Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 


Interreligieux 

i367.candiard.png

Adrien Candiard

Sur la Montagne
l'aspérité et la grâce


Ed. Cerf
242 pages - 25 €


Recension Gilles Castelnau


  


3 octobre 2023


Le Père Adrien Candiard est un dominicain, prieur du couvent du Caire et membre de l’Institut dominicain d’études orientales. Il est spécialiste de l’islam et de la langue arabe et a écrit plusieurs livres à ce sujet. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit dans ce petit livre : il accompagne aussi des groupes de pèlerinages dans leur visite de la Terre sainte, lit avec eux, sur la montagne des Béatitudes, les paroles de Jésus qui y prennent une signification nouvelle et saisissante. Il répond à leurs questions, aux difficultés de foi et aux contradictions qu’ils trouvent dans leur existence personnelle. Et c’est pour en proposer une synthèse qu’il a rédigé, dans un langage très simple et vivant, ces pages d’éclaircissement : réponses globales qu’il propose à tous nos contemporains embarrassés.

 

Évidemment son quotidien monastique de prieur de son couvent, qu’il vit vêtu de la grande robe blanche des dominicains l’oriente tout naturellement dans l’introspection et vers la recherche de la sainteté personnelle plutôt que dans la participation aux grands problèmes sociaux et politiques de la vie du monde.

 

Le fait qu’il centre volontiers sa réflexion spirituelle sur la morale du Sermon sur la Montagne, induit évidemment les questions des jeunes pèlerins avec lesquels il dialogue – ou qu’il encourage à la mystique du silence méditatif – oriente ses pensées vers l’idée de la sainteté individuelle plutôt que dans la construction d’une société meilleure par des fidèles dépréoccupés de leur réussite personnelle.

Cette question se pose sourdement, me semble-t-il, à chacune des lignes de son excellent essai.

En voici des passages.

 

 

Introduction

 

Si Dieu nous aime gratuitement et sans conditions, pourquoi nous demande-t-il d'agir selon ses commandements, et des commandements d'une exigence si grande qu'ils semblent se révéler, à l'usage, tout à fait hors de portée ? Que signifie vivre en chrétien, au milieu de tant d'injonctions souvent contradictoires ?

 


1

Beaucoup demandent : qui nous fera voir le bonheur ?

 

Ce n'est que sur la croix qu'enfin, le malentendu est levé. Ceux qui comptaient sur Jésus pour inaugurer un système politique nouveau en sont pour leurs frais. Mais ceux qui l'ont attentivement écouté commencent à disposer de toutes les pièces du puzzle, alors qu'on met à mort, sous leurs yeux, celui que les Romains qualifient par dérision de « Roi des Juifs » et coiffent d'une couronne d'épines. Le Royaume de Dieu, ce n'est pas le Tout-Puissant qui vient prendre le contrôle du monde et des hommes, mais c'est l'amour de Dieu qui se révèle dans son incroyable intransigeance, qui s'offre au coeur de l'homme sans manipulation, sans contrainte, par le seul spectacle de son absolu sacrifice.

On attendait des légions d'ange, la foudre tonnant et frappant, le grandiose son et lumière d'une manifestation de puissance divine ; au lieu de cela, se donne à voir seulement, à travers l'impuissance confiante d'un enfant dans une crèche ou la patiente résignation d'un condamné qu'on mène à la croix, l'amour simple et total de Dieu. Le Royaume de Dieu, c'est Dieu qui se révèle à nous tel qu'il est, et dont l'amour n'est pas un attribut parmi d'autres, coincé entre la toute-puissance et l'omniscience, mais bien sa nature même, son essence véritable.

 

[…]

 

« Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux » ne signifie pas qu'un vigile posté à l'entrée interdit le passage à ceux qui auraient le malheur d'être un peu trop riches-  même « de cœur ». Mais la parabole nous prévient : pour venir au festin, encore faut-il avoir faim. Faim et soif de la justice. Être assez affligés pour désirer la consolation, être assez pauvres pour désirer la richesse véritable, avoir le regard assez pur pour distinguer Dieu quand il se révèle à nous. Ces voies paradoxales de bonheur que Jésus présente ici, et dont tout le Sermon sur la montagne qui suit sera un développement, nous expliquant précisément ce que c'est qu'être doux, avoir le cœur pur, être pauvre de cœur.

 



2

Si je n’avais mon plaisir dans ta Loi, je périrais de misère

 

 

Celui qui respecte l'interdit alimentaire est quitte à l'égard du commandement, tout comme le contribuable déférent est quitte vis-à-vis du fisc, une fois sa contribution réglée : l'un comme l'autre ont réalisé tout ce qu'on était en droit d'attendre d'eux. Celui qui s'engage dans la voie du Royaume ne connaît pas ce repos-là. Jamais il ne peut se dire: je suis quitte à l'égard du désir, je suis venu à bout de la colère, je suis sorti du mensonge, j'ai définitivement mis fin la violence. La direction marquée par Jésus ouvre au contraire un espace infini de progrès : il ne s'agit pas d'être dans les clous, du bon côté de la barrière strictement binaire que tracent les prescriptions légales entre la transgression et le respect ; il est toujours possible d'avancer.

