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Unité des chrétiens

 

en dépit des discours
veut-on vraiment
l'unité visible des chrétiens ?

 

Lettre à l'évêque catholique romain,
président de la commission épiscopale
pour l'unité des chrétiens

 

Jacques Musset

catholique libéral

 

24 janvier 2017

Monseigneur,

Je vous ai écouté dimanche dernier 22 janvier 2017 au cours de la célébration œcuménique de Strasbourg retransmise en eurovision et j'ai entendu vos vœux pour l'unité des chrétiens.

Je ne sais plus si c'est vous qui avez parlé de l'unité comme d'un don de Dieu, mais si l'on y croit vraiment il y a belle lurette que ce don est accordé. Ce n'est pas Dieu qu'il faut prier mais c'est  nous qu'il faut prier de nous  mettre au travail sérieusement en  regardant lucidement, sans faux fuyant et sans a priori les obstacles à cette unité. Sommes-nous vraiment dans cet esprit ?

Regardons de près du côté catholique. La doctrine officielle, énoncée dans les textes du Concile Vatican II (dans la foulée de la doctrine antérieure), reprise telle quelle dans le Catéchisme officiel de l'Eglise catholique de Jean-Paul II (1992) et resservie de nouveau dans le document Dominus Jesus du Cal Ratzinger (2000) entériné par le pape Jean-Paul II, n'est-ce pas un sérieux obstacle à l'unité chrétienne ? En effet, on y  professe solennellement que l'Eglise catholique, selon la volonté de Dieu et de Jésus, est la seule Eglise véritable et qu'elle l'est en plénitude (j'ai lu de près les textes). Comment sortir de cette prétention (inacceptable par les réformés et les luthériens à qui on refuse même l'appellation d'Eglise), sinon en revoyant la copie formulée depuis des siècles ! Et comment le faire sinon en relativisant ces déclarations, à partir d'une étude historique fouillée et sans a priori concernant la naissance et le développement de l'Eglise. On verrait en effet comment sont nées  ces doctrines, se référant indûment aux textes du Nouveau Testament, et on constaterait comment elles ont été sacralisées et absolutisées au cours des temps passées.

N'y a t-il pas à faire preuve d'intelligence courageuse pour emprunter ce chemin de relecture critique qui conduirait à la reconnaissance des diverses formes  d'Eglises, chacune ayant ses interprétations légitimes à partir des cultures dans lesquelles elles sont nées ?

Le christianisme s'est inculturé dans la culture grecque au cours des premiers siècles de l'Eglise, et les responsables des Eglises de cette époque ont absolutisé les manières de penser Dieu et Jésus et de là la conception des ministères... Dans cette ligne, Benoît XVI, dans son discours de Ratisbonne, a prétendu que le christianisme était intrinsèquement lié à la culture grecque de ses origines. N'est-ce pas absolutiser du relatif  qui était signifiant à une époque mais qui n'est plus crédible aujourd'hui puisque nous sommes immergés depuis l'avènement de la modernité dans une autre manière de penser ? En sens contraire, les acteurs de ce qu'on appelle la crise moderniste datant de la fin du XIXe et du début du XXe siècle appelaient de leurs vœux la réinterprétation du catholicisme figée dans une lecture littérale de lire l'Ecriture et dans une vérité doctrinale immuable. Leurs travaux ont été condamnés, et leurs personnes parfois excommuniés et interdits de publier ! En dépit de quelques ouvertures modérées de l'Eglise catholique depuis un siècle, cette crise moderniste s'est poursuivie jusqu'à nos jours. Pour ne parler que de l'après-concile Vatican II, les déclarations des papes pour rappeler solennellement la doctrine orthodoxe et leurs nombreuses condamnations de théologiens le démontrent éloquemment.

