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Histoire du protestantisme




Corsaires, huguenots

et maîtres des mers

 

 

Louis Fraysse

 

article publié dns l'hebdomadaire protestant Réforme

9 juillet 2017

 

A la fin du XVIe siècle, la protestante La Rochelle est de loin le premier port de course français sous l'impulsion de Gaspard de Coligny. Au grand dam de l'Espagne première victime.

 

En cette fin de XVIe siècle, la puissante Espagne est excédée. Des Antilles aux côtes ibériques, ses navires sont harcelés par des pirates et des corsaires ennemis. Des corsaires qui, pour la majorité d'entre eux, sont des hérétiques, des protestants. Au point que luteranos (« luthérien ») devient synonyme de corsarios (« corsaire ») ...

Pour comprendre cette vitalité de la course protestante, 1568 est une date clé. Cette année, qui marque le début de la troisième guerre de Religion dans le royaume de France, est aussi celle qui voit La Rochelle rejoindre le camp huguenot.

« La Rochelle dispose d'infrastructures portuaires de qualité et jouit d'une position stratégiquesur la route qui unit l'Europe du Sud à l'Europe du Nord, explique Mickaël Augeron, maître de conférences à l'université de La Rochelle. Nombre de ses marins sont aguerris par des années de prédation contre les navires ibériques. La cité est toute désignée pour devenir la capitale-atlantique de la Cause huguenote. »

 

Gaspard de Coligny

L'instigateur de cette politique a un nom, Gaspard de Coligny, l'un des principaux chefs du parti huguenot. Alors amiral de France, il entend utiliser la guerre de course pour des raisons politiques aussi bien que financières. Les corsaires huguenots doivent ainsi reverser un cinquième de leur butin (le « quint ») aux autorités protestantes, afin de financer la Cause.

Pour cela, les chefs du parti huguenot, Jeanne d'Albret, son fils Henri de Navarre et Gaspard de Coligny, dispensent à loisir des lettres de course à des capitaines huguenots ou anglais. Lors des guerres de Religion, qui émaillent tout le XVIe siècle en France, ces lettres justifient de « faire la guerre, courir sus et endommager les ennemys et adversaires de la religion réformée et cause générale, sur tous vaisseaux et sur toutes nations indifféremment. » L'alliance religieuse joue alors à fond avec les navires anglais, surnommés les « Chiens de mer », et néerlandais, les « Gueux de mer », qui sont accueillis à La Rochelle.

Pendant les périodes de paix civile, en revanche, les corsaires ne sont censés s'en prendre qu'aux navires ibériques. Et c'est là un autre aspect du plan de Coligny, pour qui les capitaines huguenots ne se contentent pas de défendre la Cause, mais assurent aussi une présence française sur les océans, face à la toute-puissance espagnole.

« Coligny était convaincu que la guerre ouverte avec l'Espagne réunirait les Français dans un conflit d'union nationale, qui éloignerait le risque de nouvelles guerres civiles, précise Mickaël Augeron. La royauté, elle, si elle condamne "l'hérésie" réformée, se satisfait tout à fait de l'action des corsaires huguenots, qui défendent de fait les intérêts du royaume. »

Nombreux sont les particuliers, notamment à la cour du roi, qui arment des navires corsaires à La Rochelle pour s'enrichir contre les Espagnols. Parmi ces investisseurs, Mickaël Augeron a même retrouvé la trace d'un évêque catholique !

Dans le dernier tiers du XVIe siècle, les corsaires rochelais prennent à eux seuls plus de navires que ceux de tous les autres ports de France réunis. À La Rochelle, pourtant, la course n'est pas sans susciter quelques remous. Une partie des élites de la ville s'inquiète de la réputation de piraterie des marins rochelais, et craint qu'elle nuise à la bonne tenue des affaires. Les tensions sont telles qu'à l'automne 1577 le prince de Condé, l'un des principaux ténors du camp huguenot, est interdit de culte par le consistoire de La Rochelle, soutenu par les autorités municipales. La raison ? On lui reproche de se comporter en « receleur de pirates ».

Si la course huguenote disparaît avec la prise de La Rochelle par Richelieu, en 1628, le XVIIe siècle voit de nombreux flibustiers protestants gagner les colonies françaises des Antilles. L'un d'entre eux, François Levasseur, est même nommé gouvemeur de l'île de la Tortue, haut lieu de la flibuste française. Repoussant une attaque espagnole en 1643, il cherche à faire de l'île une colonie de peuplement huguenot mais l'entreprise fait, semblet-il, long feu. La période est aussi marquée par les faits d'armes de l'un des plus fameux flibustiers français, le huguenot François L'Olonnais.

Passionné par cette période, le philosophe Olivier Abel en propose une interprétation toute personnelle : « Il existe alors, dans les Antilles, chez une partie de ceux qui la peuplent, le rêve d'un retour au monde tel qu'il a été donné par Dieu, un monde sans roi ni pape. Dans ce nouveau monde, où se côtoient proscrits et dissidents de tout poil, tout est offert à profusion par la divine Providence : avec la flibuste, on est dans l'économie de la "prise”. Ces idées font écho à Milton, le grand poète de la révolution puritaine anglaise, qui a pensé cette nouvelle société en archipel, incapable de s'installer, toujours prête à recommencer ailleurs. Un modèle de société en opposition radicale avec celui de l'État-nation, terrestre et centralisé, prôné par le philosophe Hobbes, qui en fait l'éloge face au désordre des mers... »

 

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