Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français


Dialogue interreligieux




La condamnation
des prêtres-ouvriers

(1953-1954)


Étude de cas à travers les documents
Postface de Denis Pelletier

 

 

Robert Dumont

prêtre de l’Oratoire de France


Ed. Karthala


710 pages – 42 €


23 janvier 2020

Cet ouvrage monumental est une collection de textes réalisée par Robert Dumont émanant d’une part des évêques concernés, dont notamment Mgrs Feltin, Saliège, Gerlier, Liénart et bien d’autres et d’autre part des prêtres ouvriers, qui étaient au nombre de 87 lors de ces événements.
Robert Dumont qui a été lui-même prêtre ouvrier dans la seconde génération d’après 1965 (il fut magasinier à la Fnac Montparnasse) les publie sans presque de commentaire, sinon de brèves notes les situant dans leur contexte historique.

Voici comment il présente lui-même son œuvre dans la 4e de couverture :

L'histoire des prêtres-ouvriers (en abrégé les PO) commence, dans les années 1940, comme une tentative pour l'Église de renouer le contact avec un monde ouvrier, alors largement éloigné d'elle, malgré les efforts des mouvements d'action catholique tels que l’ACO et la JOC. L'expérience est mise en route avec l'accord de la hiérarchie catholique. Individuellement ou par petites équipes, dans le cadre de la Mission de France, de la Mission de Paris ou bien rattachés à l'évêque d'un diocèse ou à une société religieuse (dominicains, jésuites), des prêtres vont s'engager sur les grands barrages en construction ou dans les usines. Leur identité de prêtres va progressivement s'en trouver questionnée et transformée. Ils se disent « devenus prêtres autrement ».

Très vite, ils se sentent en porte-à-faux par rapport à la conception traditionnelle du prêtre et ils réalisent que leur engagement les amène à une solidarité de vie et de lutte avec leurs camarades de travail. Au contraire, les évêques et Rome s'imaginent que ces prêtres doivent vivre selon le modèle et la définition classique du concile de Trente : l'homme du sacré, mis à part, l'homme du religieux, l'homme qui n'a pas à se compromettre dans les affaires du monde.

Construit à partir d'une sélection de documents d'archives - ce qui en fait son originalité - cet ouvrage de référence nous fait revivre l'histoire tumultueuse des relations entre les évêques et les PO, de l'année 1950 au 31 mars 1954, date à laquelle entrera en vigueur la condamnation des prêtres-ouvriers. Un affrontement et un tragique malentendu entre deux manières de penser le monde, Dieu, Jésus, de vivre l'Évangile et la pratique chrétienne, et même tout simplement de comprendre et de penser la réalité.

En voici des passages :

 

 

page 65


Rapport sur la Mission de Paris

remis à Rome sous la signature de Mgr Feltin

août 1950

 

La lente et pernicieuse influence communiste
Ce n'est pas sans raison que l'Église redoute, essentiellement pour les âmes qui lui sont confiées, le matérialisme athée, dit scientifique, base philosophique de tout le communisme marxiste. car la propagande, ouverte ou sournoise, s'exerce par le journal, le tract, l'affiche, par des conversations particulières et des réunions privées.

Au début, le chrétien s'étonne parfois, il plaint son interlocuteur communiste. Peu à peu il oublie de s'étonner et de plaindre, la routine s'en mêle. Il a pris l'habitude de côtoyer à l'usine, dans le quartier, dans la rue ceux qu'il regarde corme communistes ; ensuite, il agit avec eux ; il voit, comme eux, l'action à mener sur le plan des améliorations sociales et sur les perspectives de lendemains heureux. Il ne met bientôt plus de différence entre ce que souhaite son camarade communiste et ce qu'il envisageait lui-même. Il oublie de penser son action en fonction de sa foi. Il ne fera pas de déclaration matérialiste, mais il vivra quelque chose des déclarations matérialistes de ses camarades communistes. Dès lors il aura abdiqué sans l'avoir voulu. Peu à peu le Christ et l'Église disparaîtront de ses préoccupations. Il se donnera à ceux qui veulent construire la cité des hommes en dehors de Dieu et qui pourront dire alors : vous voyez que les chrétiens viennent avec nous, vous voyez que nous sommes dans le vrai, dans la ligne de l'histoire.

Cette action à laquelle les communistes convient les chrétiens effraie l'Église par ce qu'à la faveur de revendications justes et légitimes (relatives à des salaires, à la paix, etc.) l'esprit du monde l'emporte sur l'esprit chrétien, c'est-à-dire sur l'esprit d'amour qui ne s'affirme pas assez.

 

 

page 131

Lettre d’une équipe d’ « Ouvriers chrétiens » à Mgr Ancel

septembre 1951


Lorsque dans l'usine ou dans un quartier où se trouve un Prêtre Ouvrier, nous discutons avec les copains ou les femmes du Peuple, souvent les discussions viennent à tourner sur ces hommes du « CHRIST », et nous avons alors la partie belle pour capter toutes leurs réactions à leur égard. Non seulement par eux le Sacerdoce pénètre des lieux totalement paganisés, mais encore ils posent des problèmes sérieux autour desquels tournent les pires controverses ; ils obligent à discuter de l'Église, ils révèlent le vrai visage du Prêtre, du déshérité, du détaché, du séparé et il ne se passe pas de jour sans que la question vienne alimenter les discussions et, de ce fait, oblige d'une manière ou d’une autre à rendre au peuple le Sacerdoce présent malgré tout...

