Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 


Interreligieux 

/i376.musst.png

Sommes-nous sortis
de la crise du modernisme ?
 

Enquête sur le XXe siècle catholique
et l'après-concile Vatican II

Jacques Musset


Ed. Karthala
288 pages - 23 €


Recension Gilles Castelnau


  


15 mars 2024

Le dynamisme intellectuel et scientifique qui a animé toute l’Europe, depuis le XVIIIe siècle des Lumières jusqu’à aujourd’hui, a évidemment impacté les Églises protestantes et catholique. Un renouveau moral et spirituel considérable a passionné et divisé les esprits et les consciences de tous. On a appelé ce mouvement « libéralisme » dans le protestantisme et « modernisme » dans le catholicisme mais il était le même partout et les théologiens des deux bords, novateurs ou conservateurs se connaissaient et s’influençaient mutuellement.

La crise de désaffection que connaissent de nos jours les Églises amène évidemment à reposer à nouveaux frais les anciennes questions d’autant plus que leurs partisans les plus extrémistes tendent à se radicaliser.

 

Le théologien catholique Jacques Musset, adepte du modernisme de son Église, connaît fort bien cette histoire passée, l’intransigeance des papes et les développements de la pensée libérale protestante (Sa riche bibliographie en témoigne).

Il se borne dans ce - gros - livre à la présentation de la - dramatique - histoire ecclésiastique catholique. Il la présente avec une érudition et une intelligence remarquable.

 

En voici quelques passages.

 


Première partie

Ce que fut la crise du modernisme

(1893-1914)

 

 

Rome met en place une stratégie de conservatisme et de répression

Le pire arrive en 1907 avec coup sur coup le décret Lamentabili publié le 8 juillet et l'encyclique Pascendi promulguée le 8 septembre. En quoi ces deux textes émanant le premier du Saint Office (et signé par Pie X) et le second du Pape seul sont-ils si affligeants pour ceux qui cherchent à réconcilier l'Église et la culture moderne ? C'est qu'ils verrouillent à double tour les portes légèrement entrebâillées sous Léon XIII. Voyons-en le contenu.

 

Le décret Lamentabili
C'est un recueil de soixante-cinq propositions condamnées. Le document est dans le même style et le même esprit que le Syllabus promulgué par le Pape Pie IX en 1864, catalogue lui aussi d'affirmations considérées comme de graves erreurs. Après l'intermède relativement libéral de Léon XIII, revient avec Pie X la politique répressive. Sont visés expressément Alfred Loisy, mais aussi d'autres comme Edouard Le Roy ou Albert Houtin, des représentants de la démocratie chrétienne ou des défenseurs de Loisy à l'intérieur de l'Église (Mgr Mignot et Mgr Lacroix). En prendre connaissance permet d'apprécier le retranchement de Rome sur ses positions traditionnelles les plus étroites et rigides. Dans ce long décret, on affirme que le pape est le gardien de la Vérité immuable ; c'est lui qui prescrit aux catholiques de penser, publier et agir en tous domaines selon la doctrine officielle, notamment dans l'interprétation des Écritures et des dogmes, dans la conception des sacrements et de l'Église mais aussi dans le domaine social et politique. Ce décret du Saint Office a pour objectif de clôturer une fois pour toutes le champ de la pensée et des initiatives chrétiennes. Qui s’aventure au-dehors sera sévèrement réprimandé, ramené à la raison et, s'il s'obstine, mis carrément dehors

 


Deuxième partie

La grande peur du modernisme

(1914-1960

 

 

Des foyers de pensée chrétienne alternative

En philosophie et en théologie

L 'aventure du Sauchoir, école de théologie

Le Saulchoir est un lieu-dit de Belgique non loin de Tournai. Là s'est installé en 1904 le couvent d'études de la province dominicaine de France, chassé de son pays par les lois contre les religieux.

Pendant les années noires de la crise moderniste sous Pie X, deux régents insufflent une liberté réelle de pensée chez les étudiants. La formation qu'ils dispensent refuse l'assimilation entre Le donné révélé et la théologie, identification à laquelle succombent inconsciemment certains théologiens thomistes intransigeants comme Garrigou-Lagrange. Pour ces dominicains éclairés, il y a, en effet, une distance entre les dogmes qui sont du domaine de la foi et la théologie qui est une élaboration humaine cherchant à donner sens à ce donné révélé dans une culture donnée, sans toutefois jamais pouvoir en rendre compte totalement. Sans remettre en cause les dogmes, l'école du Saulchoir affirme toutefois la relativité de l'approche théologique néo-thomiste qui est la seule admise en leur temps. Par le fait même, elle reconnaît la légitimité d'une pluralité de théologies et la souhaite ardemment. C'est une petite révolution dans la conception traditionnelle imposée par Rome pour qui la philosophie et la théologie thomistes sont les seules légitimes.

[...]