Le pape actuel est populaire sur le plan social et environnemental. Et on ne peut que s'en féliciter. Mais il est doctrinalement tout à fait classique. Vous avez cité  son voyage en Suède pour le 500e anniversaire de la Réforme. Mais avez-vous pris connaissance de ses propos à l'adresse des journalistes dans l'avion qui le ramenait à Rome ? On ne peut que les déplorer. Ce n'est pas de cette façon qu'on fait avancer la cause de l'unité des chrétiens ! Ainsi, pour lui, la question de l'accession par les femmes à tous les ministères actuellement réservés aux hommes a été définitivement réglée par Jean-Paul II ! De même ses propos alambiqués sur l'ecclésiologie catholique qui reposeraient sur deux dimensions : la pétrinienne et la mariale sont sans fondement mais justifient les positions actuelles de la doctrine officielle ! On ne peut pas dire  également que  sa lucidité sur le mouvement charismatique soit très aiguisée, quand on pense à tout ce que charrie ce mouvement  de représentations de Dieu, de Jésus, de l'homme, de la prière, qui sont dans bien des cas à la limite du magique. Enfin  ses paroles sur la sécularisation qui en attribuent les causes à la tiédeur spirituelle des chrétiens (refrain entonné par des évêques français) est inexacte, car la sécularisation est fille du mouvement de la modernité initié au 17e siècle qui revendique légitimement  de penser avec sa raison d'une manière autonome. Rien à voir avec une volonté d'autosuffisance dirigée contre Dieu  et le christianisme. Si la modernité s'est opposée et s'oppose encore à l'Eglise c'est bien à cause des prétentions de celle-ci de s'ériger en détentrice de la Vérité en tous domaines.

Bien sûr je me réjouis que le pape actuel ait des paroles fortes à propos des émigrés. Mais cela peut donner le change par rapport aux réformes profondes qui dépendent de lui sans qu'elle soient honorées. Celles-ci ne sont pas seulement des réformes concernant la curie ou les finances. C'est  en effet sur les enjeux fondamentaux concernant la présentation de la foi chrétienne en notre monde actuel qu'est engagée spécifiquement sa responsabilité singulière au poste qu'il occupe.

En vous écrivant ce courrier, je ne suis animé que par le désir de servir la mémoire vivante de Jésus qui est la référence de tous ceux qui se disent ses disciples. Ce que nous savons de lui aujourd'hui, plus qu'hier, grâce aux progrès des études exégétiques sur les évangiles, nous dessine les contours de son engagement en son temps et dans son contexte. Celui-ci se réclamant de son Dieu s'est exercé sur des enjeux bien précis qui ont trait à la libération de l'homme en tous domaines. Et c'est la raison pour laquelle il a déclenché avec les autorités de sa religion un conflit qui l'a conduit à la mort violente que l'on sait. N'avons-nous pas besoin de revenir à la manière dont Jésus, lucidement et courageusement, s'est investi en annonçant, en paroles et en actes, l'avènement ici et maintenant du Royaume de Dieu, ce monde nouveau dont il faisait à longueur de jour les travaux pratiques ? N'est-il pas nécessaire de remonter, en amont de toutes les interprétations qui ont été faites de Jésus, à la façon d'être et de vivre du nazaréen et de ce qui l'inspirait en profondeur, afin de pouvoir actualiser à notre époque son témoignage de manière plurielle, dans des paroles et des manières de vivre inédites et multiples. La fidélité n'est pas répétition mais recréation. Ne serait-ce pas en revenant à celui qui est à l'origine de nos Eglises que nous pourrions vivre en communion les uns avec les autres dans la légitime diversité de nos approches marquées par nos histoires mais à revivifier sans cesse dans les contextes humaines et culturels où nous vivons ? Qu'en pensez-vous ?

Je suis loin d'être le seul catholique à penser ce que je vous écris. J'ai aussi des amis protestants qui partagent mes propos. Je ne doute pas que vous accueillerez avec attention ces réflexions et interrogations. Ne doivent-elles pas être matière à débat non seulement par des théologiens mais par les chrétiens de base qui ont aussi leur mot à dire !

Une dernière question : j'ai entendu que catholiques et luthériens s'engageaient sur cinq chantiers à promouvoir l'unité visible des chrétiens ; mais les protestants réformés n'ont pas été mentionnés alors qu'avec les luthériens ils ont fait l'unité en France au sein de l'Eglise protestante unie. Merci de m'éclairer.

En vous souhaitant, comme vous vous y êtes engagé, de travailler d'arrache-pied à la cause de l'unité visible des chrétiens, je vous prie de croire à mes sentiments fraternels.




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