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Il n'y a pas d'obstacle

 

 

pasteur Alain Arnoux

 

Article paru dans la Lettre hebdomadaire
de l’Église protestante unie de Bourdeaux, Dieulefit, La Valdaine
septembre 2017

 

23 septembre 2017

        La semaine dernière, j'évoquais les personnes prisonnières de leur corps souffrant. Un texte d'évangile, lu cette semaine (Luc 5, 17-26), m'incite à revenir à elles. Voici l'histoire. Jésus parle dans une maison. Il y a foule. Plus une place de libre, ni à l'intérieur ni devant la porte : amis, sympathisants, villageois, curieux bienveillants et curieux méfiants, pieux et moins pieux, lettrés et illettrés... On s'écrase, on joue des coudes, on se dresse sur la pointe des pieds pour entendre et voir un peu... Quatre hommes arrivent, ils portent un paralysé sur une civière, ils veulent entrer dans la maison et le déposer devant Jésus. La foule fait obstacle, compact. Personne ne s'écarte. Peut-être même qu'on se serre davantage. Ce n'est pas seulement de l'égoïsme de gens qui se réserveraient « leur » Jésus. Ce n'est pas seulement un manque de compassion. Cela vient d'une conviction commune : si ce paralysé est paralysé, c'est que Dieu l'a frappé ; c'est qu'il paie quelque chose ; il n'a plus rien à attendre de Dieu, même pas une parole ; il ne lui sert à rien de prier, car Dieu l'a rejeté. L'obstacle n'est pas seulement physique, il est dans les têtes et dans les cœurs.
       
Cela n'arrête pas les porteurs de la civière. Ils contournent l'obstacle de la foule. Ils montent sur le toit, sans doute par un escalier extérieur. Ils enlèvent la couverture. Ils font descendre la civière jusque devant Jésus. L'évangile ne dit pas ce qu'ils espèrent. Peut-être une guérison ? Mais alors ils ont une foi qui va à l'encontre de tout ce qu'on leur a appris, puisqu'ils pensent que cet homme peut encore recevoir quelque chose. Peut-être savent-ils simplement que Jésus ne tient pas le même discours que tous les autres qui parlent de Dieu, et veulent-ils simplement que leur ami l'entende. L'évangile ne dit pas non plus si ces hommes agissent à la demande du paralysé ou de leur propre initiative. Peut-être que cet homme, lui, n'attend vraiment plus rien, qu'il n'espère plus rien, qu'il n'a rien demandé, comme parfois les gens pour lesquels nous prions, que « nous portons dans la prière » selon une expression consacrée. Personnellement, j'ai tendance à penser que c'est le cas, que cet homme est là à son corps défendant, qu'il partage l'opinion commune, qu'il se considère lui-même comme rejeté par Dieu. Ce n'est pas seulement une réaction d'autrefois : beaucoup de gens d'aujourd'hui se demandent ce qu'ils ont « fait au bon Dieu » quand ils sont dans le malheur, et ils ne veulent plus avoir affaire avec lui, puisqu'ils lui attribuent leur malheur. Et « la religion » n'est pas étrangère à cette idée.
       
La première parole que Jésus adresse à cet homme, c'est : « Tes péchés te sont pardonnés. » Ce qui scandalise les super-croyants et les théologiens qui sont là : « Qui c'est celui-là, qui blasphème ? Dieu seul peut pardonner les péchés ! » Et ce qui nous scandalise autrement, nous modernes : « Encore une parole pieuse facile à quelqu'un qui souffre ! Son problème, c'est d'être paralysé, pas ses péchés ! » Sauf que pour cet homme, sa paralysie était la punition de ses péchés ; son désespoir le plus grand, c'était d'être définitivement rejeté par Dieu, de ne plus pouvoir rien attendre de lui, ni guérison ni pardon, et justement il n'a pas demandé de pardon. Jésus va donc directement au cœur de sa plus grande souffrance. Mais pour nous, je vais donner une autre traduction de la parole de Jésus : « Il n'y a pas d'obstacle entre Dieu et toi ». Car la définition du péché, c'est ce qui sépare de Dieu. Jésus dit là qu'il est faux que Dieu ait frappé cet homme, il dit que Dieu n'a rien contre cet homme, que Dieu n'a pas rejeté cet homme. L'obstacle, il n'est pas entre Dieu et ce malheureux, il est dans les têtes, dans la tête des religieux, dans la tête de tous ceux qui sont là (sauf de Jésus et peut-être des porteurs), et dans la tête de ce paralysé. Pas chez Dieu. Cet homme n'est pas plus rejeté de Dieu, pas plus loin de Dieu, que ceux qui sont en bonne santé.
       
Aux super-croyants qui s'indignent, Jésus dit : « Est-il plus facile de dire : tes péchés te sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi, et marche ? Mais je veux que vous le sachiez : le fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de pardonner les péchés ». Et il ordonne au paralysé de se lever et de partir, ce qu'il fait en louant Dieu. Bien sûr, je sais bien qu'il est plus facile de dire « Tes péchés te sont pardonnés » que « Lève-toi et marche ». Je manque sans doute de foi, car je ne me hasarderai jamais à dire « Lève-toi et marche ». Par contre, je comprends que quand Jésus parle ici de « fils de l'homme (qui) a le pouvoir sur la terre de pardonner les péchés », il veut dire « l'être humain », il parle de moi, de toi, de nous. Il nous indique quelque chose qui, effectivement, est à notre portée : dire « Il n'y a pas d'obstacle entre Dieu et toi ». D'ailleurs, est-ce si facile à dire, quand l'obstacle qui est dans toutes les têtes s'appelle souffrance, révolte, désespoir, ou même religion, et que tout cela peut provoquer des réactions redoutables ? Ce n'est en tout cas pas facile à entendre, pas facile à croire, quand on souffre. L'obstacle est en nous, entre nous et Dieu, pas chez Dieu, pas entre Dieu et nous. Il est plus difficile à fendre qu'une foule, plus difficile à enlever qu'un toit. Il est ce qui nous prive de Dieu, de l'apaisement, de la sérénité, de l'espérance, de la certitude dont je parlais la semaine dernière, d'être en cours d'une résurrection que rien ne peut interrompre. Sauf peut-être celui de faire, comme la foule, obstacle entre les hommes et Jésus, et celui au contraire de « porter » à Jésus ceux qui souffrent, je n'ai pas d'autre pouvoir que de dire à chacun, souffrant ou bien portant : « Fais sauter les idées fausses que tu as sur Dieu ! Fais sauter l'obstacle qui est dans ta tête et dans ton cœur ! Il n'y a pas d'obstacle entre Dieu et toi, il n'y a pas d'obstacle pour toi chez Dieu. » Et au fond, chacun de nous a ce pouvoir.

 

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