Contrairement à l'habitude des théologiens classiques de considérer la philosophie et la théologie de St Thomas comme le nec plus ultra de la réflexion chrétienne, valable pour tous les temps et pour tous les lieux, et de lui conférer une exemplarité et un prestige sans pareils, nos dominicains resituent l'œuvre de Thomas d'Aquin dans l'histoire des XIIe et XIIIe siècles.
Pour eux, leur devancier a accompli une remarquable tentative pour donner sens au christianisme dans le monde singulier du Moyen-âge, mais leur fidélité à sa démarche sept siècles plus tard n'est pas de répéter ce qu'il a élaboré en son temps mais de s'inspirer de sa démarche pour trouver la manière la plus juste d'annoncer l'Évangile à leurs contemporains.
Vouloir plaquer la doctrine thomiste telle quelle dans un monde inédit est un anachronisme et une trahison du grand théologien médiéval. L'exigence d'actualisation du christianisme dans l'esprit de St Thomas suppose donc une connaissance du milieu humain auquel on s'adresse, de ses questions, de ses espoirs, de ses aspirations, de manière à présenter l'Évangile dans un langage compréhensible comme un ferment, une source, un souffle.

 

L'âme de cette renaissance chrétienne est le Père Marie-Dominique Chenu [1895-19901 qui devient régent du Saulchoir de 1932 à 1942.

 


Troisième partie

Les questions de fond demeurent

(1960-2016)

 


 

Depuis Vatican II, les réactions conservatrices de Rome prennent le dessus

Les femmes ne peuvent devenir prêtres, c’est la volonté de Dieu, 1976

 

Affirmer qu'en définitive c'est le magistère (le pape) qui tranche et prononce la vérité définitive sur la question en vertu de son mandat reçu par Dieu n'est pas crédible. D'une part, la prétention papale et épiscopale d'être l'interprète de la volonté de Dieu n'est pas historiquement fondée. D'autre part, on constate dans l'histoire de l'Église que le pape s'est trompé à bien des reprises en déclarant solennellement qu'il exprimait la Vérité divine. Pour ne remonter qu'au et au siècle, on peut relever les prises de position de Pie IX dans son Syllabus quand il condamnait toute une série d'erreurs — comme la liberté religieuse, la démocratie — qui ont été corrigées à Vatican II. De même, comme nous l'avons vu, les prises de position des papes Pie XI et Pie XII réprouvant solennellement la contraception au nom de la Loi de Dieu sont sujettes à caution. Jean-Paul II a donc été bien imprudent en déclarant clos définitivement le débat sur l'ordination à la prêtrise des femmes. On peut ajouter que c'est la conception même du sacerdoce ministériel tel qu'il est défini traditionnellement qui est mis en question.

 

La chasse aux théologiens déviants depuis Vatican II

 

De nombreux théologiens catholiques de grand renom sont donc condamnés sous les trois pontificats successifs de Paul VI, Jean-Paul Il et Benoît XVI, tels le Français Jacques Pohier, le Suisse Hans Küng, le Néerlandais Edward

Schillebeeckx, l'Américain Charles Curran, l'Allemand, Eugen Drewermann et une grande partie de théologiens de la libération comme le Brésilien Leonardo Boff et le Sansalvadorien Jon Sobrino. La condamnation de Jon Sobrino par la Congrégation en 2007 cause un vif émoi et la consternation chez nombre de théologiens catholiques. La liste de ces théologiens inquiétés de 1965 à 2013 est loin d'être complète.

[…]

Une des dernières décisions que prend le cardinal Ratzinger avant de quitter sa fonction de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi sera de congédier Thomas J. Reese, le rédacteur en chef de la revue jésuite américaine America 30 considérée comme progressiste et en délicatesse avec la Congrégation depuis plusieurs années.

 

La crise moderniste n’est pas terminée

Une représentation de Dieu héritée d’un monde
où son existence et son action paraissent évidentes

 


Car cette approche traditionnelle d'un « Dieu » extérieur, créateur et interventionniste dans l'histoire personnelle et sociale des hommes, ne s'allie pas aux données que les sciences leur ont fait découvrir. En effet, la connaissance des lois qui règnent sur le monde de la matière et de la vie (même si ce monde reste une énigme sinon en droit du moins en fait) les fait douter de la conception traditionnelle d'un Dieu créateur et interventionniste. De même la connaissance des lois qui régissent les groupes humains, au niveau des réalités culturelles (Lévi-Strauss), sociales, économiques et politiques les met mal à l'aise avec un discours où « Dieu » agit selon un plan fermement établi pour faire advenir son projet et se révèle selon son bon plaisir et un calendrier prédéterminé.

Enfin la connaissance de ce qui dans l'intime de l'homme relève des sciences humaines (même si celles-ci n'épuisent pas la totalité du mystère humain) fait voler en éclats la conception d'une nature humaine et d'une loi naturelle d'origine divine. L'exigence d'intégrité intellectuelle, qui ne les fait plus se reconnaître dans cette représentation de « Dieu », les stimule, s'ils continuent de croire en Lui, à Le repenser autrement.

 

 

 

Retour vers interreligieux

Retour vers Jacques Musset

Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

   
 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : gilles@castelnau.eu
Il ne s'agit pas du réseau Linkedin auquel nous ne sommes pas rattachés.
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque