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Le protestantisme français


La belle histoire

XVIe – XXIe siècle

 

Patrick Cabanel

 

Éd. Alcide
11, rue Marc-Sangnier
30900 Nîmes

162 pages, 30cm x 25 cm,  35 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

23 juillet 2017

Patrick Cabanel est directeur d’études à l’École pratique des hautes études (« Histoire et sociologie des protestantismes »). Le livre qu’il nous propose ici résume l’histoire du protestantisme. Il est de grand format et très beau. Ses très nombreuses illustrations sont magnifiques.
Mais surtout ses talents d’historien l’ont amené à fouiller les divers centres d’archives du protestantisme et à y trouver des images et des textes peu connus ou jamais présentés au public. On découvre ainsi à la lecture, mille détails nouveaux et intéressants qui rendent les événements du passé étonnamment vivants.
La soixantaine de chapitres de cet ouvrage permet ainsi de sauter d’un épisode à un autre en s’y incarnant comme dans une machine à remonter le temps.
Patrick Cabanel ne s’efforce en rien de faire un panégyrique ou d’entrer dans des polémiques ecclésiastiques stériles. En historien, certes sympathisant, il nous fait pénétrer dans la réalité du passé qui devient pour nous, durant un bref instant, un présent saisissant.

En voici quelques pages.

 

page 5

Un musée idéal

Le protestantisme français, une belle histoire ? Alors qu'elle a été marquée par la violence, l'interdit, la clandestinité ? Et que la confession réformée a toujours été présentée comme hostile aux images et même aux couleurs, remplaçant toute esthétique, dans ses temples vides, par le seul chant choral, certes accompagné de musique ?

Cette histoire n'en a pas moins compris des périodes de bonheur, au lendemain de l'édit de Nantes ou au milieu du XVIIe siècle, et depuis la Révolution française. Et, surtout, le rapport du protestantisme réformé à l'art est plus complexe et riche qu'on ne le croit généralement. Il compte une architecture, une peinture, une gravure, une poésie, une prose, une cinématographie ...

C'est ce que, pour la première fois, ce livre entend montrer. Il n'a pas de précédent connu. On sera sans doute frappé par la profusion des images, des objets et des couleurs : la confession [réformée] que les spécialistes disent iconoclaste, chromophobe (refus des couleurs), aniconique (sans image), présente pourtant une suite continue de gravures, de tableaux, de médailles, de plaques photographiques, voire de jeux. Des images, certes, lui sont hostiles, comme il sied en bonne controverse ; mais elle a produit ses propres caricatures et estampes de propagande, et des artistes ont volé à son secours, qu'il s'agisse de condamner la Saint-Barthélemy, la Révocation ou la mort de Calas. Par ailleurs, des créateurs de talent ou de génie ont bâti leur œuvre depuis leur foi et leur culture protestantes: un Palissy, un Perrissin, un Abraham Bosse, un Oberlin, un Alexis Musron ...

Pour le donner à voir, nous avons puisé exclusivement dans le réseau des musées français du protestantisme, dont l'archipel, réuni dans ce livre pour la première fois, compose sur papier un premier « musée national d'art et d'histoire du protestantisme ». Nous leur avons joint la Société de l'Histoire du Protestantisme français (S.H.P.F.) et le musée international de la Réforme, à Genève, dont les collections sont si étroitement liées à l'histoire de Jean Calvin et des siens.

Le protestantisme est abordé dans ces pages comme une confession et une Église, mais aussi comme une culture au sens le plus large. Il dispose de longue date d'histoires générales. Mais il lui manquait l'album d'un musée idéal. Le voici, dans son invitation polychrome à un voyage à travers l'iconographie et les objets d'une confession dont nous réaliserons que nous ne l'avions jamais vraiment vue ni regardée.

 


page 34

Violences urbaines, l'atroce printemps 1562

 

Massacre de Vassi fait le 1 mars 1562 et Le massacre fait à Tours au mois de Juillet 1562. © SHPF.

 

Titres et légendes de ces gravures existent en français, allemand et latin. Les exemplaires comprennent généralement un système de lettres et de légendes, mais une explication en prose pour celle de Tours : « La populace de Tours s'élève contre ceux de la Religion, & en massacre jusqu'au nombre de deux cents ou environ : les tirant premièrement d'une église, où on les avait misprisonniers, au faubourg de la Riche, et fait demeurer sans boire ni manger deux ou trois jours : puis les tue et noie. Même attaché le Président Bourgeois à un arbre, lui arrache le cœur et les entrailles» (le bruit avait couru que le président aurait avalé des pièces d'or, et les tueurs voulaient les récupérer). Une variante a pour titre Le massacre fait à Tours par la populace au mois de Juillet 1562. Version coloriée de F. Hogenberg au musée de Ferrières.

