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Mort
et espérance
de la résurrection

 


Conférences inédites de Jacques Ellul

 

 

Éd. Olivétan

224 pages – 20 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

 

21 février 2017

Jacques Ellul (1912-1994) est un professeur d’histoire du droit, sociologue philosophe et théologien protestant. Ce livre publie des textes inédits de lui concernant la Résurrection qui datent des années 1970 à 1990. Des conférences et des articles qu’il a écrits dans des journaux ou des revues. Toute la seconde moitié du livre donne la transcriptions de plusieurs études bibliques au cours desquelles il répond aux questions des participants.

Une pensée forte en émane. Ellul était un conférencier et un auteur puissant, assuré et convaincant. Il n’était pas un douteur, un hésitant. Il connaissait la Bible, il savait la citer et l’expliquer dans l'esprit et la théologie de Karl Barth, de sorte qu’il était lu et commentés et ses conférences suivies par des foules saisies et passionnées.

Claude Baty, pasteur des Églises Libres qui préface ce livre écrit : « On l’aura compris, Jacques Ellul s’affirme come un croyant ‘évangélique’ ».

Voici des passages représentatifs des trois parties de ce livre.

 

.

 

 

I

Conférence

La résurrection, mythe ou réalité ?

 

page 16

[...] Les synoptiques sont, du commencement à la fin, des récits très concrets qui racontent ce que les témoins ont vu et ont entendu, ce sont des récits, entre guillemets, « historiques », et généralement on admet qu’ils sont très véridiques. Ce serait alors tout à fait extraordinaire si les auteurs de ces évangiles changeaient tout d'un coup de registre, et si ayant écrit tout le récit de la vie de Jésus en historiens, brusquement, ils racontaient la résurrection comme une sorte de mythe. C'est impensable pour un critique historique. C'est impensable : si l’on estime que les récits de la résurrection sont mythiques dans les évangiles synoptiques, eh bien, alors, il faut aussi admettre que tous les autres récits, les récits des paroles de Jésus, les récits de miracles, etc. sont aussi mythiques. Or, aucun historien ne soutient plus cela. Tous les historiens, même les plus critiques, reconnaissent la validité de ces textes et admettent l'historicité de ce qu'ils racontent. Dès lors, on ne peut pas penser que ces mémorialistes que sont les évangélistes soient passés brusquement du récit historique de ce qu'ils ont vu à la création d'une espèce de mythe et au transfert d'une vérité purement intellectuelle.

[...]

Donc, la résurrection n'est pas seulement un événement spirituel, mais c’est un événement tout à fait matériel, qui permet de voir le ressuscité. Et en effet il est, je crois, essentiel, de souligner la matérialité ; la matérialité, car enfin Dieu s'est incarné dans un corps humain ; c'est très matériel, il n’y a pas de spiritualisme dans la Bible, elle est toujours très concrète. Et il y a de même dans la Bible, une importance énorme, que l’on ne souligne pas assez, donnée au corps : le corps humain est très important.
Pensez à ce texte si essentiel de Paul qui nous dit : « Lorsque ce corps mortel aura revêtu l'immortalité, lorsque ce corps animal sera devenu corps spirituel, lorsque ce corps infirme sera revêtu de force. » Il s'agit toujours du corps. C’est très curieux, parce que la résurrection, cela ne concerne pas l'âme, cela ne concerne pas un esprit, non ; c'est la résurrection des corps, et des corps qui ont changé, des corps qui maintenant sont spirituels, mais ce sont des corps. L’Évangile insiste sur cette matérialité, et la résurrection, c'est bien, je le disais, la résurrection des corps.

[...]

Il est tout à fait net que si, en effet, Jésus a effectivement été enterré, (c'est tout proche du lieu de la crucifixion, que l’on a bien identifié), il était enterré là, dans ce tombeau-là. Donc le corps n'est plus là. Et où est-il ? Eh bien, il n'est pas dissous, il est auprès de Dieu. Si bien que la résurrection est en définitive beaucoup plus considérable que ce que nous imaginons habituellement, qui est plus ou moins flou, plus ou moins vague. Elle est d'une réalité bien plus grande que notre pensée ne peut le concevoir. Et la mort est vaincue d'une façon beaucoup plus totale, puisque c'est la structure même de l’organisme vivant du corps de Jésus qui échappe à la mort, qui est retrouvée, et que, en effet, c'est bien nous avec la totalité de notre être, qui, en Jésus-Christ et par lui, sommes appelés, chacun, à ressusciter.

[...]

Rejeter la résurrection du côté du mythe, je dirais que c'est donc l'acte le plus grave que l'homme puisse accomplir. Je préfère tant qu'à faire l'homme qui déclare : « Je suis un agnostique, je ne peux pas décider, je ne peux pas dire oui, je ne peux pas dire non. » Je préfère cette attitude-là, qui est nette et franche, à l'attitude de, l'intellectuel qui interprète la résurrection comme un mythe. Ce qu’il y a de plus grave, c'est prendre parti pour la mort contre la vie.

