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Le croyant est pris dans une logique de contrepartie qui n'a rien de biblique


Les errements d’une croyance

 

 

 

Caroline Bauer
théologienne protestante

 

publié dans l'hebdomadaire protestant Réforme
26 septembre 2019

 

 

28 septembre 2019

Donnez 10 dollars et vous en recevrez 1 000.
Donnez 1 000 dollars et vous en recevrez 100 000...
Donnez un avion
et vous recevrez l’équivalent de cent fois la valeur de cet avion...
En résumé, Marc 10,30 est une très bonne affaire.

Gloria copeland
God’s will is prosperity (Dieu veut la prospérité)



La théologie de la prospérité est née dans les années 1960 aux États-Unis. Cette croyance s’est répandue largement en Amérique latine, en Amérique du Sud et en Afrique. Elle consiste en une promesse que le salut, offert en Jésus-Christ, peut apporter au croyant, dès maintenant, la richesse financière, la guérison physique de ses maladies, ou la délivrance de ses démons. Mais cette bénédiction est sous condition que le fidèle donne d’abord son argent…

Cette théologie prend au piège bien des personnes peu fortunées qui, sous l’effet de cette prédication, acceptent de donner largement à leur pasteur ou à leur Église, dans l’attente du retour d’une richesse multipliée. Elle fait miroiter à une population pauvre, instrumentalisée et piégée, l’espoir d’un changement radical de sa situation. C’est pourquoi en 2012, le Conseil national des évangéliques de France (Cnef), organisation qui rassemble une partie des Églises évangéliques et pentecôtistes en France, s’est mobilisé pour réfuter cette interprétation de la Bible en rédigeant et en adoptant à l’unanimité un texte concis, publié sous le titre : La Théologie de la prospérité (1).

Enfermer les fidèles

Le Cnef dit son inquiétude face à l’attirance que peut avoir cette théologie. Le document s’attaque aux écrits de prédicateurs étrangers, mais l’intérêt même qu’il porte au sujet montre qu’en France, elle attire des communautés, peut-être sous des formes diffuses, parfois mêlées à d’autres enseignements tout à fait défendables. Retraçons tout particulièrement la façon dont le texte biblique est utilisé pour enfermer les fidèles. Cette théologie se fonde sur un choix très sélectif de versets qui sont pris à la lettre. On peut citer d’abord le chapitre 28 du Deutéronome, qui énumère les bénédictions et les malédictions qui attendent le peuple d’Israël s’il suit – ou non – les commandements de Dieu.

Lisons les versets 1 à 5 :

« Si tu écoutes vraiment la voix du Seigneur ton Dieu en veillant à mettre en pratique tous ses commandements que je te donne aujourd’hui, alors le Seigneur ton Dieu te rendra supérieur à toutes les nations du pays ; et voici toutes les bénédictions qui viendront sur toi et qui t’atteindront, puisque tu auras écouté la voix du Seigneur ton Dieu : Béni seras-tu dans la ville, béni seras-tu dans les champs. Bénis seront le fruit de ton sein, de ton sol et de tes bêtes ainsi que tes vaches pleines et tes brebis mères. Bénis seront ton panier et ta huche. »

Le texte continue en promettant une ascension constante, un bonheur surabondant, une bénédiction dans toutes ses actions. Puis à partir du verset 15, un renversement s’opère. Toutes ces bénédictions sont transformées en malédiction si le peuple n’écoute pas le Seigneur et ne met pas en pratique ses commandements et ses lois. Ce texte, pris isolément, laisse croire que la bénédiction de Dieu signifie la richesse matérielle de ses enfants ici et maintenant. S’il y a des pauvres, ce n’est pas de la faute de Dieu, mais cela est dû au manque de foi des humains qui les entraîne du côté de la malédiction. Car ce chapitre 28 serait sans ambiguïté : la bénédiction est soumise à condition – celle d’une foi active et efficace. Dès le premier pas de ce raisonnement, on voit le croyant pris au piège d’une logique de contrepartie qui n’a rien de biblique. Où Jésus a-t-il fait dans le Nouveau Testament la promesse que celui qui croit deviendrait riche ? ou puissant ?

Qu’est donc une foi véritable pour cette théologie ? La réponse se trouve dans l’interprétation, encore une fois littérale, de Marc 11, 23-24 :

« En vérité, je vous le déclare, si quelqu’un dit à cette montagne : “Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer”, et s’il ne doute pas en son cœur, mais croit que ce qu’il dit arrivera, cela lui sera accordé. C’est pourquoi je vous déclare : Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et cela vous sera accordé. »

Ces prédicateurs défendent alors qu’il suffît de proclamer haut et fort, et surtout sans le moindre doute, sa foi dans le fait que ce qui est demandé s’accomplit sûrement, et même est déjà accompli, pour que la bénédiction soit donnée. Car la promesse que Dieu a faite l’engage. Si l’on reconnaît que l’on a déjà reçu la bénédiction demandée, la proclamation possède alors sa propre puissance créatrice. C’est une deuxième erreur que toute la Bible dément.

La loi divine de compensation

Mais la proclamation ne suffit pas. La foi est fondée sur une « loi divine de compensation » que l’on trouve en 2 Corinthiens 9,6 :

« Sachez-le : qui sème chichement, chichement aussi moissonnera et qui sème largement, largement aussi moissonnera ! »

Ainsi la proclamation d’une foi sans faille doit s’accompagner d’une générosité selon le principe suivant : plus le croyant donne, plus il recevra de bénédictions, donc de richesses financières. Cette foi est à maintenir à un plus haut degré de conviction. Car dès que la conviction de foi faiblit, le retour de Dieu s’arrête. Le piège se referme.

Or, la promesse de Dieu est le retour au centuple, selon Marc 10, 29-30 interprété encore littéralement et isolément :

« Jésus lui dit : En vérité, je vous le déclare, personne n’aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause de l’Évangile, sans recevoir au centuple maintenant, en ce temps-ci, maisons, frères, sœurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions, et dans le monde à venir la vie éternelle. »

Le texte du Cnef – mais il n’est pas le seul – dénonce une vision du monde empreinte de pensée magique, qui dénature la promesse de Dieu, détruit la relation personnelle avec Dieu auquel chacun est appelé, et instrumentalise la foi au bénéfice de l’enrichissement de quelques-uns.

 

______________________________________

(1). La Théologie de la prospérité
BLF Europe / Les textes du CNEF (2012).

 


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