7 janvier 2010
Chers frères que j’aime bien, mais dont le catholicisme m’horrifie... (rassurez-vous le protestantisme institutionnel en voie de sclérose fondamentaliste, « évangélique ma non tropo » ne m’enthousiasme plus guère...)
La lecture attentive de « Chrétiens en marche » (arrière ?) me consterne (bien qu’intéressant, intelligent, bien fait... mais tout à fait conforme à la stratégie romaine en matière d’œcuménisme... tenter de séduire séparément les Eglises non-romaines).
Vous vous y contentez de peu, de la part de votre Eglise : toutes les initiatives évoquées (sauf celles de pur prosélytisme romain, la « stratégie d’Horace contre les Curiace », abordés et vaincus séparément), tentatives de fraternisation, d’émulation spirituelle, de recherche (souvent réussie) de communion ont été le fait d’individus ou d’Eglises non-catholiques-romains. L’article du cher « père » René Beaupère en 1ère page laisse bien entendre que du coté catholique ont prévalu les oppositions ou les consentements réticents ou résignés. Pas de quoi être fiers. On peut y lire aussi a contrario les progrès spirituels à accomplir pour que cèdent les verrouillages et même les hauts murs (comme celui des Israéliens) qui croient possible de protéger ainsi la citadelle vaticane, mais ne réussissent qu’à l’isoler un peu plus.
Nous ne sommes pas brouillés avec les catholiques, nous avons des divergences spirituelles, théologiques, herméneutiques, ecclésiologiques et autres dont nous ne parlons jamais entre nous tous, paisiblement et fraternellement. Comment espérer que tout change pour être conforme au projet de l’homme, du rabbi de Nazareth ? Et pourtant vous savez bien que ce sont des catholiques qui ont fait la Réforme protestante au XVIe siècle, des fidèles, des moines, des théologiens, des prêtres, des evêques... et avec une telle conviction (et de telles oppositions) qu’ils ont construit le protestantisme (sans le savoir et sans le vouloir). Mais ils ont échoué dans leur grand projet : réformer (ou plutôt re-former ) la totalité de l’Eglise catholique qu’ils aimaient (tant qu’elle ne les a pas traités d’horrible façon).
Alors, chers frères catholiques, puisque vous avez de l’expérience en matière de re-formation de l’Eglise chrétienne, et une compétence manifeste, s’il existe encore parmi vous des hommes de foi et de courage, vous êtes appelés à l’insurrection spirituelle : « levez-vous et bâtissez ! » Ne comptez pas trop sur les protestants pour vous aider : ils sont généralement devenus amorphes, insipides et sans saveur (Matthieu 5.13), ayant chassé (comme le Vatican, d’ailleurs) les esprits prophétiques, généreux, plus préoccupés du sauvetage de l’humanité que de la survie de nos paroisses.
Quand même, félicitez les protestants d’avoir inventé (mais il a déjà 2 ou 3 générations) le Conseil Œcuménique des Eglises (que continue à bouder l’Eglise catholique), d’avoir reconstitué l’Eglise Réformée de France, en voie d’union avec les Eglises luthériennes de France, d’avoir inventé la merveilleuse Cimade (Service Œcuménique d’entr'aide) et impulsé à la base des études bibliques œcuméniques...
Mais nous nous contentons, les uns et les autres d’une petite « semaine de prière pour l’unité » (des Eglises ou des chrétiens ?), bien ambiguë tant que la doctrine vaticane du « retour à Rome » n’aura pas été abolie ; en prononçant le même mot mais en lui donnant des sens différents. Car nous ne nous rassemblons pas avant de prier pour « nous accorder » sur ce qu’il convenait de demander à l’esprit inspirateur des prophètes et de Jésus (sans le confondre avec les enthousiasmes charismatiques - un peut à bout de souffle, c’est le cas de le dire -. Proposons des dialogues spirituels et théologiques à la base, oui, cherchons à nous comprendre et à nous accorder avant de prier, ou plutôt avant, pendant et après...
Après tout, pourquoi ne pas proposer une semaine, un mois, un trimestre, davantage, pour l’authenticité des Eglises dans l’accueil de la proposition révolutionnaire de Jésus ? Des exégètes sont en train de retrouver (Kloppenborg, Amsler, Babut, Marguerat et bien d’autres) la bonne nouvelle du règne de Dieu immédiatement accessible par la porte étroite, ce qui pourrait bien susciter (malgré les prudences et les conformismes institutionnels) une évolution spirituelle, une véritable mutation, d’importance plus grande que la Réforme du XVIe siècle. Prions avant tout pour qu’il y ait des prophètes et des croyants rendus capables de les prendre au sérieux...