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Lettre que j’ai adressée

à la protestante Marion Muller-Colard
et à la musulmane Kahina Bahloul

à la suite de leur échange dans le N° des « Etudes » (revue jésuite) de septembre 2021

et réponses de leur part.

 


 

Jacques Musset

 

1er octobre 2021

Chères amies inconnues,

Ce n’est pas tout à fait vrai que vous m’êtes inconnues car, abonné à Réforme, je lis vos articles, Marion Muller-Colard, et je vous entends, Kahina Bahloul, lors de certaines émissions consacrées à l’Islam chaque dimanche matin, émissions que j’apprécie particulièrement pour leur ouverture de pensée. Si je vous écris, c’est à la suite de votre échange qui a été publié dans les Études de ce mois de septembre et qui m’a particulièrement intéressé.

Toutes deux, vous dénoncez le fondamentalisme qui existe dans les monothéismes : « J'ai l'impression qu'aujourd'hui tous les monothéisme sont traversés par cette fracture entre les gens qui doutent et ceux pour qui le doute est devenu impossible ou pas permis », dites-vous, Marion M-C. À quoi vous, Kahina B., l'imame, vous ajoutez : « Les fondamentalistes envisagent à chaque fois la religion comme un retour à une vérité absolue qui a été dite une fois pour toutes, et qu'il n'est jamais possible de réinterroger. Comme si une certaine époque, qui d'ailleurs est souvent mythifiée, avait dit l'unique vérité valable pour toutes les époques. C'est ce qui conduit à la sclérose de la pensée religieuse, et finalement à vivre dans le mensonge. »

Ce que vous dénoncez peut être appliqué à la situation du catholicisme institutionnel considéré par ses responsables comme la vérité. En témoigne le Catéchisme de l’Église catholique de Jean-Paul II de 1992, qui demeure la référence officielle de la foi catholique.

Or, beaucoup de catholiques dont je suis – même si je me sens aujourd’hui d’esprit et de cœur protestant libéral - sont partisans d'une réappropriation et d’une réinterprétation en profondeur de leur tradition et se sentent marginalisés, pas pris au sérieux et considérés même comme dangereux.

J’appartiens au groupe Pour un christianisme d’avenir qui travaille, en lien avec d’autres, à repenser le christianisme catholique pour qu’il soit crédible pour nos contemporains. Nos sources d’inspiration sont Paul Tillich, John Spong (qui vient de mourir), Gérard Bessière, Marcel Légaut, Eugen Drewermann, Joseph Moingt, ... Ces penseurs, loin de se contenter de répéter la doctrine traditionnelle, ont l’intelligence et le courage d’actualiser le témoignage de Jésus dans la culture actuelle dont les représentations du monde, de l’homme et de l’univers ont bien évolué depuis le XVIe siècle et ont périmé nombre de représentations du christianisme traditionnel et de la lecture littérale des Ecritures.

Comme vous l’observez, ces perspectives ne sont pas acceptées et même soupçonnées d’être déviantes par les tenants du catholicisme officiel et par ceux qui les suivent. Ils se refusent à tout débat puisqu’ils prétendent être les gardiens et les interprètes patentés de la Vérité chrétienne. Il s’en suit que nous ne sommes pas persona grata au regard de la presse et des médias catholique, comme La Croix, la Vie, Le Pèlerin, Les Études, qui se refusent à publier des présentations de livres que nous éditons (comme deux de Spong) ou des articles que nous écrivons. C’est le black-out complet.

Il est confortable pour les Études de vous donner la parole tout en nous ignorant, parce que vous n’êtes pas catholiques, bien que vous affirmiez que la pente des monothéismes est le fondamentalisme, que le « mouvement de la Réforme qui se veut revenir aux fondements est un lieu de frictions avec le catholicisme » (Marion M-C) et que « si l’on ne veut pas sortir de cette obsession que toutes nos traditions religieuses sont d’abord des normes et des rituels à sauvegarder, et que ceux-ci doivent absolument conserver une sacralité qui fait qu’ils ne peuvent absolument être modifiés, on perd tout sens du message premier de nos traditions, et cela aboutit à une sclérose de la pensée religieuses » (Kahina B).

Nous sommes, mes amis et moi, de plain-pied avec votre pensée. Mais dans notre propre Église catholique, en affirmant cela, nous sommes des déviants !

