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Au ciel comme sur la terre ?


 


Michel Habran

 

1er novembre 2020

Depuis ma plus tendre enfance, j’ai gardé dans ma mémoire une chanson que ma mère chantait ou fredonnait au moins une fois par jour : « Le petit ballon rouge » !
Comme beaucoup de chansons composées entre les deux guerres, « Le petit ballon rouge » racontait une histoire romancée. Une enfant, à qui sa maman avait acheté un ballon rouge à la foire, l’avait lâché volontairement afin qu’il s’en aille rejoindre, « dans l’ciel là-haut », sa petite sœur décédée peu de temps auparavant.

Longtemps, je me suis demandé où et comment le ballon avait bien pu aboutir dans les mains de la petite sœur et combien d’heures avaient nécessité le trajet.
Il devait bien y avoir un monde quelque part là-haut pour accueillir la petite sœur et le ballon et je l’imaginais avec un Dieu comme roi, seul, sans épouse, sa mère Marie, les morts
« rappelés par lui » et des myriades de légions d’anges ailés, toujours prêts à intervenir à son éventuelle injonction.
Dans ma tête d’enfant, ces personnages surnaturels devaient être tout puissants, fort influents et magiciens.

L’oncle Hervé qui était revenu sauf du camp de Bergen Belsen après la guerre, racontait à l’occasion de réunions de familles, qu’il n’avait cessé de supplier Dieu (le roi en question) pendant une année entière pour qu’il le sauve de la barbarie et de la mort et qu’il avait été exaucé. Ses compagnons de baraquement n’avaient pas pu, eux, profiter de l’avantage alors que leurs prières n'avaient pourtant pas manqué. Ils étaient décédés sous les coups ou de malnutrition. Dieu choisissait décidément les siens !

Jean-Paul II, lui-même, a pu profiter d’une médiation personnelle et exceptionnelle du même genre que celle de l'oncle Hervé. Maintes fois, il a raconté et affirmé que la Vierge de là-haut avait dévié la balle qui devait le faire mourir : la main d’Ali Agça, l’assassin potentiel et son arme étaient sous contrôle « céleste ».

Dans le même ordre d'idée, les multiples ex-voto, dont les églises occidentales sont garnies, témoignent d’un nombre de privilégiés entendus et exaucés par Marie, le « ciel » et ses saints. En revanche, les laissés pour compte avec leurs demandes non prises en considération continuent de s’interroger, avec perplexité, sur le pourquoi de leur exclusion arbitraire et sans logique des faveurs du ciel, pourtant sollicitées avec autant de ferveur et de conviction.

Les gens se sentent-ils à ce point en danger et malades pour revendiquer et espérer obtenir protection, guérison et bienfaits grâce à l’intervention des c(d)ieux ?
La vie n’est-elle pas faite aussi « d’inégalités injustes » et d’événements incompréhensibles et iniques... qu'il faut assumer ?

L’épouse de l’oncle Hervé, tante Lisa, zélatrice pour la collecte des fonds des « Amis de Lourdes » accompagnait chaque année à Massabielle l’équipe du village tirée au sort pour le pèlerinage annuel du diocèse : elle était bonne vendeuse.
Elle se désolait, comme toute la famille d’ailleurs, de ne pas voir sa fille Rose – ma cousine donc - mariée depuis 7 ans, en capacité d’engendrer une progéniture. Elle ne portait donc jamais qu’une seule intention. A l’occasion de chaque départ, elle redisait à Rose : « Je prierai la Sainte Vierge pour toi et je planterai un grand cierge tous les jours pour vous deux. »

Tante est décédée sans avoir eu le bonheur de tenir ses cinq petits enfants dans les bras. Rose et Jean-Joseph s’étaient décidés à consulter un gynécologue loin à l’étranger, sans en parler à quiconque. Dieu, quelle initiative délicate ! Une petite opération chirurgicale eut tôt fait de faire fructifier les relations que Rose et Jean-Joseph avaient renouvelées avec enthousiasme, passion et fièvre du désir incarnée... dans le plus grand secret.

En 1947, j’effectuais mes dernières prestations d’enfant de chœur à l’occasion des Rogations. Les demandes et les prières cette année-là n’avaient pas été exaucées du tout. Plutôt que la pluie et le beau temps harmonieusement distillés pour faire pousser les récoltes et paître le bétail, les puissances « d’en-haut» , pas de pot ! s’étaient mêlé les pinceaux. La sécheresse avait fait des ravages : les prés tout roux et les plants de pommes de terre, maigrichons et remplis de doryphores, ne cessaient de désespérer les villageois.