 

[…]

 

En indiquant la direction et non la marche à suivre, Jésus laisse toute sa place à la conscience humaine et donc à notre propre responsabilité. La vie morale du chrétien ne consiste pas à obéir mécaniquement à des règles, mais bien à évaluer des situations et à prendre des décisions en conscience.

 

[…]

 

Au bout du compte, il ne me semble pas qu'il soit moins exigeant de devoir former sa conscience, évaluer une situation, peser le bien et le mal pour enfin décider librement en conscience, que d'obéir littéralement et sans réfléchir à un point de règlement.

 

[…]


Tout autre est la Loi inscrite dans les cœurs que propose Jésus : sans imposer les prescriptions d'un système de règles, elle montre la direction sans détailler la marche à suivre. La Loi du Christ marque le cœur, mais ne le remplace pas. Au contraire, elle l'éveille à sa véritable mission : nous conduire jusqu'à Dieu.

 

 

3

J’irai par le chemin le plus parfait ; quand viendras-tu jusqu’à moi ?



La colère, le désir, le mensonge. La colère, le ressentiment ou le mépris m'isolent : à partir de griefs souvent bien réels, je laisse se construire en moi une image de mon adversaire qui bientôt vit sa propre vie, parfois loin de celui qui en est l'origine. À travers la colère, je ne vois plus, je n'entends plus la personne qui me fait face : je l'ai remplacée par cette image de l'ennemi que je porte en moi, que je puis détester tout à loisir.

Quant au désir, Jésus ne le condamne évidemment pas en lui-même (pourquoi Dieu l'aurait-il créé ?), mais il sait aussi que notre désir peut réduire la personne qu'il embrasse à un simple objet de possession, même imaginaire ; là même où le désir amoureux devrait nous pousser à rencontrer une personne dans l'amour et le respect, son détournement nous isole dans le souci de notre seul plaisir.

 

Le mensonge, enfin, est par excellence le moyen de fuir la réalité du monde et des relations humaines au profit de nos intérêts ou de notre fantaisie. En rejetant ces manières de ne pas voir notre prochain pour ce qu'il est, Jésus leur oppose un réalisme radical. Voir le monde comme Dieu le voit, voir nos frères comme Dieu les voit, ce n'est pas embuer notre regard de tendresse naïve : c'est au contraire accepter de le voir comme il est en réalité, sans complaisance candide, mais surtout sans tous les filtres qui trop souvent nous protègent de la rencontre de ceux qui nous entourent.

 

[…]

 

 

Elle est étroite, la porte du salut, parce qu'elle est exactement à ma taille, ni plus, ni moins. Pour passer, je dois abandonner tout ce reste qui m'encombre, mon péché bien sûr, mais aussi mes protections, mes suffisances, mes obsessions, mes assurances, pour me placer tout entier sous le regard de Dieu, en cette présence de Dieu qui est le salut et la vie éternelle. Mais on n'efface pas si facilement la peur, spécialement cette peur de Dieu qui ronge le cœur de l'homme depuis le péché d'Adam. Alors Jésus lui-même nous donne le moyen d'échapper à une telle inquiétude : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés », promet-il un instant plus tôt.



 

4

Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite, je suis inébranlable



 

Saint Paul, cet apôtre infatigable qui a tant marqué le christianisme naissant, lui qui a pourtant été converti par une apparition du Christ - excusez du peu ! -, lui le premier maître de la théologie chrétienne, le reconnaît tout aussi bien : « Nous ne savons pas prier comme il faut », écrit-il à la communauté chrétienne de Rome.

 

[…]

 

Mais Paul ajoute alors que « l'Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse : l'Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables ».

 

[…]

 

Ainsi, pour Paul, nous ne savons pas prier, mais ce n'est pas grave : en nous, il y a quelqu'un qui s'en charge. Ce quelqu'un, c'est l'Esprit Saint, l'Esprit du Christ, dont la fonction est de faire de nous rien de moins que des fils de Dieu, et qui nous fait nous tourner vers le Père en l’appelant de ce nom affectueux qui, en araméen, la langue de Jésus et l’équivalent de notre « Papa ».

 

[...]


Nous ne serons jamais le Fils existant de toute éternité, évidemment. Mais il s'agit pour nous de devenir par adoption ce que le Christ est par nature. Devenir Dieu, donc ? Devenir Dieu. Devenir fils et filles de Dieu, c'est le travail de notre divinisation. Dieu nous aime tant qu'il nous donne tout ce qu'il a à donner : sa vie divine. Il n'a rien qu'il ne veuille partager avec nous. C'est lui faire injure que de l'imaginer distribuant aux hommes quelques récompenses comme on donne des bonbons aux enfants sages. Si ce qu'on appelle grâce, c'est le don gratuit de Dieu, alors il n'y a véritablement qu'une seule grâce, la grâce des grâces ; celle par laquelle il fait de nous des fils et des filles de Dieu.



 

 

 

Retour vers interreligieux

Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

   

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : gilles@castelnau.eu
Il ne s'agit pas du réseau Linkedin auquel nous ne sommes pas rattachés.
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque