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Refuser le Dieu théiste
ce n’est pas refuser Dieu

 

pasteur Serge Soulié


blog

 


30 avril 2017

Spinoza a été le premier à refuser le Dieu de la synagogue devenu le Dieu des chrétiens. Il l’a payé très cher. Il fut exclu de la communauté juive par un hérèm, sorte d’excommunication, en des termes durs et violents. Il est écrit le concernant : « sachez que vous ne devez avoir avec lui aucune relation écrite ni verbale. Qu’il ne lui soit rendu aucun service et que personne ne l’approche à moins de quatre coudées. Que personne ne demeure sous le même toit que lui et que personne ne lise aucun de ses écrits ». Il a été victime d’une tentative d’assassinat. Contraint à plusieurs déménagements et désavoué aussi par les chrétiens touchés par la réforme qui le traitent d’antéchrist. Il doit recevoir ses amis juifs en cachette. Il est condamné par les autorités religieuses, des théologiens calvinistes soucieux de faire appliquer les dogmes, puis par les synodes de Hollande du nord et du sud. Son Ttraité des autorités théologiques et politiques est interdit. Il devra renoncer à publier son œuvre majeure l’Éthique.

Pourquoi une telle haine et un tel acharnement ? Il y a certainement le souci de la communauté juive qui obligée d’abjurer puis de quitter le Portugal sous l’Inquisition veut retrouver en Hollande, son nouveau territoire d’accueil, son unité à partir des vieilles traditions connues. Mais plus encore ce rejet de la pensée du philosophe, spécialiste du Talmud et de la Thora semble tenir à trois raisons essentielles qui perdurent avec force encore aujourd’hui.

Tout d’abord, la place des Écritures. Si au XXe siècle l’exégèse a bien intégré les remarques historico-critiques de Spinoza, concernant les dates, les auteurs et la constitution des textes bibliques, il n’en va pas de même pour l’herméneutique qui est l’effort de décryptage du sens mystique et symbolique des textes indépendamment du contexte et de son auteur. Pour Spinoza, la bible peut se comprendre par la raison. Il désacralise ainsi les textes sacrés. Pour lui ce sont des textes symboliques et d’édification mais des textes imaginaires, entièrement inventés pour frapper les esprits. Dieu ne se manifeste pas par du surnaturel et du merveilleux. Les lois de la nature y suffisent.

C’en est trop pour les monothéistes pour qui Dieu se révèle à travers des textes sacrés. Certes la Réforme a mis au centre de la vie du chrétien la réflexion et la compréhension de la bible pour échapper aux pouvoirs des religieux mais la bible reste la lecture obligée pour une vie chrétienne. « Lisez la bible tous les jours » clament les Eglises. Ce livre n’est pas là seulement pour aiguiser l’intelligence et éveiller la conscience. Son rôle est de nous maintenir dans la sphère divine. Enfant et adolescent, ma mère glissait dans mes affaires, lorsque je quittais la maison pour quelques jours, une bible. Il ne s’agissait pas seulement de me faire réfléchir. Elle aurait pu pour cela y glisser le Petit Prince de Saint Exupéry ou quelques pages de Montaigne, celles, par exemple sur Dieu et la religion, pages écartées par le lycée public au nom de la laïcité.

En effet, Il y a plus d’un demi-siècle – mais n’est-ce pas encore vrai aujourd’hui - la laïcité avait pour rôle la protection des jeunes esprits. Elle protégeait aussi et, sans oser le dire, le catéchisme de l’Eglise en refusant à l’enseignement public toute initiation à l’esprit critique et raisonné. Personnellement, j’ai eu beaucoup de chance. Le pasteur utilisait le catéchisme pour nous initier, avec sagesse et pertinence, à la critique y compris celle de la religion.

Aujourd’hui, je suis convaincu qu’il est bon de lire la bible à condition de placer ce livre dans l’histoire de l’humanité qui se révèle à travers tous les livres existants. Lue entièrement coupée de toute autre littérature, de tout autre culture et de tout autre savoir, la bible enferme dans des moments de l’histoire qui ont été - d’où les textes qu’elle contient - mais qui ne sont plus. Elle engendre chez ses lecteurs des comportements inadéquats avec les situations actuelles. Tout comme les dogmes et les rites. Elle se transforme en un livre fétiche.