La débâcle ne fut pas pour tout le monde. Les viticulteurs français qui n’avaient rien demandé du tout, connurent une année faste grâce à la conséquence collatérale de la méprise: un vin divin d’une extrême qualité.

Le curé, d’ailleurs ne s’en était pas plaint puisqu’il avait profité de l’aubaine pour combler, chez un petit viticulteur (sic) sa cave de vins de Bourgogne.

Lors de la préparation de la communion solennelle, le curé de la paroisse consacrait deux ou trois heures à nous expliquer et commenter les fêtes chrétiennes. Pour l’Assomption de Marie et l’Ascension de Jésus (je n’ai jamais trop bien compris comment ce fils du roi était descendu et reviendrait) je ne pouvais m’empêcher d’imaginer les montées entourées de fumée comme la fusée Ariane ou Saturne V, vers le ciel là-haut. Mais en tout cas, cela confortait dans ma petite tête, la conviction que le ballon que la petite fille avait lâché, y était sûrement parvenu.

Et cela ressortait, chaque fois de mon imaginaire quand, jeune adulte, je constatais, lors des matches de football qui opposaient le stade de Reims au Réal de Madrid, que plus de la moitié des joueurs faisaient le signe de croix en montant sur le terrain en levant les yeux au ciel en une requête de victoire espérée. Fausto Coppi et Gino Bartali ne se signaient-ils pas aussi avant le premier coup de pédale d’une course ?

Apparemment, les pratiques perdurent puisque les chaînes de TV laissent souvent entrevoir, lors de retransmissions sportives, des joueurs refaisant le geste salvifique avant d’entrer sur le terrain pour la présentation des équipes ou bien des coureurs cyclistes partisans du même geste de demande de soutien à l’occasion du départ d’une étape du Tour de France ou d’Italie.

Il y a quelques années encore, à l’occasion des Jeux Olympiques de Londres, une éthiopienne, médaillée d’or du 5000 mètres, a sorti de son corsage, après le franchissement de la ligne d’arrivée, une image-icône de Marie et de l’enfant Jésus, la propulsant du bout des bras vers l’œil de la caméra, comme pour signifier au monde entier qu’elle devait sa victoire au soutien et à l’intervention de la Vierge. Au grand dam de son entraîneur, sans doute !

Longtemps, je suis resté avec cette image de deux mondes dans mon esprit : l’un, notre terre et ses habitants régi par l’autre : le ciel, son roi, ses acolytes anges et saints qui tirent à leur guise ou à la demande les ficelles en un jeu comme pour des marionnettes. On peut le solliciter à souhait pour se voir octroyer des bienfaits éventuels très personnels voire exclusifs. Comme une petite délicatesse individuelle. A l’image de ce qui se passe, de nos jours, en quelque sorte, dans la relation ponctuelle des citoyens avec « leur » député à qui ils rendent visite lors de ses permanences sociales afin d’obtenir de lui un avancement favorable, un job pour le gamin ou une décision préférentielle et rapide sur un dossier qui « me concerne, moi ».

Parfois, des contreparties sont utiles et nécessaires pour entrer en ligne de compte dans les bonnes grâces de « l’autre monde » prières, bougies, bouquets de fleurs, mortifications, marches « pèlerines », offrandes sonnantes et trébuchantes, médaille miraculeuse conservée sur soi, promesses diverses mais conditionnées (Si mon mari guérit, j’irai à Beauraing sur les genoux), mais le résultat reste aléatoire et soumis au bon vouloir des maîtres célestes du jeu.

Après le décès de ma grand-mère, nous avons liquidé et donné à une association de bienfaisance l’ensemble de ses habits et des linges de maison de tout acabit.
Les culottes de dessous – la lingerie intime – comportaient de longues jambes et de la dentelle en frou-frou. Sur plusieurs de celles-ci, grand-mère avait brodé à la main, à l’endroit ad hoc, l’aphorisme « absolu » venu du ciel « Dieu le veut ». Pas de discussion, afin de ne pas être exposée à sa colère, voire à sa vindicte.

En plus des obligations, le monde « d’en-haut » interdisait aussi aux humains de s’organiser, ici-bas, de manière socialiste ou communiste, d’avoir des opinions variées et différentes des siennes, - les opinions contre LA vérité - de lire ce que bon leur semblait ou encore de s’octroyer, à eux-mêmes, des droits. Ceux-ci ne pouvaient se voir accordés que par lui. Les devoirs du ciel avant les Droits de l'Homme, quoi !

Au crépuscule de la vie, je me dis qu’il est déraisonnable d’encore fonctionner comme cela et que ce « deuxième monde là-haut » de ma prime jeunesse ne doit certainement pas exister !
Bien des chrétiens se comportent, aujourd’hui encore, de cette façon « païenne » et se pensent dépendants du ciel « là-haut » comme au Moyen-Âge, les serfs de villages à l’égard du seigneur du lieu dans son château ou la jeune fille lâchant le ballon pour sa petite sœur « dans l’ciel là-haut. »

Au-delà des avantages privés et personnels sollicités, il y a, pourtant, des domaines où des requêtes collectives adressées au ciel sont inexistantes et donc jamais entendues ou prises en compte: la répartition équitable des richesses, la justice distributive, ici et là-bas au sud, l’égalité de droit entre hommes et femmes, le respect de tout l’humain et de ses droits, un autre monde nécessaire, etc... et pourquoi pas la revendication d’un « vaticanais » intelligible et compréhensible par tous ?

Les philosophes grecs déjà avaient développé un type de questionnement un peu semblable. Ainsi, « l’intention de Protagoras est de tenir les dieux à distance pour aménager sans eux, du mieux possible, un espace humain désacralisé, centré sur la vie en société. C’est une attitude que nous appellerions aujourd’hui [...] laïque ».

Durant les premiers siècles de notre ère, l’Eglise se trouvait confrontée à la persistance de pratiques cultuelles dites païennes qu’elle voulait voir disparaître pour imposer le dieu et la religion uniques en les éradiquant, mais « elle pouvait interdire les rubans attachés aux arbres en guise de prières, les monnaies, les petites lampes ou d’autres offrandes jetées dans les lacs et les sources à la manière païenne. Il n’empêche, chrétiens et païens continuaient d’envoyer ces messages de supplication à toutes les Puissances possibles et imaginables sans écouter les avertissements lancés du haut de la chaire parce qu’il fallait un remède aux dures réalités de la vie, et que l’enseignement des chefs de l’Eglise ne suffisait pas à répondre aux exigences. [...] Au bout de quelques siècles, certains de ces usages furent supprimés, d’autres autorisés à contrecœur, d’autres encore absorbés volontiers dans le christianisme officiel. »

Dans l’analyse qu’il a développée en 2003 sur la nouvelle spiritualité occidentale, Frédéric Lenoir note que l’époque actuelle est marquée aussi par une espèce de désir de « réenchantement du monde aux accents de religiosité cosmique et archaïque ». « Le culte de saints dans le catholicisme et l’orthodoxie, a toujours manifesté ce besoin de se relier à des êtres supérieurs plus proches que ce Dieu lointain (les rois sont peu accessibles, c’est moi qui commente) Le christianisme populaire a réinvesti à travers ce culte, les croyances païennes anciennes en des génies, des entités élémentaires, des esprits. Mais dans le contexte chrétien,
les saints sont davantage perçus comme des intercesseurs entre l’homme et Dieu, des êtres intermédiaires entre l’humaine condition et la divinité inaccessible. »

Dans l'avant-propos d'un ouvrage du pasteur hollandais Klaas Hendrikse, Harry Kluitert commente : « Israël sort d'Egypte, terre d'esclavage, et va au-devant de sa liberté. Délivrance accomplie par un Dieu libérateur ? Pas du tout ! Il leur a fallu se débrouiller par eux-mêmes : pour se libérer l'homme ne peut compter que sur ses propres moyens, faute de quoi, rien ne se produit. »

En constatant qu’un bon nombre de chrétiens en arrivent aujourd’hui « à corriger l’idée d’un Dieu créateur qui interviendrait à tout moment et de l’extérieur (à partir de l’autre monde, c’est moi qui précise) dans son œuvre » Christoph Théobald rappelle que la liberté des êtres humains est confrontée à un ultime défi : « rien ne nous oblige plus à faire intervenir Dieu dans la gestion de nos existences individuelles et collectives ; son in-évidence renvoie chacun à la liberté de sa conscience. Mais si nous nous référons à Lui nous ne pouvons le faire en dehors d’un engagement dans une histoire d’humanité dont les limites sont désormais posées »
Et de citer, entre autres, comme limite le fait que « tout nous est enfin confié » avec notre terre unique, dans le silence total et assourdissant de Dieu.

Ne sommes-nous pas ainsi remis en face de notre responsabilité tant individuelle que collective ? « Ce que nous les êtres humains ne penserons pas et n’oserons pas, ce que nous ne déciderons pas et ne construirons pas, Dieu (ses saints et sa mère ne vont pas, c’est moi qui ajoute) y suppléer »

 


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