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3
abbaye du Thoronet, cliché Gilles Carbonell

Luther aujourd’hui


Préface de Gilles Castelnau

 


Hugues Lehnebach

 

Éd. « La Barre Franche »

ou chèque adressé à H. Lehnebach , 61 Bd de la République, 38500 Voiron

56 pages - 5 €


recension Gilles Castelnau

 

6 juin 2017

Voici quelques passages de cet excellent petit livre qui donneront peut-être l’idée de l’acheter, de le lire, le dévorer et... en faire cadeau à nos enfants ou amis qui n’auraient pas la patience de lire les livres plus volumineux – et souvent plus arides !

 

 

Préface de Gilles Castelnau

page 6

On peut être reconnaissant au pasteur Hugues Lehnebach d’avoir réussi, en un nombre restreint de pages, à nous faire survoler tout le déroulement de la pensée du protestantisme depuis ses origines jusqu’à nos jours, dans un langage clair et agréable. Il en fait remarquer toute la signification et l’importance spirituelle et humaine qu’il transmet.

[...]

Luther a désenchanté le monde. Il a rendu à l’homme sa liberté de pensée et son autonomie, capable de construire lui-même le monde à l’image de Dieu, en lui apportant par son travail et son action les modifications qui donnent sens à son existence. Les Lumières poursuivront au 18e siècle cette œuvre et les protestants participeront au 20e siècle à la recherche d’une laïcité empêchant les religions d’imposer leur autorité à l’ensemble de la société.

Luther a cru devoir distinguer les deux règnes de l’État et de l’Église. Cela a notamment permis à nombre de luthériens allemands de céder sans protester aux exigences de l’État nazi. Mais a en même temps suscité la dissidence de l’Église confessante allemande avec les pasteurs Martin Niemöller et Dietrich Bonhöffer.

 


La conversion de Luther

[...]
page 14

La prise de conscience déterminante

Convoqué pour abjurer devant la diète de Worms du 16 au 18 avril 1521, Martin Luther fait la déclaration suivante : « A moins d'être convaincu par le témoignage de l’Écriture et par des raisons évidentes, car je ne crois ni à l'infaillibilité du pape ni à celle des conciles, puisqu'il est établi qu'ils se sont souvent trompés et contredits, je suis lié par les textes bibliques que j'ai cités. Tant que ma conscience est captive des paroles de Dieu, je ne puis ni ne veux me rétracter en rien, car il n'est ni sûr, ni salutaire d'agir contre sa conscience. Que Dieu me soit en aide ! Amen ».

La conscience est pour le réformateur le lieu principal de la décision chez l'homme. Cette conscience ne trompe pas. Elle se place au-dessus de tous les systèmes d'autorité, même les plus élevés comme celui de la papauté ou du roi. Et pour finir, que serait un homme qui agirait contre sa conscience ?

Luther a détruit l’édifice de la religion, du ritualisme, de sa domination sur l’individu. Désormais il est libre.

 

 

L’individualisme, de Luther à aujourd’hui

[...]
page 17

L’individu prend sa place

[...]

En posant les fondements de la liberté, Luther a fourni les bases de l’individualisme. À partir du moment où l’individu est conçu comme l’être réel, la hiérarchie descendue du ciel, n’a plus de raison d’être. Construire un ordre indispensable au fonctionnement de la société ne pourra se faire que par un consentement commun, grâce à l’alchimie de la volonté générale des individus associant leurs efforts pour établir une loi qui permette la vie sociale. La naissance de l’Église luthérienne inaugure ce mouvement à la base de la société actuelle qui repose sur l’individu.

 

 

L’individu devient acteur dans le monde

[...]

page 22

Le travail érigé en devoir social

Chaque chrétien est appelé par Dieu à répondre à son appel. Chacun doit assumer sa vocation par le travail, par le développement de ses dons, de ses potentialités. Le travail va constituer effectivement un des buts suprêmes de la vie, ce qu’il n’était absolument pas valorisé dans la culture de l’époque. Les conséquences vont être déterminantes et auront des effets économiques extrêmement importants. La valorisation du travail a contribué au développement de la société industrielle. Max Weber mettra en évidence les prolongements qu’en donneront entre autres les puritains et les méthodistes. « C’est le calvinisme des puritains qui a incité les fidèles à chercher dans le succès économique un signe de leur prédestination au salut, à produire et à s’enrichir toujours plus, non pas pour vivre ans le luxe, mais pour trouver un espoir de salut. Le travail devient le centre et le but de la vie individuelle. Le calvinisme des puritains aurait transformé l’économie, la société et la culture de l’Occident en mettant le travail au sommet des valeurs morales. »

 

 

Luther est-il à l’origine du capitalisme ?

page 25

Luther responsable du développement du capitalisme ?

Le livre de Max Weber, « L’éthique du protestantisme et l’esprit du capitalisme » publié en 1904 pourraient laisser croire que Luther est à l’origine de l’émergence du capitalisme. ; il n’en est rien.

[...]

Ce que dit Weber est que Luther a provoqué un changement fondamental des mentalités. Ce qui est valorisé n’est plus la méditation monacale, l’isolement du cloître, mais le travail. La gestion des biens est orientée vers l’épargne et l’investissement et non vers les dépenses ostentatoires. C’est l’initiative et la responsabilité individuelles qui sont la norme. Cela concerne aussi bien le mariage que le travail. Ce changement de mentalité touche aussi bien les hautes classes sociales que les petits artisans.