Vient ensuite le refus d’un Dieu anthropomorphique. A qui parler si Dieu n’est pas ce super homme mu par les sentiments que sont les nôtres ? Pour plagier la pensée de Xénophon, si les chevaux avaient un dieu, ce serait un cheval. Pour l’homme Dieu est comme un homme ! Erreur dit Spinoza. Dieu est Autre. Que faire si Dieu n’est plus cette entité toute puissante à qui il est possible de demander l’impossible. Si Dieu c’est la nature, si les deux ne font qu’Un, à qui s’adresser ? Si Dieu n’est pas personnalisé, s’il ne peut pas être mon ami, quel intérêt à croire en Dieu ? Si la prière devient inutile parce que tout est déjà là, que reste-t-il pour manifester la foi ? Enlevez la prière à la religion et vous supprimez la religion. Si le monde matériel et le monde spirituel sont un seul et même monde, qu’espérer qui ne puisse être de ce monde ? Qui sera là pour me guider ? Me punir si nécessaire ? Me gratifier si c’est mérité. On le voit, la perte du Dieu du théisme, ce dieu qui sait tout et fait tout selon sa volonté, semble génératrice d’angoisse. Le garder est un mécanisme de défense contre la peur, contre un anéantissement perçu comme menaçant.

Penser ainsi, c’est oublier que, y compris dans les textes dits sacrés, Dieu n’est pas toujours présenté comme une réplique supérieure de l’homme. Il est Esprit. Il est comme la brise qui passe, insaisissable. Personne ne peut se l’approprier. Par ailleurs il n’est pas interdit de se laisser aller à ce Dieu imaginaire. L’homme en a parfois besoin. Il imagine spontanément. Seule condition dans ce cas : ne pas prendre son imagination pour la réalité des choses. Pour le chrétien, c’est oublier aussi qu’il y a Jésus, le Christ, à qui on peut s’adresser. Là est le sens de la résurrection qu’elle soit évènementielle ou pas. Il est homme, pleinement homme. Il n’est pas Dieu. Il conduit à la découverte de Dieu par ses paroles et par ses actes. Par ailleurs, il n’est pas possible de réduire la prière à des demandes ou des formules vis à vis de Dieu. Prier c’est aussi regarder, écouter, contempler, se laisser pénétrer par l’esprit attaché à chaque chose et à chaque être dans ce monde.

Enfin viennent les positions politiques qui ont profondément irrité les autorités religieuses et politiques. Spinoza a été un précurseur de la laïcité voulant séparer le pouvoir politique et le pouvoir religieux. Avec son ami Adriaan Koerbagh, il conteste la prétention des hébreux à être un peuple élu. Or, pour les religieux, ce peuple est l’exemple même montrant que les deux domaines ne peuvent être que liés. De tout temps et dans toutes les religions monothéistes, ces dernières pour s’imposer n’ont pas hésité à utiliser la force s’associant pour cela aux pouvoirs en place.

Aujourd’hui encore, la séparation du politique et du religieux, n’existe pratiquement pas dans les pays musulmans. En Israël les religieux mènent une lutte sans merci pour imposer leur ordre social, enfin en France on retrouve cette même tentation des religieux les plus intégristes. Parfois, certains comportements comme la distribution dans toutes les boites aux lettres de courrier provenant de l’évêché pour récolter le denier du culte, laissent à penser que l’Eglise catholique a bien du mal à ne pas se considérer comme religion d’Etat, religion pour tous. L’accaparement du mot chrétien à son profit va dans le même sens. L’utilisation par les médias du mot messe pour désigner le culte protestant est insupportable. Le protestant a parfois le sentiment d’être ignoré voire nié.

Refuser le Dieu théiste, ce n’est pas refuser Dieu. C’est refuser le Dieu pensé et imaginé par l’homme. Ce Dieu qui n’est autre qu’une projection de ce que l’homme voudrait être. C’est refuser à la fois « la présence de Dieu en soi » et « l’existence de moi en Dieu » pour prendre la place que je pense occupée par Dieu. Faire sien le Dieu accolé à la nature dans laquelle l’homme vit, présent en chaque chose et en chaque être, loin de réduire Dieu, c’est refuser que celui-ci soit instrumentalisé et qu’il devienne l’alibi des désirs extravagants de l’homme. C’est reconnaitre sa grandeur et sa gloire.


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