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La guérison du sourd-muet

 

Marc 7.32-37


prédication

pasteur René Lamey 

 

5 septembre 2017

Depuis quelques années, les moyens de communication se sont développés à une vitesse extraordinaire ; c’est inimaginable tout ce qu’on peut faire avec un téléphone portable, tout ce qu’on peut transmettre comme message, information, musique, photos ; bientôt, on pourra prendre une douche avec son portable, ou peut-être même faire une culte virtuel : chacun reste chez soi, dans on fauteuil ou dans son lit, on ouvre le portable, et hop, en avant la musique, l’organiste pourrait rester tranquillement chez lui pour jouer le prélude et les cantiques !

Et pourtant, en réalité, je ne suis pas sûr que les gens communiquent vraiment plus ou soient moins seuls ; dans le train, dans le tram, même au restaurant, j’en vois beaucoup qui téléphonent, ils sont alors comme dans une bulle, sourds et muets à ce qui les entoure... Mais mais mais mais... voici...

Un jour, Jésus passe par la Galilée, et voici ce qui arrive :

Marc 7.32-37
On lui amena un sourd qui avait du mal à parler et on le pria de lui imposer les mains.  Jésus l’emmena seul avec lui, loin de la foule : après avoir posé ses doigts sur les oreilles du malade, il les humecta de salive et lui toucha la langue ;  alors il leva les yeux au ciel, poussa un soupir et dit :
- Ephphatha (ce qui signifie : ouvre-toi).
Aussitôt les oreilles de cet homme s’ouvrirent, sa langue se délia et il se mit à parler correctement. Jésus recommanda à ceux qui étaient là de n’en rien dire à personne ; mais plus il le leur défendait, plus ils en parlaient.
Remplies d’étonnement, les foules s’écriaient :
- Tout ce qu’il fait est magnifique : il fait entendre les sourds et parler les muets !

Jésus passait par là, il a une réputation de guérisseur, et on lui amène un homme qui est sourd et muet, muet parce que sourd, l’un étant la conséquence de l’autre : on apprend la parole en entendant les autres parler, par imitation. Du fond de notre couffin, on entend les adultes baragouiner une langue incompréhensible, ils font pleins de gestes en parlant, ça a l’air rigolo, et bébé commence à faire areuh-areuh… Quand l’enfant est déficient auditif, il aura beaucoup de mal à parler.

« Seigneur, guéris cet homme, impose-lui les mains. » On supplie Jésus de faire ce miracle.
« Oui, Seigneur, cet homme a besoin de toi, interviens dans sa vie. »

C’est vrai, et du temps de Jésus plus qu’aujourd’hui, cet homme ne devait pas être très heureux. Il n’entend pas, il ne parle pas. Et comme on sait qu’il est sourd, personne ne lui adresse la parole (de toute façon, il ne répondra pas), personne n’a peut-être de l’intérêt pour lui. Sa vie devait être bien terne, une vie dans le silence, une vie à part. Il n’entend pas, il ne parle pas. C’est comme si tout lui était fermé. Le partage, l’amitié, la communication, les discussion, le plaisir d’échanger, tout cela est refusé à cet homme. Il vit dans une prison silencieuse, morne et mortelle. En fait, il ne vit pas, il survit ; que peut-il attendre de la vie ? Que peut-il attendre des autres ? Sourd et muet, quelle espérance, quel avenir pour lui ?

Mais sourd et muet, ne le sommes-nous pas aussi parfois ?

Sourd aux paroles des autres, dur de la feuille aux appels des autres, aux problèmes des autres (on en a déjà assez à faire avec les siens !) ; quand les paroles des autres nous dérangent, hop, on replie nos deux oreilles, on fait semblant de ne pas entendre, on ne veut pas entendre, surtout quand nous sommes remis en question, surtout quand on nous demande quelque chose, surtout quand notre petite vie tranquille risque d’être bousculée par un appel, par une parole.

Sourd, nous le sommes parfois aussi aux paroles de Dieu, cette parole qui bien souvent nous prend, nous reprend, nous surprend en flagrant délit de surdité aigue, cette parole qui nous appelle, nous interpelle, et nous là aussi on fait semblant de ne pas entendre, de ne pas comprendre, on fait la sourde oreille... Il n’y pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, n’est-ce pas ?

Et puisque nous en sommes aux proverbes, ne dit-on pas aussi « muet comme une carpe » ? Je ne sais pas si les carpes sont plus muettes que les autres poissons (ils sont d’ailleurs tous muet, sauf dans les dessins animés), mais en regardant ma vie et celle des autres, je me dis que la variété des carpes est bien répandue : que de carpes muettes autour de nous, dans nos familles, dans nos églises !

Bien sûr, certains ont la parole facile, mais quelle sorte de parole est-ce ? On dit que « la critique est facile » : pourquoi est-elle facile ? Parce qu’elle vient spontanément à nos lèvres, il n’y a aucun effort à faire...

Oui, à certains moments, on échange beaucoup de paroles, mais ce sont souvent, si je puis dire, des « paroles muettes », des paroles de la pluie et du beau temps, des paroles sans grand sens, on parle pour parler... c’est déjà pas si mal, me direz-vous, au moins il y a échange. C’est vrai, mais quand il s’agit plus loin, de parler de sa vie, soudain, il n’y a plus personne ; quand il s’agit d’encourager ou de consoler quelqu’un, soudain, on ne sait plus quoi dire : on est muet.

