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Ce qui naît de l’absence

 

 

 

Marie-Laure Durand

 

Ed. Olivétan

160 pages, 17 €


Recension Gilles Castelnau


.

20 septembre 2017

Marie-Laure Durand est une théologienne sympathique qui connaît fort bien l’Ancien et le Nouveau Testament ainsi que la tradition rabbinique. Dans ce livre, très intéressant, d’un abord clair et vivant, elle réfléchit de manière étrange à tout ce que nous apprenons du Temple de Jérusalem par sa destruction et du Christ par ses « trois disparitions » :
Elle écrit en introduction :


page 9

Le vide provoqué par la disparition d’un objet génère une expérience singulière qu’il faut pouvoir appréhender. 
Le vol de la Joconde, le 2l août 1911 au Louvre, avait déjà donné lieu à un étonnant constat : de nombreuses personnes s'étaient déplacées pour voir l'emplacement vide. Que venaient-ils donc voir, pourquoi se déplaçaient-ils alors que le tableau n'était plus visible ?
« Il ne s'agissait pas de venir voir une œuvre d'art parce qu’elle était là, mais plutôt parce qu'elle n'était pas là... Ils étaient venus voir un espace vidé de quelque chose – ou de quelqu'un. Sur la surface exposée du mur, ils étaient en mesure de détecter l'évidence ou la trace de l'événement : quelque chose avait été là, qui n'y était plus. Cela avait été pris-volé-perdu ; cela était parti. » (Devorah Baum, « Le Rien et les Juifs ».

 

Première partie

La disparition du Temple de Jérusalem

Elle nous emmène d’abord lors de la première destruction du Temple de Jérusalem, en 587 av. J.C., dans la liste d’objets rituels que le roi Nabuchodonosor a enlevés du lieu saint lors de son invasion (Jérémie 52) et elle nous fait remarquer que celle-ci qui ne correspond pas vraiment à celle des objets que le roi de Perse a rendus à Jérusalem lors du Retour que mentionne Esdras 1 :

page 37

Certains des objets volés sont bien revenus dans les mains des héritiers. Mais de nouveaux objets sont apparus et se sont mêlés aux anciens sans qu'il soit désormais possible de distinguer le vrai du faux, l'original du rajouté, le local de l'étranger, le pur de l'impur. Or ce mélange est bien le signe de l'héritage. Les objets reçus ne sont plus ceux de la liste d'origine au sens où ils n’ont plus ni la même pureté ni la même identité. Ce sont désormais des objets mélangés et il appartient à la génération nouvelle qui les reçoit d'inventer ce qu'elle souhaite en faire. Quand le Temple est reconstruit, le présent ne ressemble déjà plus au passé. Le monde est différent, Jérusalem a changé et les Hébreux ne sont plus les mêmes.

page 44

Elle lit ensuite le passage d’Ézéchiel 43 qui mentionne le retour de la gloire :
La gloire de Dieu qui a quitté le Temple au moment de sa destruction reviendra dans le Temple reconstruit. (La gloire du SEIGNEUR s'éleva du seuil de la Maison et se tint au-dessus des chérubins. Alors les chérubins déployèrent leurs ailes et s'élevèrent de Terre ; sous mes yeux, ils sortirent... Ez 10.18-19)

Si la gloire de Dieu peut quitter le Temple avant sa destruction pour y revenir un jour, cela signifie que Dieu n'est pas prisonnier du bâtiment. Cette mobilité de Dieu est d'ailleurs confirmée par un détail très concret révélé à Ézéchiel dans ces visions. À plusieurs reprises, il perçoit la gloire de Dieu sous la forme d'un char doté d'immenses roues. Ce détail est insolite.
Alors que la nuée, le feu, la clarté, les brandons enflammés et les éclairs collent assez bien à la représentation que l'on se fait d'une apparition de Dieu, la mention insistante de roues interpelle. Pourquoi un Dieu capable de maîtriser le feu et la nuée, aurait-il besoin de roues pour se déplacer ?
Une fois encore, la Bible met en avant l'essentiel en utilisant la réalité la plus concrète. La roue est un cercle qui avance et qui fait avancer. Les roues symbolisent donc par excellence l'idée de mobilité. D'une certaine manière, il s'agit là du scoop théologique majeur du livre d'Ézéchiel : Dieu est mouvement, liberté de mouvement.
En exil, Ézéchiel le prêtre prend conscience qu’il ne peut plus assigner Dieu à résidence, l'enfermer dans quelque immobilisme, le rendre prisonnier du Temple. Cette découverte change tout ! Si Dieu a quitté le Temple avant que les Babyloniens ne le détruisent, ils n'ont en réalité démonté qu'un tas de pierres. Les Babyloniens n'ont pas atteint Dieu, ils ne l'ont pas arraisonné, ils ne l'ont pas humilié.

