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Une forme alternative
au christianisme catholique officiel
est-elle possible ?


 

Jacques Musset

propos tenus à la dernière assemblée générale de la fédération du Parvis

 

17 janvier 2017

Ce travail me paraît nécessaire pour que la proposition chrétienne redevienne crédible dans le temps présent et à venir. Cette tâche concerne autant les responsables religieux que les chrétiens de base. Plus ces derniers s'impliqueront, plus ils pèseront auprès des autorités. Comment cela pourrait-il advenir ? Voici, selon moi, plusieurs chantiers à conduire en même temps.Tâche exigeante mais libérante.

1° Il s'agit d'une part de se livrer à un travail historique qui permet de prendre conscience de la relativité de la doctrine et de l'organisation catholique actuelle qui prétendent exprimer la Vérité avec un grand V sur Jésus et sur son Dieu. Elles sont en effet le fruit de maintes élaborations qui ont commencé dès la disparition de Jésus et qui se sont poursuivies au cours des siècles, chacune essayant dans son contexte culturel propre de donner sens à l'événement Jésus.

En voici une très rapide évocation. Dès le départ, les premiers chrétiens ont présenté Jésus en fonction de leur culture religieuse juive, de leurs attentes spirituelles, de leurs problèmes communautaires. Cela a donné les textes du Nouveau Testament, dont les évangiles. Il y a autant de visages de Jésus qu'il y a de textes. Chaque évangile est une interprétation originale de Jésus. Nous n'y faisons pas suffisamment attention. A partir de là, le christianisme s'établissant dans des régions de culture grecque, les chrétiens de ces contrées ont interprété les textes du Nouveau Testament à travers le prisme de leurs représentations et de leurs concepts (par ex ceux de personne et de nature qui n'ont pas le sens que nous prêtons aujourd'hui à ces mots) et il en est résulté, lors des premiers conciles aux 4ème et 5ème siècle, des dogmes considérés comme vérité divine et s'imposant à tous les chrétiens , y compris par la force. De là datent les affirmations grandioses sur l'identité de Jésus, Dieu et homme, sur Dieu Trinité, sur le St Esprit, 3personne de la sainte Trinté.

Ce socle dogmatique étant posé, malgré bien des dissensions, les siècles suivants jusqu'à nos jours l'ont répété et développé. On en a déduit de nombreuses considérations sur l'Eglise, les sacrements, les ministères en en attribuant la paternité à Jésus et en les référant à une volonté divine. Par exemple, les ministères actuels que sont la papauté, l'épiscopat, la prêtrise mis en place dans les premiers siècles on les fait remonter à la volonté de Jésus qui les aurait institués ses représentants en les dotant de pouvoirs sacrés. De même, les sacrements dont la liste remonte au 13e siècle, on affirme qu'ils ont été créés par Jésus selon un projet divin. De même encore l'infaillibilité du pape définie au 19e siècle se fonde, dit-on, sur une mission particulière donnée par Jésus. On peut multiplier les exemples en lisant le catéchisme de l'Eglise Catholique promulgué par Jean-Paul II en 1992. La doctrine énoncée que le pape déclare normative est le résultat de ces élaborations successives qui se sont ajoutées et surajoutées les unes aux autres. La question qui se pose dès lors : quel rapport la doctrine catholique actuelle issue d' élaborations successives entretient-t-elle avec la source du christianisme qu'est Jésus de Nazareth, avec son enseignement et sa pratique ?

 

2° Pour répondre à cette question, un autre chantier nous renvoie à l'interrogation : qui était Jésus de Nazareth, quels furent ses engagements, sur quoi a t-il misé sa vie, quel esprit l'animait-il, à quel Dieu se référait-il ? Depuis deux siècles, les exégètes qui étudient minutieusement les évangiles, en arrivent à la conclusion unanime : s'il n'est pas et ne sera jamais possible de faire une biographie de Jésus à partir des témoignages évangéliques qui sont des professions de foi, par contre il est possible de percevoir nettement quelles étaient les valeurs qui inspiraient le Nazaréen au nom de son Dieu, comment il les a traduites en paroles et en actes, quels étaient les enjeux du combat qu'il a menés contre les perversions de la religion juive de son temps, le légalisme et le ritualisme, à quels risques il s'est exposé au point d'être exterminé comme un maudit de Dieu.