D’un autre côté, certaines personnes sont muettes, non pas parce qu’elles ne savent pas parler, mais parce que personne ne les écoute, personne ne les prend au sérieux, personne ne fait attention à eux, et de toute façon, c’est pas intéressant ce qu’ils disent... On est muet parce que les autres sont sourds

Et ces handicaps relationnels, ces surdités et mutismes, on les retrouve aussi dans les familles, dans les couples. Quelle détresse pour une femme, pour mari, pour un enfant, quand il n’y a plus de parole, quand chacun devient sourd et muet aux besoins et aux attentes de l’autre (besoin d’écoute, de parler).

Et dans l’église, savons-nous écouter, savons-nous parler ? Y a-t-il quelqu’un à qui je peux parler, y a-t-il une place où je peux tout dire, tout exprimer ? Bien souvent, à cause de la crainte d’être jugé, critiqué, rejeté, on se tait, on ne dit plus rien de personnel.

Qui pourrait changer tout cela ? Qui pourrait changer la vie de cet homme exclu de la vie à cause de son infirmité ? Qui pourrait changer nos églises sourdes et muettes, qui pourrait les transformer en des lieux d’écoute véritable ? Qui pourrait guérir la surdité et le mutisme dans nos familles, dans nos couples, dans notre vie ?

La réponse, vous la connaissez...

C’est à Jésus qu’on amène cet homme. Jésus le prend à part (Jésus n’aime pas faire de miracles pour épater la galerie), il l’emmène loin de la foule, il lui met ses doigts dans ses oreilles, il lui touche la langue avec sa salive (bonjour les microbes !), il dit un mot, et cet homme est guéri...

Curieuse façon de procéder, n’est-ce pas ? Ce n’est pas très orthodoxe comme thérapie, ça ressemble plus à de la magie. Jésus semble être comme ces guérisseurs, ces magnétiseurs et autres charlatans qui font des tours de passe-passe et qui invoquent on ne sait quelle puissance.

Pourquoi Jésus agit-il ainsi ? Loin d’être un guérisseur, Jésus agit avec cet homme d’une manière très fine, très respectueuse, très affective.

Jésus le prend à l’écart de la foule. Cela signifie : « Pour moi, tu n’es pas un numéro, tu es quelqu’un d’important ; aux yeux des autres, tu n’es peut-être rien, rien qu’un handicapé, rien qu’un sourd-muet sans valeur ; mais à mes yeux, tu es un homme, tu as de la valeur, tu comptes pour moi et je vais te le montrer. »

Redonner une dignité humaine, revaloriser cet homme à ses propres yeux, voilà le premier miracle !
Et puis les doigts dans les oreilles, la salive sur la langue, ce sont des gestes symboliques. Les doigts dans les oreilles, c’est comme pour ouvrir la vanne, pour faire sauter les bouchons ; la salive sur la langue, parce que la langue permet de parler ; si on vous arrache la langue, vous ne parlez plus.

J’aimerais terminer avec ce que dit Jésus. Jésus ne fait pas de longues prières, il ne fait pas de conférence, il ne pose pas de condition non plus. Jésus ne dit qu’une seule parole, un « soupir » dit le texte ; non pas le soupir d’ennui de celui qui a été dérangé dans son chemin, non pas un soupir d’indifférence, mais plutôt un soupir de compassion, un soupir de détresse, de détresse devant le mal qui ravage le corps et le cœur.

« Effata », dit Jésus ; c’est un mot araméen qui signifie « Ouvre-toi ! » Ouvre-toi, une prière, un encouragement, un message qui s’adresse à cet homme prisonnier d’un handicap malheureux ; mais ce « Ouvre-toi ! » s’adresse aussi à nous, à nos prisons de surdité et de mutisme

Ouvre-toi. Ouvre-toi enfin à la vie, à la vie qui t’entoure, ouvre-toi au partage, à la communication, à la communion ; ouvre-toi aux chants des oiseaux, aux cris des enfants, au bruissement de la vie ! Ne reste pas fermé sur toi-même ! Ouvre tes oreilles, écoute autour de toi ; écoute l’appel de la vie, - de Dieu - des autres, de ton prochain, conjoint, enfant ; ne sois plus sourd ! 

Ouvre ta bouche, ne reste pas muet ! Tu n’es pas une carpe, tu es un homme, une femme, créé pour parler, pour communiquer, pour partager.

Ouvre-toi, ne reste plus dans ton coin sombre, ne reste plus muré dans ton silence, mais parle, parle enfin, dis ce que tu as sur le cœur depuis des années, dis ce que tu n’as jamais osé dire ; parle, écoute et vis !

Si Jésus s’arrête en chemin, s’il vient nous chercher, si Jésus touche nos oreilles, notre langue et notre cœur par sa parole, c’est bien parce qu’il croit en nous, en nos possibilités d’ouverture, d’écoute et de parole !

Jésus s’arrête aujourd’hui... Si nous laissons ses doigts ouvrir nos oreilles, si nous nous ouvrons à l’esprit de Jésus, un esprit qui crée la vie, qui parle, alors nos vies seront parlantes et sources de créativité, source de vie et de d’épanouissement.

Alors on entendra autour de nous les mêmes paroles d’étonnement des gens qui étaient présents quand Jésus a ramené cet homme : « Tout ce qu’il fait est magnifique, il fait entendre les sourds et parler les muets ».

Ouvrons nos oreilles, ouvrons notre bouche, ouvrons notre cœur, et le miracle se produira !

Amen !

 

 


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