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Libre opinion

Entre insouciance et responsabilité


Quel sens donner à sa vie ?

 


Éric Fuchs



Éd. Cabédita

96 pages


recension Gilles Castelnau

 

12 avril 2017

Éric Fuchs est professeur honoraire d’éthique à l’Université de Genève. Il commence son petit livre en nous invitant dans une maison de retraite où les pensionnaires, remarque-t-il, ont naturellement tendance à perdre le sens de la valeur de leur vie puisque celle-ci a perdu sa valeur en termes de bonne santé, moyens financiers, reconnaissance sociale.

En sept brefs chapitres, clairs, intéressant et faciles à lire, il nous fait prendre conscience de la véritable valeur de ce qu’il nomme l’insouciance.


En voici quelques passages :

 


Prélude


page 11

[...]
La première réponse le plus souvent spontanément proposée met en relation valeur de la vie et santé. Autre affirmation fréquente : faire dépendre la réussite de sa vie de la situation sociale obtenue, du rôle joué et de l'appréciation des autres. On trouve aussi une réponse plus égotiste : une vie est « réussie » lorsque le sujet porte sur lui-même un jugement positif : faisant le bilan de sa vie, il estime que finalement il s'est bien « débrouillé ». Pour d'autres encore, la qualité d'une vie se juge aux valeurs qu'elle a su transmettre aux générations suivantes... Alors finalement, qu'est-ce qui fait la qualité de la vie et lui donne son sens ?

 

 

Qualité de la vie et don de l’insouciance

page 39

L’insouciance, c’est le refus de se laisser dominer par les soucis, à savoir la crainte du manque
[…]
Il y a donc de « bons » soucis, légitimes, expression de la responsabilité morale envers autrui, et de « mauvais » soucis, qui enferment le sujet en lui-même. Il y a des soucis qui naissent de la peur et ceux qui manifestent l'intérêt que nous prenons pour une juste cause. Du coup, il y a une insouciance égoïste et une insouciance « altruiste ». Un souci qui conduit à une forme de servitude (si admirablement décrite par Molière dans L'avare) et un souci qui nous rend attentifs aux autres.

Il faut donc s'interroger sur la cause du souci. Dans le texte de Matthieu 6, le souci provient du manque de confiance en la providence divine, du refus ou de l'incapacité de croire que le Père céleste sait ce dont nous avons besoin et y répond. C'est rester enfermé dans le cercle de l'auto-attestation. Dans cette situation, il est justifié que je me fasse du souci pour moi-même puisque je suis moi-même la norme de ma réussite. Il faut briser cet enfermement et se reconnaître aussi dépendant du Père céleste que les fleurs des champs ou les oiseaux du ciel. C'est-à-dire dépendant de ce qui échappe précisément à notre vouloir, pour nous faire passer du vouloir au recevoir, du souci à la reconnaissance. S'il faut se soucier de quelque chose, c'est de ne pas reconnaître la justice de Dieu. Qu'est-ce à dire ? La justice de Dieu, c'est la manière dont Dieu agit, à savoir sans choix préférentiel et sans conditions, seulement par amour.
[…]
L’insouciance, telle que le Christ en parle, n'a rien à voir avec l'aveu d'impuissance ou la révolte : « Pourquoi Dieu permet-il que je sois atteint d'un cancer ou que mon enfant soit gravement handicapé ? », mais a tout à voir avec cette question : « Comment puis-je vivre cette épreuve que la vie (et pas Dieu !) m'inflige, de sorte que je resserre encore mon lien de confiance avec Dieu et ma volonté de solidarité avec les souffrants ? ». Dieu n'est pas responsable de mon malheur ; en revanche, Il est celui qui accompagne notre interrogation pour nous éveiller à la conscience de la valeur de ce qu'il nous est donné de vivre. Y compris les moments où la malchance ou le malheur nous accable
[…]
Bref, l’insouciance est impossible... Elle ne saurait être mise au rang des vertus chrétiennes ! C'est que justement elle n'est pas une vertu, fruit de nos efforts, de notre volonté. Elle est un pur cadeau, le don que nous ne pouvons que recevoir et jamais obtenir au terme de nos efforts. À quoi nous servent donc le chant des oiseaux, la beauté des fleurs ? À rien, sinon à nous réjouir, à nous faire pressentir qu'il y a une gratuité du bonheur, un rien qui est tout, comme un souffle léger qui nous rafraîchit, nous allège et nous dit quelque chose de la vie éternelle, de la vie que Dieu promet et nous fait goûter.
L’insouciance ne peut être un programme de vie, elle est un cadeau qui nous est offert pour alléger notre route et nous faire percevoir la lumière qui parfois traverse les nuages et illumine le paysage et qui discrètement ne cesse d'éclairer notre vie, de la naissance à la mort.

 

 

L’insouciance et la fidélité à sa vocation

page 70

[…]
Ora et labora (prie et travaille) sont depuis les origines les deux piliers de la vie monastique. Le travail y est honoré comme un des deux éléments de la vocation humaine, l'autre étant la prière. La prière, c'est-à-dire ce lien avec Dieu où l'insouciance trouve sa source et sa beauté et son expression dans la confiance.
Dans l'histoire du protestantisme, on constate que la vocation en tant qu'engagement professionnel socio-politique a pris de plus en plus d'importance, au détriment de la vocation comme appel à un engagement spirituel. Ce faisant le protestantisme a participé grandement à la sécularisation croissante de notre société occidentale. C'est du coup l'activité sociale et ses réussites qui deviennent le marqueur d'une bonne réponse à la vocation humaine; et comme une preuve de l'approbation divine.
La conséquence en a été une dépréciation de l'insouciance. La Réforme a été un puissant moteur de la transformation sociale, mais souvent au prix d'un désintérêt croissant pour le lien entre engagement socio-politique et vocation spirituelle.
Le protestant se sait responsable de faire fructifier le talent qui lui a été confié (cf. la parabole des talents en Matthieu 25, 14-30), il a tendance à juger l'insouciance irresponsable.

 

 

Post-scriptum


page 87

Encore un mot, ami lecteur. Écrire un livre sur l'insouciance, sachez-le, est un paradoxe. Car rien ne donne plus de soucis que d'écrire un livre et d'oser le proposer à la lecture d'inconnus. C'est prendre la responsabilité de se mettre dans une sorte de contradiction. Comment parler de l'insouciance avec sérieux, sans insouciance donc ? J'ai ainsi vécu en rédigeant ce petit essai l'impossible responsabilité d'être insouciant... Alors, cher lecteur, soyez charitable. J'ai fait ce que j'ai pu...



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