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Principes pour une pandémie

 

Principles for a pandemic

 

Joan Chittister

religieuse bénédictine à Érié, Pennsylvanie

 

 

traduction Gilles Castelnau


4 mai 2020


« Les règles ne sont pas forcément sacrées mais les principes le sont »

Franklin Roosevelt

 

Une chose est sûre : ce ne sont pas les « règles » qui nous libèreront de la plus grande pandémie de l’histoire.
Nous nous lavons les mains, nous portons nos masques, nous demeurons confinés et pourtant le nombre de personnes contaminées augmente sans cesse.
En même temps, personne ne parle des « principes » qui sont pourtant nécessaires car ce sont eux qui guident notre conduite et nous aident à évaluer la valeur de ce qui se passe autour de nous. Ce sont bien eux qui orientent nos actions.
Et si nous ne nous demandons pas quels sont réellement nos « principes », comment pourrons-nous vivre dans les circonstances de pandémie actuelle, et surtout comment reconstruirons-nous demain une société morale et vivante alors que notre monde actuel est effondré et ravagé par les morts de l’épidémie. Comment nous renouvellerons-nous ?
Comment changerons-nous ce qui doit être changé ?

Ne cédons pas à l’indifférence spirituelle qui obscurcit l’âme de notre pays. Posons-nous résolument la question : quels principes nous gouvernent – et lesquels ne nous disent rien -

L’ordre bénédictin auquel j’appartiens est le plus ancien ordre religieux de l’Église. Durant ses 1500 ans d’existence, il a traversé toutes les épidémies et pandémies du monde occidental : la variole, la peste noire, le choléra, la fièvre jaune, la grippe espagnole, le sida. Et on n’y parle jamais de l’enseignement de l’histoire à l’égard des épidémies. La Règle de saint Benoît n'en donne aucune « règle » mais contient par contre quantité de « principes ».
J’ai lu la Règle quotidiennement durant plus de 65 ans, ses « principes » ont coulé goutte à goutte dans mon âme et je commence à comprendre leur importance qui surpasse clairement celle des « règles ».

La question est de décider quels « principes » (quelles vérités fondamentales) nous laisserons nous conduire si nous avons à supporter l’anxiété de cette pandémie et à la vaincre. Tout ce que nous savions jusqu’à maintenant de la vie et du monde a été balayé et nous n’avons pas la moindre idée de ce que sera l’avenir.
À moins que nous ne définissions les « principes » que nous devons préserver, non seulement pour nous aider à traverser cette crise, mais pour nous préparer à tous les grands moments des temps à venir, tout cela n'aura servi à rien.
Après 1500 ans de vie monastique, quatre « principes » de vie apparaissent aujourd’hui saisissants et rafraichissants car ils nous ouvre à une plénitude nouvelle.

- La Règle dit au chapitre 52 : « L’oratoire sera vraiment le lieu de la prière. » Personne ne peut résister à l’angoisse de la vie – et notamment celle d’une pandémie – sans puiser dans la prière au plus profond de son cœur l’énergie vitale que Dieu lui donne.
La spiritualité nous élève au-dessus de toute anxiété. Même après avoir tout perdu, avoir renoncé à tout, être obligé de tout recommencer à zéro, nous pouvons pourtant continuer à vivre si seulement notre cœur se tourne chaque jour un moment en présence de Dieu. Nous avons tous un espace dans notre cœur où se trouve la source de la force qui permet de résister au mal qui nous ronge.

- Benoît a écrit au chapitre 35 : « Les Frères se rendront service les uns aux autres. On accordera aux faibles quelques personnes pour les soulager, afin qu’ils s’acquittent de leur ministère sans tristesse. On donnera les mêmes secours à tous selon le nombre des Frères et la disposition des lieux. »
Nous répondons aux besoins de la communauté – les masques, la distanciation sociale et les heures supplémentaires nécessaires – comme s’ils étaient de notre seule responsabilité personnelle. Nous sommes attentifs à ceux qui sont fragiles, qui ont besoin de savoir qu'ils ne sont pas seuls, qui ont besoin d’être aidés. Nous ne laissons personne être isolé. Nous nous portons volontaires là où l’on a besoin de nous.

- Au chapitre 50, après avoir écrit des chapitres sur la prière communautaire et la récitation communautaire de l'Office Divin, Benoît écrit : « Les Frères qui travaillent à l’extérieur... exécuteront l'Opus Dei - la prière – là où ils se trouvent. »
La prière et une chose si importantes pour la vie de la communauté humaine que nous ne devons pas prétexter notre propre idée de la sainteté pour la négliger. Ce que le monde attend de nous est précisément la prière qui nous rend saints à ses propres yeux. Je ne dis pas que celle-ci nous dispenserait de nous engager dans la vie sociale : c’est au contraire le temps passé à la prière qui nous rend capables d’être présents au monde.

- Finalement, saint Grégoire le Grand, dans l’hagiographie de Benoît qu’il publie dans ses « Dialogues » nous enseigne un 4e « principe ».
Il raconte l’histoire d’un homme qui, dans la misère, vient mendier un peu d’huile à la porte du monastère. A l’époque, l’huile était l’ingrédient universel : elle permettait d’éclairer, de chauffer, de cuisiner et même d’être en partie revendue.
Le monastère n’en avait pas trop et le portier la refusa au mendiant.
Mais Benoît fit apporter le bidon d’huile du monastère – il n’était plus qu’à moitié plein - et réunit toute les frères. Il tendit le bidon à un des frères et lui dit de le vider par la fenêtre. Puis il donna le bidon vide à un autre frère et lui dit de le donner au mendiant. Il s’agenouilla pour prier et le bidon déborda d’une énorme quantité d’huile.

Cette histoire montre bien que ce sont les « principes » qui doivent nous diriger et non les « règles ». Ce sont eux qui sont au fondement de notre pensée et qui gèrent la qualité de notre vie.

Ce ne sont pas les « règles » qui comptent, c’est le cœur. C’est en l’écoutant que l’on peut avancer, avancer et avancer encore. Nous le faisons depuis 1500 ans : nous suivons les mêmes « règles », les mêmes « principes », la même vie de générosité gratuite.

 



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