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Le passage à la haine requiert de renoncer au langage

 

La philosophe et psychanalyste explore les ressorts de la violence portée de façon radicale
tout à la fois par les jihadistes et par les mouvements populaires.

 

 

Hélène L’Heuillet
psychanalyste, maître de conférences en philosophie à l’université Paris-Sorbonne

 

 

article publié dans l'hebdomadaire protestant Réforme
du 28 septembre 2017

 


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23 septembre 2017

« Comment peuvent-ils commettre de tels actes ? », « Pourquoi basculent-ils dans l'extrémisme politique ? », « Ont-ils raison de rejeter le "système" ? » Telles sont quelques-unes des questions que nous pose la radicalisation, populiste ou jihadiste, d'une partie de la jeunesse.

Nous cherchons des causes, nous voulons des chiffres, nous souhaitons connaître les raisons. Mais on écarte souvent un facteur encore plus simple, la haine. Les nouvelles radicalités seraient impossibles sans un nouveau discours sur la haine. Qu'il s'agisse du djihadiste ou du populisme, la haine a pour propriété première de favoriser le passage à l’acte violent.

Bien sûr, beaucoup de choses séparent du point de vue de l'idéologie, le populisme et le jihadiste. Mais ils ont en commun d'être des discours de haine, de haine de l'autre, mais aussi de haine de soi. Le soi « radicalisé » ne tire sa consistance que de l'exclusion de toute racine d'altérité en lui.


« Nos grandes pulsions, l’amour et la haine,
sont les racines de nos actes »

 

Dans la logique de la haine, le rejet de l’autre, et plus radicalement encore, la mort - celle de l'autre ou la sienne propre , prouve l'identité.

Ces phénomènes politiques que sont le populisme et le djihadiste ne peuvent être analysés sans prendre en compte la pulsionnalité à l'œuvre dans la radicalisation.

Nos grandes pulsions, l'amour et la haine, sont les racines de nos actes. L’idéologie ne suffit pas à expliquer un passage à l'acte.

La dénonciation de l'oppression coloniale européenne, la critique du consumérisme des sociétés capitalistes ou la remise en question du féminisme ne peuvent seules expliquer la décision de partir en Syrie prêter main-forte à Daech.

Tout au plus, peut-on, sur de telles bases, devenir fondamentaliste ou salafiste. Mais tout fondamentaliste n'est pas nécessairement jihadiste. L’idéologie peut même parfois dresser un barrage contre le passage à l’acte. Elle offre à certains suffisamment de satisfaction pulsionnelle pour qu'il ne soit pas nécessaire d'en venir à la mort. De même l'engagement populiste n'est pas explicable seulement parla dégradation des conditions sociales d'existence, la déliaison sociale, une perte d'autorité de la parole politique, ou la mondialisation. Un fossé sépare toujours ceux qui expriment leur désaccord, même de manière virulente, et ceux qui basculent dans la haine. Dans les deux cas du jihadiste et du populisme, le passage à la haine pure requiert un renoncement au langage. Ce renoncement est total dans le passage à l’acte terroriste, qui s'inscrit dans la tradition d'une « propagande par les actes », tandis que la propagande par les mots est dénoncée pour son impuissance.

Le refus populiste du langage se situe à un autre niveau, puisque intégré au jeu de la démocratie représentative. Toutefois, les deux derniers scrutins qu'a connus la France au printemps dernier ont montré que si les populistes ont un projet, leur programme reste flou. Loin qu'il s'agisse d'une impréparation, ce flou témoigne de la négation de la logique ordinaire de la politique qui oblige à passer par des médiations et des débats. La récusation du langage s'est également illustrée par la chute de participation populiste aux élections législatives. Le Parlement n'intéresse pas ceux qui sont tentés par le populisme, car on n'y fait rien d’autre que parler – comme le dit l'étymologie du terme. Jihadistes comme populistes entretiennent la même haine du langage.

Ils dénoncent le « bla-bla » politique. Ils refusent d’accorder créance à ce qui se dit dans ce qu'ils appellent, d'un mot général, « les médias ». La haine est toujours généralisante et simplificatrice.

Il n'est pas exclu que dans notre période de communication nous ne sachions plus respecter ce que parler veut dire et accréditions à notre insu une faillite du langage.

De la vogue des acronymes au détournement sémantique, des mensonges les plus cyniques aux paroles non tenues, nous vivons une véritable crise du langage, dont les effets en politique sont catastrophiques.

Il n'y a pas si longtemps, les morales pouvaient prescrire d'aimer l'autre comme soi-même. Une telle maxime n'a certes pas empêché les déferlements de haine dans l'Histoire, mais elle interdisait de dire la haine sans la dissimuler par l’amour. Aujourd'hui, la haine s'exprime sans détour, fascine, et procure de nouvelles jouissances mortifères. Les nouvelles radicalités transforment la haine en devoir. On ne dit plus « tu aimeras ton prochain comme toi-même », mais, en quelque sorte, « tu haïras ton prochain comme toi-même ». Il est évidemment impossible de venir à bout de la haine. Elle appartient au psychisme humain. Ne pas en faire l’expérience est tout aussi inhumain que d'en tirer plaisir.

La haine est en effet un principe de séparation et de déliaison qui nous confronte au vide de l'existence, lequel n'engendre pas seulement la destruction mais aussi le désir. On ne peut se contenter de prôner l’amour contre la haine car ce serait, une nouvelle fois, se payer de mots. La tâche de la culture contemporaine est bien plutôt de retisser ensemble l'amour et la haine, par exemple en invitant à s'aimer soi-même comme un autre.

 


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