 

Deuxième partie

La disparition du Christ

Une triple disparition

page 85

La deuxième grande disparition de la Bible est celle du Christ. Apparemment plus discrète que celle du Temple, ses conséquences n'en ont pas moins été capitales pour le christianisme. Au sens strict, le Christ disparaît trois fois.

La première de ses disparitions concerne sa mort. Le Christ disparaît à cette vie en laissant désemparés des disciples qui s'attendaient à un avenir différent. Cette mort est irrémédiable, à aucun moment à la suite de ces événements, le Christ ne retrouvera la vie qu’il laisse ou qu’on lui prend.

Cette disparition se double d'une seconde. Au matin du dimanche, le corps n'est plus à l'emplacement où il a été laissé le vendredi, avant que le shabbat ne commence. Mais, surprise, le ressuscité apparaît aux disciples Pour témoigner qu'une mystérieuse continuité de vie demeure dans la mort. L’apparition rassure et inquiète. Elle inquiète en cela qu'elle contredit la logique humaine et ce sur quoi le monde repose : la mort est une des choses les plus stables de notre réalité. Mais elle rassure tout autant, puisqu'elle dit que tout ne se finit pas comme prévu et qu'un espoir un peu fou peut continuer à exister sur le sens de nos vies.

Pourtant, un troisième et ultime coup de théâtre se produit : l'apparition disparaît. D'abord de façon ponctuelle - le ressuscité réapparaîtra à tel ou tel disciple -, puis définitive au moment de ‘Ascension. Le Fils retourne au Père et ne se montrera plus ou ultimement, pour clore l'histoire. Le cœur historique du christianisme repose sur ces trois disparitions.

 



Surgissement de la liberté

page 94


Joseph d'Arimathie et Nicodème crèvent l'écran. Ils n'ont pas beaucoup de difficulté à le faire, ils sont seuls. Proches du pouvoir religieux, ces deux-là auraient pu rester au chaud ou à l'ombre, préférant la discrétion à tout autre agir. L’Évangile a laissé entendre aux lecteurs que leur attirance pour la personne de Jésus et son enseignement avait été jusque-là de l'ordre du secret. Comment alors expliquer leur présence pour rendre les derniers hommages à un corps qui, d'une certaine manière, ne les regarde pas ?

 

page 106

Marie-Madeleine pleure, scrute l'absence et se penche sur le tombeau. Que viennent voir les visiteurs au Louvre au moment où la Joconde est volée ? Que cherchent-ils en regardant l'emplacement vide laissé par le tableau ? Que vérifie Marie-Madeleine dans le vide du tombeau ?


Épilogue

page 145

[...] Voilà, c’est clair, Jésus est parti et ne reviendra pas, ni vivant ni ressuscité, il ne redescendra pas. Il reviendra autrement, là où on ne l'attend pas, quand on ne l'attendra pas. Il reviendra « de la même manière que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel » donc par en bas, par ce qui fait la vie des hommes, par le nouveau et l'inédit. Face à ces paroles, les disciples ont-ils baissé les yeux ? Ont-ils compris ? Sont-ils rentrés chez eux, tête basse et cœur lourd ? Ou ont-ils fêté la promesse du nouveau qui allait s'offrir à eux, l'Esprit saint, l'Église, le christianisme, tout cela rendu possible par ce départ définitif ?

 


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