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 Récit d’une résurrection

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S'apprivoiser

Confessions d'un ex-bipolaire
en consultations

Emmanuel Urbu

Enrick B Editions


 

recension Jacques Musset

 


12 juin 2023

 

 Ce livre est un grand livre. Un homme atteint de troubles bipolaires raconte l’expérience de sa lente remontée vers la vie après avoir traversé des années d’enfer qui l’ont mis aux portes de la mort.  Les mots ne sont pas trop forts pour décrire les bouleversements psychiques et somatiques qu’il a connus durant un quart de siècle, causés par l’alternance incontrôlée des phases dites maniaques et des phases « dépressives ». caractéristiques de cette maladie. Les premières, des périodes d’excitation et d’agitation, se manifestaient chez lui par « beaucoup de sorties, de déplacements, un surcroît d’activité au travail, des idées fulgurantes, voire une logorrhée,  une hausse de libido, des dépenses inconsidérées, une alcoolisation intense, une grande sociabilité même envers des inconnus,  et surtout une quasi absence de sommeil ».  Leur succédant, les périodes dépressives étaient marquées chez lui par « la fatigue, le manque d’énergie, des dérèglements au niveau du sommeil, de l’alimentation et de la libido ; une grande tristesse, une perte de motivation et d’intérêt pour quasiment tout, un sentiment d’échec ou de culpabilisation, une diminution de l’estime de soi, des idées noires…».


C’est à trente-cinq ans qu’Emmanuel, au fond du malheur et de la désespérance, entreprend de se faire aider par un psychiatre, et conjointement, sur l’invitation de celui-ci, par un psychanalyste et un médecin alcoologue. Quinze ans n’ont été de trop pour qu’Emmanuel non pas voie disparaître ses fragilités bipolaires mais les apprivoise, et apprend à les domestiquer par une hygiène de vie qu’il découvre par lui-même et dont il apprécie l’effet bienfaisant et libérateur. 

Là est la clé de sa résurrection : la reprise en main de son existence  non pas  à coups de décisions volontaristes, mais par  l’expérimentation  de façons de vivre, vérifiées comme libératrices et génératrices d’autonomie…


C’est bien Emmanuel qui a trouvé les chemins d’un équilibre de sa vie qui le rend heureux, comme il ne l’avait jamais été auparavant. Mais rien n’aurait été possible sans le lent et patient accompagnement de ses médecins et de leurs équipes de soins. Sans leur confiance inaltérable en lui (on la voit à l’œuvre à presque toutes les pages du livre, notamment lors des crises et des rechutes vécues par Emmanuel), sans également la foi inconditionnelle de sa mère à son égard à laquelle il rend un hommage rempli d’affection, lui-même ne serait pas revenu à la vie.





 


Dans l’interview qui suit il présente  son livre-témoignage.

 

J.M. Emmanuel, pourquoi avoir éprouvé le désir décrire l’histoire de ce que vous appelez votre « rétablissement » ?

 

Emmanuel :  Je me suis mis à nu, j’ai ouvert la porte de mon être, en vous parlant des échanges qui se sont tenus entre un esprit agité et un cerveau malade, des rapports entre mon âme et mon cœur,  de tout ce que les humains essaient de comprendre depuis la nuit des temps en se demandant « Mais qu’est-ce que je fous là sur cette planète ». J’ai vécu une maladie psychique, celle des troubles bipolaires et tout ce qui vient avec : le vertige des sommets, la noirceur des abysses, la mort sur le porte-bagages, l’amour à vif… Et cela doublé d’une relation délétère avec l’alcool.

J’ai pensé que ça pouvait passionner a priori ceux qui souffrent de ces troubles bipolaires et d’addiction à l’alcool d’être curieux des chemins que j’ai empruntés, même si c’est extrêmement compliqué pour eux de prendre du recul sur soi quand on est dans le tourbillon de la maladie. En écrivant mon livre. Je n’ai pas cessé de penser à eux.

 

J’ai aussi pensé à leur entourage. Avec le temps j’appréhende mieux les dégâts qu’un malade psychique peut engendrer autour de lui. Malgré lui, le plus souvent. Mon texte est donc aussi pour leurs proches, pour qu’ils comprennent mieux, pour atténuer leur douleur si possible, pour leur redonner espoir. Il est en réalité pour tout le monde, à commencer par les psychiatres qui, dans notre société, sont bien souvent les premiers interlocuteurs des malades psychiques. Je me suis efforcé de rendre le livre agréable à lire. J’ose espérer que mes propos procureront du plaisir à mes lecteurs, quel qu’ils soient.


 

JM. Vous avez trouvé une forme originale et attrayante pour raconter votre histoire de rétablissement. Présentez-la nous.

