au lieu de te focaliser sur ta propre indignité » lui déclare son confesseur.
[...]
Bien avant Freud, Luther a pratiqué son auto-analyse. En investissant les Ecritures pour la recherche, il a donné une autre voie à l'angoisse qui le paralysait.

Nous avons là une des principales caractéristiques de la Réforme : libérer l'être humain, non seulement des rites et des dogmes, de l'Église et de ses chefs, mais le libérer en toute chose et dans tous les domaines. La religion issue de la Réforme devrait pouvoir arracher l'homme à ce qui l'enferme, l'illusionne et le trompe, veiller à ce que l'esprit soit à la fois critique et constructif. Elle doit pouvoir créer et inventer, pour répondre à toutes les situations. Elle devrait pouvoir réorienter l'angoisse pour qu'elle s'investisse et se transforme dans des objets utiles et nécessaires: le travail, les relations amicales, fraternelles, d'affaires ou diplomatiques, la connaissance, la science, l'art ou la culture.

 

page 16
Aujourd'hui, être protestant, ce n'est pas seulement se positionner théologiquement par rapport aux dogmes, aux doctrines et aux traditions de l'Eglise, c'est opter pour un mouvement qui, à l'intérieur du christianisme et en relation avec l'ensemble des religions comme avec les non-croyants, permet à chacun de s'affranchir de ce qui l'enserre, sur le plan individuel comme collectif.
C'est mettre tout en œuvre afin que chacun puisse trouver sa place dans la société, quels que soient ses choix de vie, ses origines, sa religion. C'est être partie prenante de la laïcité pour assurer la liberté et la démocratie dans le pays et assurer la possibilité d'émancipation de chacun, sans aucune discrimination.
Enfin, c'est faire passer l'amour du prochain et sa liberté avant toute loi, fût-elle attribuée à Dieu, parce que le protestant est persuadé qu'instruit, réfléchi et sensible à la vie des choses et des êtres, il lui est donné de décider de la bonne attitude à tenir selon les situations. Il sait que par le biais de la recherche et de la connaissance, il est en Dieu et Dieu est en lui.

 

 

Un protestantisme a-religieux

page 27
Ce protestantisme de crête considère Dieu non comme un être externalisé de qui on attend tout de manière miraculeuse, mais une force accolée à la nature et à laquelle tout le monde peut puiser sans rien demander, seulement en cherchant à faire grandir son Soi et celui des êtres et des choses qui sont autour de nous. Ce protestantisme-là sera celui de la réforme, qui se continue et qui a pour ambition l'amélioration des conditions de vie et la garantie de la liberté pour tous, comme cela a été le cas de la Réforme des seizième et dix-septième siècles.

 

 

Mourir et ressusciter

page 52
Depuis plus de six mois, j'expérimente la lourdeur d'un traitement médical, où la fonctionnalité de la plupart des organes du corps est en souffrance, donnant trop souvent le sentiment que la vie va s'arrêter, et je me plais à lire et relire la lettre à Ménécée : « la mort n'est rien pour nous, puisque tant que nous existons nous-mêmes, la mort n'est pas, et que, quand la mort existe, nous ne sommes plus ». Épicure y soutient que la mort n'est pas à craindre, que hors de la vie il n'y a rien de redoutable. Pour lui, la connaissance de cette vérité nous rend capable de jouir de cette vie mortelle.

Au moment où la maladie nous pousse à désinvestir le monde, à nous replier sur soi, à renoncer à jouir de la vie, les propos d’Épicure, le fondateur du jardin, sont une véritable thérapie. Ils nous invitent, non point à nous préparer à la mort, mais à vivre pleinement chaque instant, comme si tout était normal, avec les moyens qu'il nous reste. Il fut lui-même un témoin et un exemple, puisqu'il souffrit toute sa vie de maladies chroniques et douloureuses qui l'emportèrent, Deux cents ans plus tard, le poète Horace exprimera cette pensée dans son fameux vers épicurien « carpe diem, quam minimum credula postero » (cueille le jour sans te soucier du lendemain).
Comment ne pas penser aux paroles de Jésus : « Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent rien dans les greniers mais votre père céleste les nourrit ». Et Jésus d'ajouter : « qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ». Il y a ici une invitation à laisser venir la mort sans s'en soucier.