 

 

L’anthropologie du protestant

page 29

[...]

Libres et égaux

Les catholiques se définissent par leur appartenance à l’Église. Les piétistes évangéliques se définissent par leur appartenance communautaire. Les protestants réformés libéraux se définissent en conscience par leur référence personnelle à Dieu. Si, en héritier de Luther, la relation à Dieu n’exige pas de médiation, que ce soit celle du pape, de l’évêque, du prêtre, ou celle des sacrements, cela met en cause toute dépendance. Luther prônait le sacerdoce universel. Fondé sur les Écritures, Luther affirme que tous les croyants sont prêtres et égaux entre eux sur le plan spirituel. L’organisation de l’Église ne peut donc être hiérarchique. Cela détermine automatiquement l’orientation politique.

Le clivage droite/gauche

Les conséquences sont claires : le croyant catholique aura tout naturellement tendance à se fier à l’autorité de son Église et à des partis prônant l’ordre établi. L’évangélique inféodé à l’autorité de sa communauté, voire de son pasteur, fera naturellement de même. Le protestant réformé préférera se fier à l’autorité de sa conscience, et obéir à des décisions prises après débat par les individus concernés de façon démocratique. La gauche avait par le passé plus facilement sa faveur.

 


L’autorité des Écritures

page 31

[...]

Le magistère des Écritures

Les protestants n’ayant plus de magistère, ni de hiérarchie au sens de l’Église catholique, tentèrent de fonder leur piété et leur vie sur des textes fondateurs. L’Écriture est restée le garant de la réforme toujours à refaire. C’est l’Écriture qui devient alors le magistère et interpelle l’Église. Selon la compréhension que l’on en a, les difficultés surgissent.

Confusion

À entendre le slogan luthérien « sola scriptura », l’Écriture seule, nous pourrions croire que d’après les réformateurs, la Bible est la Parole de Dieu. Or la confession d’Augsbourg (1530), écrit symbolique du luthéranisme, ne reconnaît pas cette autorité aux Écritures. La Réforme prône la liberté à l’égard des Écritures. Il est vrai que dès le second siècle, on a considéré que la Bible était le double du Christ qui se serait fait écrit avec la Bible. On en a alors déduit que la Bible ne comportait aucune erreur, que ce soit sur le plan de la foi comme sur le plan historique, géographique, politique.

Au XVIe siècle Luther n’a pas cette compréhension de l’autorité des écritures. Il ne sacralise pas le texte. Il dit simplement que l’on peut rencontrer le Christ caché sous la lettre des Écritures. Il considère que les Écritures n’ont d’autorité que parce qu’elles rendent témoignage au Christ. Il distingue la Parole de Dieu, c’est-à-dire le Christ, et les Écritures, témoin de la Parole de Dieu. Autrement dit la Bible ne se confond pas avec le Christ. La Bible est servante. Le Christ est Seigneur.

Sola scriptura,  « l’Écriture seule », signifie que la foi n’est pas foi en la Bible, mais foi en Christ.

 

Pour une nouvelle réforme de la Réforme

page 51

[...]

C’est par la foi qu’il avait trouvé la réponse à la question qu’il se posait sur la réalité de son être. Les philosophes de la postmodernité ont tenté de répondre à la question que résolvait Martin Luther par sa référence à Dieu en se passant de Dieu.

Ce qu’est la foi

La foi dit le théologien américain Paul Tillich, n’est ni une connaissance, ni un sentiment, ni une tranquillité. Elle est une question et une recherche, celle du sens ultime de notre existence et du monde. La puissance de Dieu se manifeste en Jésus-Christ qui fait naître dans le monde et en nous un « être nouveau », une nouvelle créature.

Les philosophes devenus luthériens

Ce qui est vraiment étonnant, c’est que sur les traces de la modernité, de nombreux philosophes ont cherché à répondre quelques siècles plus tard, à la même question que se posait Luther. La plupart avaient été à l’origine luthériens ou en contact avec des luthériens. Engels eut une enfance piétiste. Nietzsche lui aussi élevé dans une foi piétiste, eut un moment l’ambition d’écrire un cinquième évangile. Heidegger rompit avec le catholicisme à 35 ans, épousa une protestante et se lia d’amitié avec Rudolf Bultmann, puis se consacra un temps à l’étude de la pensée de saint Paul. Kant a passé de longues heures de son enfance à prier à genoux dans le froid du lycée luthérien piétiste de Königsberg. Pour Hegel la foi était d’une cruciale importance. Nous pourrions allonger la liste de ces penseurs qui, d’une façon ou d’une autre, parfois en profond désaccord avec le protestantisme, ont tenté à leur manière, de répondre au défi lancé par Luther : comment se libérer de la loi, lui donner sa véritable signification  pour permettre à l’individu d’être lui-même.

Lyotard a marqué le terme de ce chemin parcouru en parlant de la postmodernité. La modernité a été redevable en partie à la Réforme. L’individu libéré de la tutelle de l’hétéronomie, d’une divinité régnant sur l’univers, s’est efforcé de donner par lui-même sens à l’existence.


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