 

 

 

II

Écrits

Résurrection : notre acomplssement

page 78

[...]
La promesse accomplie

[…]
Mais pour qu'il y ait résurrection, il faut qu'il y ait vie. Ce n'est pas la vie animale du nouveau-né qui compte. Toute l'Écriture nous parle des œuvres de l'homme ou des fruits de l'Esprit : la vie appelée à la résurrection, ce n'est pas le corps organique, ni l'âme : c'est la vie construite par une personne, au cours de ses dix ou cinquante ou quatre-vingts ans d'âge.
Et c’est là cette espérance de la résurrection qui nous oblige à vivre le plus possible... pour qu'il y ait « quelque chose, à ressusciter ! »
Ainsi l’espérance de la résurrection est le fondement de toute une éthique de l'action, confrontée et affrontée à la mort, en même temps que la certitude que dans la résurrection tout ce que nous avons eu le projet de faire, tout ce que nous avons pauvrement commencé, médiocrement vécu, trouvera son accomplissement et son épanouissement. La résurrection, ce n'est pas la « béatitude » mais l’accomplissement de notre espérance et de notre projet, qui correspond exactement à l'accomplissement de la promesse faite par Dieu.

 

Réflexions sur les contradictions de la Bible

page 99

[...]
Quelques conséquences éthiques
[...]
Autrement dit, quand on a parlé du renoncement à soi-même, et plus encore de la mort à soi-même, ce n'est pas du tout une façon de parler, ou une image : c'est vraiment l'approximation la plus complète qui puisse avoir lieu de la mort réelle, corporelle, physique. Mourir à soi-même, ce n'est pas abandonner ses péchés, ou vivre une vie plus morale, ou faire disparaître telle tendance, telle passion, c'est beaucoup plus radical : c'est ne plus vivre selon la chair.
Mais la chair, elle, englobe le tout de notre être, elle exprime la convoitise et l'esprit de puissance. Seul l'Esprit de Dieu peut atteindre la racine et faire mourir le tout, et à ce moment-là « on meurt dans le Seigneur ». C'est exactement le même fait que la mort elle-même, mais alors que nous continuons à vivre dans notre corps et dans ce monde-ci, cesser de faire du corps et de notre volonté le centre de notre résistance à Dieu.
Quand nous disons « que ta volonté soit faite », ce n'est pas une pieuse formule d'obéissance, c'est la décision de la mise à mort de mon autonomie. Je reconnais en disant cela que le centre de décision n'est plus ici. L’absorption du milieu par le moi ne se fait plus. Il n’y a nullement croissance, épanouissement du moi, il y a disparition. Qui ne peut jamais se faire à la limite, puisque je reste physiologiquement vivant. Mais c'est bien, comme la mort, le moment où n'étant plus rien, je redeviens pleinement pour Dieu le point de départ d'un nouveau possible. Mais pour Dieu seulement. Exactement comme quand le corps a cessé d'être vivant, système organisé, il peut devenir pour Dieu ce point de départ du possible corps spirituel. Ainsi la mort peut être désirable.
Mais ce n'est pas un accroissement du moi : ce n'est pas moi qui verrai Dieu grâce à la mort (le texte de Job 19.25-27 vise le moment où mon « Rédempteur » se lèvera, c’est-à-dire celui de la résurrection), ce n’est pas moi qui serai plus proche de Dieu. Ce serait encore une affirmation du moi, la recherche d’un « plus-moi », alors que la mort c'est : toute la place à la grâce de Dieu, et strictement rien de moi. Ainsi elle n’est terrible que dans la mesure où le vivant se place au centre du monde et veut assurer sa puissance : à partir du moment où le vivant a renoncé à lui-même, se désintéresse de son autonomie et de sa puissance, alors la mort perd effectivement sa puissance et sa signification.

 

 

III

Études bibliques

Le salut universel

Quel jugement ?

page 159

Questions de l'assemblée

Q : Ne pensez-vous pas qu'il est dangereux d'enseigner le salut universel ?

J. Ellul : C'est très dangereux, mais vous ne pouvez l'enseigner qu'à l'intérieur de la prédication de l'Évangile, et à l'intérieur de la prédication concernant Jésus-Christ, qui doit faire prendre conscience à l'homme du coût qui a été payé pour que son salut puisse exister.
C’est devant la croix que nous sommes conscients de notre responsabilité. Alors il ne faut pas laisser l'homme devant la croix comme devant sa condamnation, mais il faut lui apprendre qu'il a fallu cette croix pour qu’il puisse être sauvé : j’ai été pécheur jusqu'au point où il a fallu que Dieu même meure sur la croix. Pas moins que cela.
Et là, j'ai une dimension du péché qui dépasse de loin tous les reproches, les regrets et les remords que je peux avoir.
Et c'est très curieux, il suffit d’une différence d’accent, parce qu'insister indéfiniment sur la victime expiatoire, ce n’est pas cela la question. La question c’est que nous sommes en présence de ce Dieu qui nous a aimé jusqu’à en mourir.

[...]

Q : Le salut universel, « il faut être fou pour le croire ». Mais si l’on ne peut pas l'enseigner, cela pose un problème. Comment l'annoncer ?

J. Ellul : Il faut être fou pour l'affirmer, parce que ça nous dépasse tellement ! Penser que Hitler ou Staline sont eux aussi sauvés, cela nous dépasse, ce n'est pas dans nos concepts, ce n'est pas dans nos cases, ce n’est pas possible ! Alors il faut être fou pour dire cela. Mais il faut être impie pour ne pas le croire.

 

 


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