 

 

Gaspard de Coligny, l'amiral assassiné

page 40

Coligny, veuf de Charlotte de Laval (morte en 1568), a épousé en secondes noces, le 25 mars 1571 à La Rochelle, Jacqueline de Montbel, comtesse d'Entremont (1541-1599). Il lui écrit le 18 août 1572 pour lui faire part des noces d'Henri de Navarre et de Marguerite de Valois, le même jour ; il précise qu'Henri et ses compagnons huguenots n'ont pas assisté à la célébration de la messe et se sont promenés au dehors. Il souhaite rejoindre sa jeune épouse à Châtillon au plus vite, mais doit rester à la cour pour régler des affaires (des infractions à l'édit de Saint-Germain) qui intéressent les protestants. « Il faut avoir plus d'égard au public qu'au particulier ». Dernier ajout de la lettre : « Mandez-moi comme se porte ce petit ou petite » : Jacqueline d'Entremont est enceinte de quatre mois et donnera naissance, en décembre, à une Béatrix.

Gaspard de Coligny
huile sur toile, 99 cm x 72 cm,
école française du XVIe siècle (école de François Clouet), don du baron de Schickler
. © SHPF.

 

L'Amiral porte une toque et une écharpe blanche par dessus la cuirasse. « Les paupières rougies sont conformes aux dires des chroniqueurs : Coligny avait les yeux délicats » (Catalogue du musée de la SHPF, 1933).

 

 

 

page 73

Peindre contre la révocation

Si la Révocation a fait l'objet d'une abondante propagande royale, les médailles, les caricatures, la peinture, la vaisselle même, ont également été utilisées contre elle.

Trois réfugiés en Hollande ont publié en 1691 une brochure de caricatures, Les Héros de la Ligue ou la procession monacale conduitte par Louis XIV pour la conversion des protestans de son royaume, à Paris chez Pere Peters à l'Enseigne de Louis le Grand.
[...]
La SHPF conserve un « tableau allégorique sur la révocation de l'édit de Nantes », acquis en Angleterre par le banquier protestant, homme politique et collectionneur Alfred André, et qui l'a offert en 1876. Le président de la SHPF est un peu embarrassé face à cette œuvre « très colorée, mais un peu étrange », d'un peintre qui a « drapé sous de fantastiques attributs, empruntés à la mythologie et à l'histoire naturelle, l'aveugle monarque et ses implacables conseillers ». L'allégorie présente de fait un aspect halluciné, hideux, qui met presque mal à l'aise.

 

 

 

page 75

Allégorie sur la révocation de l'édit de Nantes, Louis Chéron, 0,80 m par 1,25 m. © SHPF.

 

Selon les commentaires laissés par A. André, le roi Midas aux oreilles d'âne serait Louis XIV, entouré de Mme de Maintenon (en rouge), de Pellisson (le doigt levé), du prince de Condé (en Minerve retenant le bras du roi), de Louvois en chameau à tête de lion.
Sous la comtesse de Marsan (nue, le bras gauche tendu), les trois têtes de fauves seraient celles du cardinal Fürstenberg (le renard rouge), de l’abbé du Chaila (en tigre assoiffé de sang), et du maréchal de Berwick (en hyène) ; Colbert est à moitié caché derrière la comtesse. La grenouille blanche est Bossuet ; la harpie jaunâtre et barbue, l'intendant du Poitou, Marillac. L'homme nu aux yeux bandés incarne la brutalité aveugle du maréchal de Boufflers. Au centre, le monstre à torse d'homme et pieds et doigts de serpents est Basville. l'intendant du Languedoc, enlevant aux huguenots jusqu'à leurs derniers vêtements (le tableau situé au-dessus de lui représente l’orage du fanatisme détruisant la prospérité de la France). Mais Basville est impuissant, comme l'ensemble du groupe royal à l’agressivité surexcitée : des chaînes brisées gisent au sol et, sous la protection de Mercure, Dieu du voyage et du commerce, et de la Vérité (nue) (selon André, cette femme est la compagne de l'homme), le huguenot, dans une dignité presque sereine, quitte la France emportant avec lui « la force, l’activité et les bonnes mœurs ».

 

page 78

Une histoire d'£urope, le refuge huguenot

 

 

Empfang der französichen Flüchtlinge durch den Grossen Kurfürsten im Potsdamer Stadtschloss
[Le Grand Électeur accueille les réfugiés français dans le palais de Potsdam]
peinture à l'huile, Fischer-Cörlin (Ernst Albert Fischer, né Cörlin, 1853-1932).
© Deutsches Hugenotten-Museum Bad Karlshafen.

Cette scène est un classique de la représentation de l'accueil par le Grand Électeur. Le premier à l'avoir réalisée, d'après un tableau de G. Brandmüller (1689), est le graveur bâlois Jakob Thurneysen (l636-1711), marié à une protestante française (le couple a gagné Bâle en 1681). Il représente le Grand Électeur en empereur romain. Le second est le graveur d'origine huguenote par sa mère, Daniel Chodowiecki (1726-1801), qui illustre l'ouvrage d'Erman et Reclam, paru à partir de 1782, les Mémoires pour servir à l'histoire des Réfugiés françois dans les États du Roi. Il est imité au XIXe siècle, ici par Fischer-Cörlin, en 1885 par le peintre Hugo Vogel (1855-1934), en 1899 par Carl Röhling, ou encore dans un bas-relief du Monument de la Réformation (1909-1917), à Genève.

 

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