S'il fallait résumer à grands traits les convictions dont il a fait les travaux pratiques et qui se situent dans la ligne des prophètes qu'il a affinées, approfondies, universalisées, je dirais que pour lui, le vrai culte rendu à Dieu ce n'est pas le simple respect scrupuleux des prescriptions légales ni l'accomplissement des rites formels, c'est d'abord la relation juste avec autrui, notamment celui qui est marginalisé, oublié, rejeté, laissé pour compte, c'est la recherche d'authenticité dans ses propres intentions et actions, c'est le souci de cohérence entre son dire et son faire. Prière, recueillement, et rite sont au service de cette manière de vivre.

Ainsi le Dieu de Jésus n'est pas un Dieu religieux; son lieu est « le plus humain de l'homme » selon la belle expression de Maurice Bellet. En proclamant quelque temps après la mort de Jésus que Dieu l'a ressuscité, ses apôtres affirmaient que leur maître loin d'être le fossoyeur de la foi juive en Dieu était le témoin exemplaire de ce Dieu invisible et inommable et que son témoignage était chemin de vraie vie pour quiconque s'en inspirerait. C'est peut-être cela que beaucoup d'entre nous professons. Mais du même coup comment ne pas percevoir le profond hiatus qu'il existe entre le témoignage de Jésus de Nazareth et la doctrine dogmatique, moralisante et autoritaire du catholicisme actuel ?

 

3° Un dernier travail est nécessaire : s'il nous faut revenir à la source de notre tradition spirituelle qu'est Jésus, comment se réapproprier aujourd'hui son enseignement et sa pratique, et comment les actualiser dans notre contexte de sorte que cette actualisation soit crédible pour nous et pour nos contemporains en recherche de sens ? Il ne s'agit pas pour nous de reproduire tel quel ce qu'a vécu Jésus. Nous ne vivons pas dans le même monde ni dans la même culture ni avec les mêmes représentations que lui. Il s'agit de nous inspirer de l'esprit qui l'animait en profondeur et de le traduire d'une manière créative et inédite, je dis bien créative et inédite, dans le monde qui est le nôtre, en paroles et en actes. C'est la responsabilité de la communauté actuelle des disciples de Jésus. Et de chacun d'eux. Mais n'oublions pas que Jésus n'appartient à personne. Hors communauté chrétienne, des hommes et des femmes s'inspirent et s'inspireront toujours, consciemment ou non, de ses valeurs qui correspondent aux valeurs humaines authentiques. Les valeurs de notre monde occidental sécularisé ne sont-elles pas pour une part d'origine judéo-chrétienne ?

Quant au Dieu de Jésus qu'il nommait son Père, comment parler de lui aujourd'hui d'une manière croyable ? Dieu est un mot usé, qu'on a mis à toutes les sauces, récupéré en tous sens, et qui a servi et sert encore à légitimer des pouvoirs politiques et religieux, y compris dans le catholicisme. Pour Jésus, son Dieu était la Source intime de ses exigences intérieures qu'il traduisait en engagements pour la cause de l'homme. Pas plus que Jésus nous n'avons accès directement à Dieu. Mais si croyons comme Jésus qu'il nous inspire au plus profond de notre être sans nous déresponsabiliser, la meilleure manière de témoigner de Lui n'est-ce pas comme Jésus de nous impliquer dans la promotion de l'humain le plus humain, en nous-même et chez autrui dans le cadre de notre existence quotidienne ? A travers les expériences du don, du dépassement de l'ego, de l'ouverture qui bouscule nos peurs et nos sécurités, du ressourcement intérieur, qui se traduisent par des choix positifs et des refus, nous pouvons reconnaître dans la foi une Présence inspirante. Cette reconnaissance ne s'impose à personne. En tout cas, elle n'est jamais détachable d'une expérience d'humanité vécue dans l'authenticité. Cette expérience nous est commune avec tous les humains qui s'efforcent de vivre en vérité. Là se joue pour nous tous, croyants ou non, la valeur de notre propre existence.

 




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