La Réforme exprimera une pensée proche avec son « Sola gratia » (seulement la grâce). Dans tous les cas, il s'agit bien de libérer l'homme de la mort et de « l'après la mort » pour lui redonner la liberté de vivre pleinement sa vie avec le plus de bonheur possible.

 

 

95 thèses pour construire la société de demain

page 63
Les 95 thèses (proposées ci-dessous) veulent participer à ce renouvellement, préparer une ère nouvelle et, pourquoi pas, une nouvelle religion au sens où la Réforme l'a été elle-même pour toute la chrétienté :

(NB. Voir ici l'ensemble des 95 thèses de l'auteur)


Religion et croyance

1. Il n'est pas juste de tracer une frontière où seraient d'un côté les croyants, attachés à une religion, et de l'autre les incroyants. Le faire, c'est accéder aux désirs de ceux qui nourrissent une envie de séparation, c'est cautionner l'idée que le croyant a une richesse intérieure supérieure à celle de l’incroyant. Avec la déchristianisation les choses ont tendance à s’inverser.


Dieu

23. Aujourd'hui, affirmer que tout est en Dieu, et que l'Esprit de Dieu est en toute chose et en chaque être, devient une nécessité. La nature enferme potentiellement tout ce qui, jusqu'ici, a été attribué à Dieu, perçu comme être suprême siégeant dans le ciel et gouvernant selon son bon plaisir. La force permanente qui est en chaque objet, en chaque chose et en chaque être peut être considérée comme la présence de Dieu en tout ce qui existe .

33. Dieu est un savoir auquel l'humain n'a pas accès, sinon de manière infime et très partielle, à travers la science et l'intelligence. Personne ne peut dire « Dieu dit » ou encore « Dieu veut » ou « Dieu fait ». Dans tous ces cas, l'humain confond alors son propre désir et la nature même de Dieu.

 

La Bible

68. Elle n'est pas tombée du ciel. Elle n'a été écrite ni par Dieu ni par des anges, elle a été rédigée par des hommes, qui ne l'ont pas écrite sous la dictée ou à partir d'une révélation surnaturelle. Elle est le fruit de leur pensée, de leurs interrogations et de leurs convictions du moment.

 

 

Dieu sans Dieu

page 99
La réponse à la question sur l'existence de Dieu dépendra de la conception que l'on se fait de celui-ci.

Si Dieu est imaginé comme un Être Suprême, campé dans un corps humain sur lequel sont projetés des attributs anthropomorphiques, l'interlocuteur n'aura pas le choix. Il devra opter pour ou contre une telle existence. Ce Dieu imaginé devient alors objet de croyance, sans autres preuves possibles. Mais osons avancer que Dieu peut être perçu autrement : dans son « Court traité », Spinoza, le philosophe exclu pour hérésie de la communauté juive d'Amsterdam, écrit que « Dieu seul a l'être et toutes les autres choses ne sont plus des êtres, mais des modes ».
Autrement dit, pour lui, Dieu seul existe, rien n'existe hors de Dieu, parce que Dieu est tout (panthéisme), tout est en Dieu (panenthéisme) et Dieu est en tout (immanentisme). Tout ce qui existe dans l'univers n'est que manifestations de l'existence et du devenir de Dieu. La comparaison est faite ici avec l'océan qui, seul, existe vraiment, les vagues n'étant que des « modes » locales et passagères traduisant l'activité océanique.
[...]
La question de savoir s'il existe ou pas n'a plus aucune pertinence. Nous voilà délivrés de la croyance, au profit d'une réalité qui s'impose. Dieu n'est pas un être imaginé, accompli et immuable, extérieur à ce monde, il est dans ce monde.

 

Le Dieu dont nous avons besoin

page 126

Est-il possible de croire en un Dieu qui, pour être Dieu, n'a pas besoin d'être présenté à travers le merveilleux, le surnaturel et tout ce qui est inaccessible à l'homme ? N'y a-t-il pas place pour un Dieu qui agit dans la réalité connue, vécue, et dont la force est portée par l'être humain lui-même ? Une force qui ne soit attribuée à rien d'autre qu'à la communion de l'homme et de son Dieu, une communion directe et immédiate, qui relève plus de la mystique que de la tradition et de la révélation ? Il semble que telle était la relation de Jésus à son père.


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