Nous voudrions vous narrer tous les contacts qui leur sont offerts, toutes les visites qu'ils rendent aux familles des travailleurs, de toute tendance sur l'invitation du père qui est son compagnon de travail et de misère. Vous révéler combien de foyers leur déballent tout simplement à la manière des prolétaires, tout ce qui fait le fond de leur vie.

Jamais, pensons-nous, aucun Prêtre n'a autant pénétré, avec la spontanéité d’invitation dont sont l'objet les PO, les rues prolétaires de sa paroisse et pénétré surtout la vie, la misère, l'âme de tous ceux qui remplissent ces rues. Jamais un Prêtre n'a recueilli autant d'aveux spontanés, parmi les gens du peuple car pour cela il faut être des leurs. En fait, jamais autant de rapports aussi francs avec des gens de toutes opinions, car pour cela il faut avoir un minimum d'angoisse et de difficultés communes. C'est pour cela que le retrait même partiel des Prêtres Ouvriers du Monde du travail nous paraît inadmissible.

 

 

page 536

(La rupture)

Lettre de Mgr Richaud à Mgr Villot

24 décembre 1953


[...] Et je les crois attachés à leur sacerdoce et même à la hiérarchie. Mais dans la vie ouvrière ils sont arrivés, sans s'en douter, à se faire une idée inexacte de leur Sacerdoce et de leur mission. Pour eux le principal est de mener le combat ouvrier, non pas avec la haine au cœur, mais en opposition délibérée et permanente au patronat et au capitalisme. Ils y voient la mission de l'Église dans nos temps modernes pour arriver à faire disparaître, au nom de l'Évangile, un grand nombre d'injustices. Ils ne se rendent pas compte que c'est la tâche des ouvriers laïcs de l'Action Catholique Ouvrière dont il ont pris la place et qu'ils sous-estiment de mener, s'il y a lieu, l’action revendicative dans leur formation professionnelle où ils sont engagés. Les prêtres ouvriers ne voient pas que leur rôle sacerdotal doit se tenir en dehors de cette action directe dont il faut laisser la responsabilité aux laïcs.

Au fond, le différend entre eux et nous est celui-là : ils entendent mener le combat ouvrier et voudrait que nous-mêmes, Évêques, nous nous y engagions à fond. Ils reconnaissent l'efficacité de la prière et le bienfait du simple témoignage, mais ils refusent de voir l’importance et l’efficacité de l’action morale qui convient aux prêtres et à la hiérarchie.

 

 

page 539

La « Lettre du 19 janvier 1954 » des évêques aux prêtres-ouvriers


[...] Pour remplir la quatrième condition, nous vous demandons, dès réception de cette lettre, et au plus tard avant le ler mars, de donner votre démission de toutes les charges temporelles auxquelles vous avait appelés la confiance de vos camarades. De même, vous voudrez bien, à partir de maintenant, ne pas renouveler votre inscription au syndicat auquel vous apparteniez. Nous ne vous demandons pas de déclaration : il suffira que vous ne preniez plus les timbres de la cotisation syndicale. Le renoncement à l'engagement temporel doit être considéré comme strictement universel. Il concerne les comités d’entreprise et les syndicats, ainsi que les autres organisations propres au monde ouvrier ou d'une plus grande extension.

En vous parlant ainsi, nous sentons à quel point vous devez éprouver un déchirement de tout votre être, non pas d'une façon égoïste par rapport à vous, mais à cause de votre amour pour vos frères ouvriers. [...]

 

 

page 655

Seconde partie

Essai de relecture

par Robert Dumont

 

Principales critiques adressées aux prêtres-ouvriers

.1. Ils sont devenus marxistes au détriment de la foi chrétienne et de leur vocation sacerdotale.
.2. « En quoi es-tu prêtre, tu ne prêches plus tous les dimanches, tu ne baptises plus, tu ne réconcilies plus ? »
« Que faites-vous de votre vie de prière ? »
« Deveniçr PO, c'est du cléricalisme ! »
Où est le sacré ? Qu’est-ce que le sacré ?
Le problème des femmes et le lien entre sacré et sexualité

 

 

page 669

Questions à mon Église

Comment en est-on arrivé à un tel degré d'incompréhension de la part de la hiérarchie, à commencer par la Curie romaine, de ce qui se passe sur le terrain en quête d'évangélisation ?
[...]
Faut-il s'étonner alors que Jean XXIII, nonce à Paris jusqu'en juin 1953, trois mois avant la déflagration, ait avoué aux PO qu'il avait fini par recevoir en février 1960, après cinq ans d'attente, que lui n'avait rien pu pour eux, car tout ce qu'il tentait de faire était immédiatement contrefait par la curie romaine, et qu'il leur fallait attendre le Concile pour qu'ils aient le droit de reprendre le travail. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé tardivement puisque cette autorisation, très encadrée, n'est arrivée que le 23 octobre 1965, soit lors de la dernière session de Vatican II.

Comment en est-on arrivé à une telle conception autoritaire et dogmatique de la vie de l'Église, tellement étrangère à l'esprit de liberté créatrice de Jésus ?

En notre temps où les scandales à propos de la sexualité foisonnent dans l'Église catholique (« pédocriminalité » entre autre mais pas uniquement !) bien plus grave que ceux-ci est cet enfermement stérilisant de l'Église sur elle-même qui demande non seulement une dénonciation argumentée, mais tout un travail de reconstruction, de mort à une manière d'être et de faire, pour être en mesure de renaître à une autre manière plus proche de l'esprit et donc de la manière de Jésus.
[…]

 


Retour vers interreligieux

Retour vers la page d'accueil
Vos commentaires et réactions

 

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.