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Théologie de comptoir


L’Enfer

 

Pharisien Libéré

 

 

23 février 2017

Bernard, le garagiste, venait de sortir. L’atmosphère un peu lourde s’en trouvait quelque peu soulagée. Pourtant, Bob venait de brûler 2 kg de Guatemala antigua. Cela arrive quand on débute dans la torréfaction. L’odeur grattait dans la gorge.

Alors, Hélène,  l’institutrice demanda :

- A quelle époque le concept « Enfer » a-t'il été introduit dans le christianisme ?

Laubier, le bibliothécaire, comme dopé par son précédent coup d’audace, après avoir tourné une nouvelle fois sa cuillère dans le café qu’il prenait sans sucre ni édulcorant, s’enhardit :

– Tout dépend si tu prends en compte les ou pas. Dans la théologie chrétienne, aucune doctrine ne peut provenir des apocryphes. On peut donc dire de l'enfer qu'il n'est « pas biblique » en ce sens que qu'il n'est pas dans les écritures canoniques catholiques, telles que fixées aussi bien au 2e siècle qu’au Concile de Trente.
Toutefois, si tu regardes la doctrine mariale catholique et orthodoxe, elle provient largement du Protévangile de Jacques, un apocryphe de la seconde moitié du second siècle comme l'Apocalypse de Pierre, 1er texte qui évoque des punitions éternelles ans l'au-delà.

– La théologie chrétienne se méfie des littératures apocalyptiques, poursuivit le Vieux.
Augustin d'Hippone occupe même tout un livre de La cité de Dieu contre les paiens à réfuter l'idée d'une éternité des peines (1) au moment où se diffuse l'Apocalypse de Paul (4e siècle) qui développe une idée de « rétribution » avec des peines éternelles. Toutefois, l'idée fit son chemin et est développée de façon doctrinale, sans jamais avoir été dogmatisée, avec Hugues de Saint Victor (2) et Thomas d'Aquin (3) aux 12e et 13e siècles (peu avant que les limbes (4) et le purgatoire (5).
L'enfer ne prend réellement pied dans les mentalités et la croyance qu'avec la représentation des danses macabres, des enluminures des psautiers anglo-normands qui figurent des diables et des gueules agressives et voraces aux 14e et 15e siècles, après la guerre de 100 ans et la première grande peste, popularisée à coup d'exégèse rétrospective, celle qui impose la doctrine aux textes. Satan, le diable, devient un « individu » (on va dire comme ça) à cette époque.
On peut donc dire que l'art, possiblement l'enfer de Dante (6)  aussi, ont créé une doctrine à côté de la théologie qui n'avait pas pris. Il s'agit de reconstituer la hiérarchie sociale passablement bouleversée par la dépopulation lors de la grande peste ; pense que des hommes de peine osaient fixer le montant de leur salaire du fait de la rareté de la main d'œuvre !

- Auparavant, conclut Laubier, on croyait à la réparation du monde à la fin des temps, une doctrine connue dans le judaïsme comme « Tikkun Olam » et dans le christianisme de langue grecque « apocatastase ».
Ce qui fait que l'idée que « la religion s'est toujours imposée par la peur de l'enfer » est une idée fausse mais très bien reçue, surtout chez les athées.


Laubier sortit une brochure de sa besace  et l’ouvrit à une page cornée.

- « Pourtant, il ne suffit pas d'analyser le discours moral auquel participent l'enfer et son image. Encore faut-il s'interroger sur son efficacité. Mais comment savoir si la menace infernale a véritablement eu prise sur les consciences ? Plutôt que d'entreprendre une hasardeuse enquête sur la psychologie de l'homme médiéval, on peut s'attacher à des documents peu nombreux mais néanmoins révélateurs, qui suggèrent une conception de l'autre monde moins rigoureuse que celle que l'Église s'emploie à propager. » Baschet, les justices de l'au-delà, XIIè-XVème, Cahiers du centre de recherches historiques EHESS

 

_________________________

Notes

(1) Augustin les décrit  comme terribilius quam verius (fr : plus menaçantes que vraies). En résumé, ce qui paraît « prédiction », dans l’Ecriture, doit en vérité se comprendre comme simple avertissement.
(2) penseur du 12e siècle qui chercher dans le texte l' hebraica veritas sous les traductions latines et s’insurgeait contre une herméneutique symbolique qui ferait fi de la lecture littérale. Il avait étudié  l’ancien testament des rabbins du nord de la France, disciples de Rashi, le maître de Troyes  préoccupé de réfuter les interprétations chrétiennes.
(3) en particulier dans sa réponse aux 42 articles du frère Jean de Verceil o.p.
(4) Toutefois lancés une première fois par Pierre Chrysologue au 5e siècle
(5) trop long à expliquer d’autant que cela fut tellement mieux fait par
Philippe Ariès, L'Homme devant la mort, 2 vol. Le temps des gisants et La mort ensauvagée, Seuil, coll. « Points », 1985
Jacques Le Goff, La Naissance du Purgatoire, Gallimard, coll. « Folio », Paris, 1991
(6) inspiré de la littérature gréco-romaine (avec les supplices réservés aux Danaïdes, à Sisyphe, Tantale, Prométhée, etc...)


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