 

Emmanuel:  Mon ouvrage se présente sous la forme de consultations chez mon psy. Il a relu l’intégralité des pages et n’a rien voulu modifier. D’après lui, ce sont « nos » aventures racontées par moi. C’est exactement ça. Mon livre retrace, à travers une vingtaine de consultations, l’évolution de de ma santé psychique depuis mon diagnostic en 2006 jusqu’à 2022. Tout ce qui est écrit est vrai, c’est ma vérité, forcément subjective. Tous les événements se sont déroulés. Bien évidemment pas exactement dans cet ordre, ni toujours avec cet interlocuteur (il y a les autres médecins et soignants). Mon cerveau a reconstitué des consultations pour accoucher de ce texte. Mais je vous assure qu’elles sont extrêmement proches de ce qui s’est passé.

Ce livre s’adresse donc également à tous les soignants en santé mentale, et, au-delà à tous les soignants en général, à tous ceux qui reçoivent en consultation, qu’ils soient de n’importe quelle école, que leur savoir soit issu d’une autre tradition. Si je vais mieux aujourd’hui, je l’attribue en grande partie à mon ouverture d’esprit, tant qu’elle ne s’est jamais départie d’esprit critique.


 

JM ; Voilà quatre ans que vous avez repris vie, une bonne vie, dites-vous. Pouvez-vous nous dire ce que vous ressentez ?

 

Emmanuel :  Je mesure le chemin parcouru. Aujourd’hui je suis considéré comme « rétabli » par mes « soignants » d’approche conventionnelle et alternative, et par la plupart de mes proches. Néanmoins dans les faits, cela ne se passe pas ainsi. C’est moi qui qui me dis « rétabli » et les autres approuvent ou se taisent. Pour moi, la notion de rétablissement correspond à à l’atteinte d’un équilibre permettant une vie satisfaisante. A l’aune de cette définition j’espère que  ceux qui liront mon livre me croiront rétabli.

De toute façon, puisque la notion de satisfaction entre en jeu, le patient est le seul apte à pouvoir se déclarer rétabli.  Toutefois le fait que ceux qui m’entourent soient d’accord avec moi me rassure. Cependant, ce qui me conforte le plus, c’est de ressentir le danger quand je déclare que je suis rétabli.

Admettons que je sois rétabli. Cela m’autorise-t-il à me qualifier d’« ex-bipolaire » ? Disons que depuis bientôt quatre ans je n’ai pas fait de crises.  Actuellement, en accord avec mon psychiatre, j’ai cessé toute médication. Mais seul le temps peut confirmer cette croyance. En moi-même je reste sur mes gardes.

Désormais je vis mes émotions, je les apprivoise et les laisse passer sans garde-fou chimique. Je suis donc en rémission ou rétabli.


 

JM.  Vous dites :  je n’ai plus de traitement chimique et pourtant vous affirmez : « j’en ai un et c’est un sacré traitement ». Que voulez-vous dire ?

 

Emmanuel C’est celui que je me suis donné et que j’ai vérifié comme me  permettant de vivre une vie équilibrée, une bonne vie. Tous les matins je me lève et je médite. Une à deux fois par semaine, je pratique le Qi Gong, je suis un cours de chant et je nage. Régulièrement je marche pendant deux à quatre heures. Tous les trimestres je pars sur un chemin pour dix à quinze jours.

J’ai aussi rejoint l’association Colina qui organise des marches itinérantes pour des binômes constitués d’une ou d’un jeune souffrant de troubles psychiques et d’un proche. Je ferai partie des accompagnants. Voilà comment j’ai décidé de me traiter. J’aime cette discipline ou plutôt j’ai appris à l’aimer. Et puis tous les jours j’écris plusieurs heures. L’écriture me permet d’exprimer mes émotions sainement. Mon traitement est donc une myriade d’entraînements.

Deux nouvelles activités professionnelles contribuent désormais à subvenir à mes besoins : la « plair-aidance », qui consiste dans une écoute et un soutien aidant grâce à des retours d’expériences auprès de personnes souffrant de troubles psychiques et d’addictions ; et puis la formation d’équipe de soin en tant que patient partenaire rétabli (ayant acquis le diplôme ad hoc) .


 

JM. Pour conclure, que diriez- vous en quelques mots de cette expérience de « rétablissement » qui a changé votre existence ?

 

Emmanuel : Aujourd’hui j’aime ma vie et elle me le rend bien. Je me sens libre, même si je reste à l’affût. Je prends plaisir à m’observer, à m’apprivoiser, à m’aimer avec mes défauts, en riant de moi. En vivant pleinement avec les autres. En étant moi. Franchement c’est une belle vie !

 

 

 

 

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