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Le rêve

d’un christianisme post-doctrinal


Dreaming of a Post-Credal Christianity

 

Gordon Lynch 



professeur à l’université du Kent, Angleterre



traduction Gilles Castelnau

 

6 juillet 2017

Quand je parle d’un christianisme doctrinal, je pense, certes, à l’institution ecclésiastique et aux credo et doctrines qu’elle a développés depuis 2000 ans. Mais je pense aussi à la conception selon laquelle pour être chrétien il faudrait adhérer à certaines croyances concernant Dieu, le Christ, le Saint Esprit, ma personne et le monde – notamment les formulations officielles du symbole de Nicée ou plus couramment l’affirmation que Christ est venu dans le monde pour effectuer le pardon des péchés en mourant sur la croix.
Le christianisme doctrinal souhaite fondamentalement aligner mes pensées, mes émotions et mon style de vie sur la vérité révélée théologiquement.

Certains seront surpris (mais pas les lecteurs de progressivechristianity.org) que l’on récuse ce christianisme doctrinal. Il est vrai qu’adhérer aux credo, croire aux doctrines chrétiennes et se conformer au style de vie qu’elles enseignent ont été, depuis des siècles, le b a ba de l’orthodoxie.
D’autre part, il est évident que nombreux sont ceux qui continuent à trouver dans le christianisme doctrinal orthodoxe une importante source d’inspiration et de guérison pour leur vie. Pour eux il n’y a pas de problème.

Il y a pourtant un problème dans le fait que la culture occidentale a changé depuis deux siècles dans sa vision de la foi religieuse. Le mouvement a été lent mais inexorable depuis l’idée que le sens de la vie est révélé par une autorité extérieure comme la Bible ou l’Église à la valorisation de la propre conviction personnelle. La soumission à une vérité révélée par l’autorité « supérieure » de l’institution ecclésiastique se trouve progressivement remplacée par le sentiment de vivre en accord authentique avec soi-même.
L’idée que le Bien est de respecter les règles éthiques des autorités religieuses laisse place au doute sur leur bien-fondé et à la suspicion qu’elles proviennent en réalité des avantages acquis de ces autorités.
On peut sans doute s’exagérer cette évolution car la persistance des divers fondamentalismes montre que celle-ci n’est certainement pas la même partout.
Elle est néanmoins remarquée et analysée par un nombre grandissant d’historiens, de sociologues et de théologiens.
L’Église – notamment en Europe occidentale – n’a guère réussi à prendre ce virage. Au Royaume-Uni il est habituel que la section « religion » soit considérablement plus réduite dans les grandes librairies que le rayon des « spiritualités diverses ».

Lorsque quelqu’un s’interroge de nos jours sur le sens de sa vie, il se tourne en général plus volontiers vers une psychologie populaire ou un livre sur le bouddhisme qu’il ne se propose d’aller écouter le sermon du dimanche suivant dans l’église voisine.
Ceci, sans doute, parce que le changement dont je parle le détourne lui fait craindre d’entendre mentionner dans ce sermon un monde surnaturel existant dans les lieux très-hauts, un royaume des cieux futur alors qu’il a besoin d’entendre parler du sens de la vie, du bien et de la vérité dans le monde d’aujourd’hui. C’est de la « vie » actuelle qu’il voudrait entendre parler et non d’un monde surnaturel et à venir.

De nos jours donc certains sont toujours satisfaits du christianisme doctrinal traditionnel dont ils trouvent qu’il donne sens à la vie dans un monde changeant. Les Églises désireuses de préserver cette orthodoxie doctrinale – particulièrement les évangéliques – s’efforcent d’en rendre le message accessible et non culpabilisant pour les fidèles d’aujourd’hui. Elles utilisent pour cela de la musique populaire, les ressources multimédias et des stratégies évangéliques comme les cours Alpha en y mettant du temps et de l’imagination. Cela donne d’ailleurs certains résultats.

Mais le problème de ces succès – d’ailleurs globalement limités – des mouvements évangéliques est qu’ils font oublier le fait que pendant qu’ils participent à ces célébrations si animées, les gens n’adhèrent en réalité pas aux dogmes traditionnels qu’elles véhiculent.
Et la dure réalité demeure qu’en fait les affirmations théologiques du christianisme doctrinal demeurent inintéressantes et incompréhensibles à la grande majorité de nos contemporains et que le christianisme doctrinal ne pourra jamais toucher réellement qu’une minorité d’entre eux.

Je voudrais donc essayer de proposer une alternative plausible au christianisme doctrinal.

