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Le débat d’idées

 

Pharisien Libéré

 

 

22 janvier 2017

« Dimanche, j’inaugure mon roaster » nous avait dit Bob au téléphone Beaucoup avaient compris roadster. Après une semaine d’atelier, nous avions hâte de voir l’engin qui devait être décoiffant. Comme personne n’imaginait Bob sur une moto, encore moins de celles qui mettent les tripes à l’air, nous étions tous venus. Bob n’avait pas restauré une moto de course. Il avait fabriqué une machine de torréfaction pour petit volume, le double popper prestige comme il l’appelait. « Évidemment, elle n’a pas l’esthétique de ses concurrents du commerce de même classe. Mais elle ne coûte pas le même prix : j’ai fabriqué cette machine pour 60 euros. »

Ni le Vieux, ni Laubier, le bibliothécaire, n’ont pu me dire comment depuis la conférence de Bob sur les mérites comparés des cafés d’Amérique, en particulier du Guatemala présentement dans la machine, et des cafés d’Afrique, Bernard le garagiste avait pu enchaîner par :

« Quand pour dernier argument un croyant vous dit "prouvez-moi que Dieu n'existe pas", n'est-ce pas parce qu'il a perdu la bataille des idées ? »

Peut-être était-ce l’entrée d’Hélène, l’institutrice qui l’avait déclenché ? Joseph, l’athée ex-TJ, avait relancé illico :

« Si un croyant dit une ânerie pareille, c'est surtout que la "bataille des idées", il n'a pas été capable de la commencer... »

Hélène, qui pratiquait volontiers l’analyse du discours, se tourna vers Bernard :

« Déjà, quand tu dis ‘bataille’, tu signifies à ton interlocuteur est un ennemi auquel tu entends faire mordre la poussière. Si tu disais ‘débat’, l’ambiance serait tout autre. On saurait que tu tiens ton vis à vis pour un égal au lieu qu’avec ‘bataille’, on comprend que tu veux d’abord avoir raison, faire croire que tu es plus malin que lui même s’il n’en est rien. Le débat d’idées... »

Bernard lui coupa la parole :

« Tu gardes ta psychologie de comptoir pour toi »

Hélène, toujours aussi zen, lui expliqua :

« Encore en train de transformer un débat en combat ? Je ne fais pas de la psychologie de comptoir mais de l’analyse du discours, qui est une discipline des sciences humaines à défaut d’être une ‘science’... Souviens toi ‘la Science et la Raison’... » ajouta-t-elle avec un sourire quelque peu ironique.

Laubier, d’ordinaire discret, sans doute dopé par son Guatemala spécial, reprit la balle a bond :

« Fais-tu une différence formelle entre ‘je ne crois pas qu'il n’y a pas de Dieu’ et ‘je crois qu'il y a un Dieu » ? Oui ? Non ? Néanmoins, d'un point de vue philosophique, c'est une croyance puisque cela correspond à une opinion, un avis, une position sur la question de Dieu. Le mot « croyance » pour se référer à l'Athéisme, est ici employé comme une option ayant une égale validité à celle des Credo religieux, mais pas plus sur une échelle de valeurs. »


Joseph crut que c’était son tour et du même coup voulu river son clou au bibliothécaire

« être athée n'est pas une croyance. On ne croit pas en dieu, c'est tout.  D'ailleurs, la plupart ici, ne font que répéter de leur bouquin car ils sont complètement endoctrinés. »

Alors, le Vieux, émergeant de la béatitude dans lequel le plongeait le Huehuetenango, développa :

« La plupart des athées a beaucoup de mal à comprendre que les affirmations "Dieu n'existe pas" et "Dieu existe" sont les deux faces d’une même médaille, celle de la croyance. Ni l'une ni l'autre affirmation qui relèvent de l’expérience intérieure, ne peut être démontrée. On sait ça depuis David Hume, à savoir les Lumières, en Europe.

Mais si les athées sont prompts à demander des "preuves de l'existence de Dieu" aux croyants, ils ne tolèrent pas que la demande réciproque leur soit faite. La réponse est invariablement le faux-fuyant "ce qui est affirmé sans preuve peut être récusé sans preuve" en un chœur scandalisé. Ce ne serait pas à eux de démontrer ce qu'ils affirment comme un "savoir" faute de reconnaître que, s'ils ne peuvent ni le vérifier ni le prouver, ce n’est qu'une croyance comme une autre et parmi d'autres.

Tous les athées philosophes reconnaissent ce point. Mais les athées radicaux sont rarement philosophes. Pour eux, affirmer leur athéisme signifie qu'ils ne sont pas victimes de croyances stupides et qu'ils sont plus intelligents et plus libres que ceux là qui sont "asservis à leurs doctrines par des clercs". Ils s'affirment là "peuple élu" ou "meilleure communauté de l'univers" bien distincts d’une foule de débiles et de stériles sur le plan de la pensée. Dans ce contexte, "croyance" est un terme dénigrant, équivalent de fable ou de mensonge (e.g. la foi religieuse assimilée à la croyance au Père Noel) et il leur est insupportable que cela s'applique à leur(s) propre(s) croyance(s). Ils affirment ne pas être dupes alors que les autres le sont.

« Au demeurant, être athée, c’est facile : de nombreux imbéciles y arrivent fort bien. » Comte Sponville

Le fait que leur athéisme soit une identité au lieu d'être une philosophie les empêchent de penser le concept de doctrine et de sa réponse la croyance aussi bien que les deux diffèrent d'un savoir.

Poser leur croyance en savoir est une façon de la rendre absolue, incontestable sauf "mauvaise foi" de leur interlocuteur croyant tant il est vrai que la foi des autres est toujours mauvaise à lumière d'une vision du monde dogmatique.

Contrairement aux athées radicaux, Comte-Sponville a des connaissances en matière de religion. D'abord parce qu'il a été catholique au temps où le catholicisme était en plein remue méninges et qu'il a étudié sous la direction d'un grand théologien catholique : Maurice Bellet ce qui lui donne une rare ouverture sur bien des religions.

En outre, comme la plupart des philosophes, il pense que les questions et la façon dont on se les pose sont plus importantes que les réponses. D'ailleurs, si on pense que la fonction d'une religion consiste à ‘donner des réponses’, on peut être certain que la foi est morte.



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