Je pense que la vraie ligne de partage entre croyants n’est plus actuellement l’appartenance à telle ou telle confession religieuse mais celle qui existe entre les croyants ouverts, tels que vous les définissez, qui ont le souci de réinterpréter et d’actualiser à nouveau frais leurs sources dans la modernité présente et les croyants « exculturés » (Danièle Hervieu-Léger) qui campent sur des doctrines et des organisations infidèles à ces sources. Serait-il possible que les croyants « ouverts » expriment ensemble au grand jour les bases qui sont les leurs pour repenser en profondeur leurs traditions dans la culture actuelle ?

J’aime le style de la plupart des émissions sur l’Islam du dimanche matin qui appelle à la réinterprétation créatrice. J’aime aussi l’esprit de débat qui règne dans le protestantisme et qui se révèle être un aiguillon pour la pensée et la pratique chrétienne. Je doute que le catholicisme puisse se rénover du fait qu’il est officiellement enkysté dans un système sacralisé qui se présente comme la vérité, où tous les éléments sont indispensables.

Voilà ce que je voulais vous exprimer : vous remercier et vous exprimer ma solidarité, avec le désir – s’il est réciproque – de rester en contact et de poursuivre l’échange.

Avec mes sentiments fraternels à chacune de vous.


Auteur de 
Être chrétien dans la modernité. Réinterpréter l’héritage pour qu’il soit crédible
(Golias, 2012) ;
Repenser Dieu dans un monde sécularisé (Karthala 2015) ;
Sommes-nous sortis de la crise du modernisme ? Enquête sur le XXe siècle catholique et l’après concile (Karthala, 2017) ;
Vers la source cachée (Olivétan, 2018) ;
Jésus a fait sa part, faisons la nôtre. Pour une fidélité créatrice  (Golias 2021

 

 

Réponse de Marion Muller-Colard

 

Cher Monsieur

je vous remercie pour votre lettre dont j'ai bien pris connaissance et que je viens de transférer à Kahina. J'entends bien ce que vous exprimez et vivez, qui ne m'est pas du tout étranger. Cette fracture, même si elle est commune à toutes nos communautés, s'exprime différemment dans le catholicisme du fait d'une institution plus « en bloc » que dans les autres religions, ce qui laisse peu de marges « habitables ». 

J'aimerais vous demander tout simplement la permission de transmettre ce courrier à la revue Etudes car à vrai dire c'est bien eux qui sont concernés par votre colère, et je trouverais important qu'elle arrive jusqu'à eux et qu'ils puissent se sentir interpellés, et le cas échéant vous répondre. J'ai l'impression pour ma part qu'ils sont théologiquement tout à fait « compatibles » avec les théologiens que vous citez comme source d'inspiration (je suis étonnée que vous ne parliez pas de Maurice Bellet ?). Mais j'entends aussi que l'« exotisme » l'emporte peut-être en donnant la parole à des personnes d'autres confessions, alors que les problèmes cités sont omniprésents dans la vôtre même.

Voilà, si vous en êtes d'accord (j'attends votre retour), je leur transmettrai votre courrier.

Bien à vous cher Monsieur,

MMC

Réponse à Marion Muller-Colard

 

Chère Marion Muller-Colard,

Je vous remercie beaucoup de votre réponse qui m'a fait chaud au cœur. Bien sûr que je vous autorise à transmettre  mon courrier à François Euvé et Nathalie Sarthou-Lajus.  Etudes  publie de temps en temps des débats entre deux personnes sur différents sujets (regroupés dans le Hors-Série de 2021 : « Dix grands débats ») mais  à quand un  vrai débat sur les thèmes : « Le catholicisme actuel en crise ? » « Le catholicisme en phase avec la modernité ? » 

Vous m'écrivez que le catholicisme est « une institution plus "en bloc" que dans les autres religions, ce qui laisse peu de marges "habitables".  Je dirais  davantage : elle est institutionnellement un bloc compact, sacralisé, aussi bien sans son organisation cléricale, que dans sa doctrine, sa morale et sa liturgie. Il faut marcher au pas ou vous êtes marginalisé  et  noté comme déviant et pas fréquentable. Il faut en faire l'expérience pour  voir combien ce système est cadenassé par la conscience  des responsables d'être gardiens de la vérité ! J'ai parfois envie  de tout laisser tomber  mais je ne m'y résous pas car je me sens une responsabilité de faire, avec d'autres, évoluer l'Eglise  de mes origines...

Je trouve que l'œcuménisme actuel est trop poli : j'aimerais qu'on s'interroge mutuellement  avec plus d'exigence  sur la pertinence des positions des uns et des autres et que l'on argumente.  Il y a eu  il y a quelques années récentes un débat entre François Claveroly et un ancien directeur de la Croix qui a été publié. Le premier exprimait clairement sa position et ses objections, le second était dans une position défensive, sans jamais diverger de  la « vérité » officielle catholique.