Premièrement, je crois qu’un christianisme post-doctrinal doit être fondamentalement mystique. Au cœur de sa spiritualité se trouve la prise de conscience du fait que nous vivons en présence du mystère et de la vérité et que nous sommes appelés à participer à la grande réalité qui nous entoure et nous dépasse. L’attitude mystique peut aussi nous faire prendre conscience que notre existence se déroule dans un contexte plus large d’amour et de grâce absolument inexprimable.
En termes théologiques cette tradition est nommée apophatique ou via negativa : Dieu se situe absolument au-delà de toute formulation, de toute doctrine. Il est dissimulé dans un nuage de non-connaissance qui ne peut être pénétré que par l’amour.
Cette conception de l’impossibilité de dire Dieu contraste absolument avec l’apparente conviction qu’exprime le christianisme doctrinal que la nature de notre existence peut être présentée avec certitude par certaines affirmations et certains concepts théologiques.

Ceux qui participent à la prise de conscience mystique dont je parle ne renoncent pas forcément à réfléchir à la vérité et la réalité ultimes, mais ils reconnaissent que ces choses dépassent notre vocabulaire et ne peuvent être dites que dans un langage poétique. Cette poésie sera fluide, animée d’une force vivante, créatrice et sera loin d’un ensemble de formules prêtes à se figer avec les années en un langage stéréotypé et sans vie.
Il faut aussi dire que ce christianisme post-doctrinal est engagé dans un mouvement qui donne sens à la vie, et recherche le bien-être et la guérison. Il veut être un agent de renouvellement du monde.

Un des plus frappants changements effectués par l’Église dans l’énoncé de l’Évangle a été de se détourner du message de Jésus de Nazareth de la venue du Royaume de Dieu au profit de l’engagement à adhérer à un ensemble donné de doctrines. Jésus comprenait sa mission comme de témoigner du règne de Dieu qu’il voyait faire irruption dans le monde lorsque les aveugles voyaient, les sourds entendaient, les paralysés marchaient, les possédés des démons étaient libérés et les pauvres entendaient la bonne nouvelle que les nouveaux temps étaient venus où ils seraient valorisés et honorés.

Jésus n’a jamais pensé la venue du Royaume de Dieu en termes d’augmentation du nombre de fidèles adhérant à certaines doctrines orthodoxes. Sa mission était d’apporter du renouveau sur la terre et non de faire adhérer les gens à un ensemble particulier de doctrines.Le christianisme post-doctrinal auquel je pense conserverait une humilité mystique face à toutes les affirmations doctrinales concernant Dieu et la nature humaine et rappellerait l’impossibilité fondamentale d’en connaître l’absolue vérité.

Il affirmerait aussi l’importance de la poésie dans l’expression du sens de la vie et la valeur de la prière contemplative et de la méditation qui nous font pénétrer dans le silence du cœur de Dieu.

Tout en étant un mouvement mystique, le christianisme post-doctrinal devrait affronter avec sérieux la vie du monde telle qu’elle est, avec sa beauté, ses horreurs, ses joies et ses tristesses dans son irréductible complexité.

Un tel mouvement s’efforcerait d’être un élément créateur de vie, de guérison, d’authenticité et de bien-être pour le monde, célébrant partout et toujours tout progrès en cours et soutenant ses auteurs quels qu’ils soient, alors même qu’ils ne s’en rendent pas compte.

Il collaborerait avec les artistes, les metteurs en scène de cinéma, les musiciens et leurs écrivains qui s’efforcent de montrer ce qui aide ou entrave le bonheur de l’humanité et d’y faire réfléchir.

Il établirait une relation spirituelle positive avec tous ceux qui, sans être intéressés par les déclarations des diverses autorités religieuses, manifestent pourtant un sens profond du mystère de la vie humaine et du monde en général et s’efforcent de l’améliorer.

Un tel christianisme post-doctrinal serait chez lui dans les églises et les différents groupes chrétiens sans se limiter à eux. Le christianisme promeut, en effet, dans le monde, l’exigence de signification, de vérité, de guérison et de grâce, mais il n’est pas le seul à le faire.

Le christianisme doctrinal ne représente plus, pour la plupart des gens, un moyen efficace d’expliquer et d’approfondir la vérité fondamentale et le mystère de la vie et ils se tournent ailleurs. Ce qu’ils font et produisent de positif doit d’ailleurs être soutenu. Mais pourquoi un christianisme promouvant le mysticisme et le renouveau plutôt que la pureté et la certitude doctrinales ne les aiderait-il pas également dans leur recherche de sens ?
Ceci existe d’ailleurs déjà en de nombreux endroits du monde – et notamment dans le Centre de ProgressiveChristianity.org.

La question de savoir comment ceci se développera à l’avenir est une question intéressante et ouverte.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette question, mais les rêves sont ainsi : on a la vision fulgurante de quelque chose de nouveau qui s’estompe après un bref instant. Je souhaite que notre curiosité et notre imagination prolongent ce rêve d’un christianisme post-doctrinal et nous disent ce qu’il signifie, car je suis convaincu que c’est ainsi que le renouveau religieux dont notre âge a tant besoin pourra devenir réalité.

 


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