Je vous redis mes sentiments reconnissants et fraternels.

Jacques Musset

PS : Oui j'ai oublié de citer Maurice Bellet, Jean Sulivan, Rogers Lenaers (Un autre chrstianisme est possible, Golias 2012), Michel de Certeau, André Gounelle, …

 

 

Réponse à ma lettre de Kahin-Bahloul


Cher Monsieur,

Je suis très touchée par votre lettre et ce que vous y exprimez, d'autant plus que j'ai eu une conversation téléphonique avec mon amie Anne Soupa, exactement sur la même problèmatique, il y a de cela 2 jours. Je me suis retrouvée dans la même configuration lors d'une rencontre au Bernardins où les catholiques reformistes sont mis au banc. J'avoue avoir été très surprise par les propos tenus par Mme Lucetta Scarafia !

https://www.collegedesbernardins.fr/content/le-monde-religieux-sera-t-il-feminin?fbclid=IwAR0NOer08ioVw5Tmxe230ykYr56aWOd1lPHT5DTA8yKh-ZcPlC1DFUWk2ms

M'autorisez-vous, cher Monsieur, à faire part de votre lettre à mon amie Anne Soupa. Je pense que votre voix sera plus audible à plusieurs.

 

 

Réponse à Kahina Balhloul.

Chère Kahina,

Excusez-moi de ne pas vous voir répondu plus tôt. Figurez-vous que votre message  était arrivé  depuis le 17 dans la boîte « Quarantaine » que je  ne regarde pas souvent !

Dites m'en davantage sur la mise au banc des catholiques réformistes aux Bernardins. Qui a mis qui au banc ?  Et de quelle manière et avec quelles objections ? Bien sûr, je vous permets de transmettre  mon message suite à votre échange dans les Eudes avec Marion.

Il y a en fait deux sortes de  chrétiens  catholiques réformistes ou réformateurs.

Il y a  ceux qui pensent que des réformes de structure et de langages  suffisent, par exemple : ordonner des hommes mariés et des femmes prêtres et évêques,  renouveler le langage de la doctrine officielle sans changer celle-ci, associer davantage les laïcs aux décisions,....

Et il y a ceux qui pensent que la rénovation du catholicisme  doit passer par une démarche plus radicale qui rejoint celle que vous appelez de vos voeux pour l'Islam. Il s'agit d' une réinterprétation et d'une actualisation des sources  du christianisme (l'enseignement et la pratique de Jésus, reçus dans les évangiles  mais qu'il convient de décoder et décrypter par la méthode historico-critique, puis d'actualiser).  En le faisant on s'aperçoit que la doctrine officielle catholique, l'organisation cléricale, la liturgie officielle catholique ne peuvent se réclamer de Jésus et même des premières interprétations de l'événement Jésus que sont les 4 évangiles.

Cette perspective est celle bien des intervenants  à l'émission Islam du dimanche matin que j'aimerais trouver sur les lèvres des intervenants à l'émission « Le jour du Seigneur ».

Je viens d'acheter votre livre Mon Islam, ma liberté. J'imagine que c'est la voie que vous développez. Je ferai un article de votre ouvrage dans les revues Golias et Parvis, et le bulletin de l'association Marcel Légaut.

Je ne vois pas le catholicisme  entamer cette révolution copernicienne, car il est un système verrouillé à double tour dogmatiquement, par un système clérical qui prétend détenir la Vérité par mandat divin.  En avez-vous pris conscience ?  L'œcuménisme et l'interreligieux est de surface. Le protestantisme réformé  a commencé  à faire cette révolution,  et à la pointe se tient  la branche libérale.

Je peux vous adresser, si cela vous fait plaisir (en ce cas, donnez-moi  votre adresse postale),  le livre de l'ancien évêque anglican John Spong des Etats-Unis : Pour un christianisme d'avenir traduit en français  qui est sur cette longueur d'onde rénovatrice en profondeur,  et aussi mon dernier livre : Jésus a fait sa part, faisons la nôtre; pour une fidélité créatrice.

Comme je vous le disais dans  mon courrier à Marion et à vous, restons en contact, serrons-nous les coudes. Si vous souhaitez recevoir les information de notre équipe Pour un christianisme d'avenir, dites-le moi.

Quand je monterai à Paris  après la pandémie, je serai  heureux  de vous revoir. Si vous passez dans la région nantaise, arrêtez-vous  à la maison.

Avec mes sentiments frternels.

PS. Je vous mets en pj un récent article que j'ai écrit  Quelle sorte de croyant(e)s sommes-nous ?



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