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Le pape François

et le protestantisme



Leonardo De Chirico

pasteur de l’Eglise Breccia di Roma et
maître de conférence à l’Instituto di Formazione Evangelica e Documentazione IFED de Padoue

blog « Vatican Files »

 

 

5 mars 2015

Amical, sensible, désirant sans cesse souligner les ressemblances et mettre de côté les différences. C’est l’image populaire que le pape François a présentée pour l’instant dans le cadre de ses relations avec les non-catholiques. Beaucoup sont impressionnés par son style sympathique qui cherche souvent à soutenir les autres. Si telle a été la règle jusqu’à présent, nous savons maintenant qu’elle connaît une exception, et des plus significatives.

La réédition récente d’une conférence sur l’histoire des jésuites, donnée par l’archevêque Bergoglio en 1985 en Argentine, révèle le jugement sévère qu’il porte sur la Réforme protestante en général et sur Jean Calvin en particulier. Cette conférence a été rééditée en Espagne en 2013 puis traduite en italien sous forme de livre (Chi sono i gesuiti, Bologne, EMI, 2014). Dans la mesure où rien n’indique qu’il ait changé d’avis, nous pouvons considérer que le contenu de ce livre reflète toujours de manière exacte ce que le pape François pense de la Réforme protestante.

 

Le protestantisme comme racine de tous les maux


Dans son examen de l’histoire des jésuites, Bergoglio s’intéresse tout spécialement à leurs interactions avec la Réforme et à leur rôle missionnaire en Amérique Latine. Pour lui, la Réforme amène immanquablement à l’annihilation de l’homme par son angoisse (avec pour résultat l’existentialisme athée) ainsi qu’à un saut dans l’inconnu par une sorte de surhomme (comme Nietzsche l’avait imaginé). Ces deux issues conduisent à « la mort de Dieu » et à une sorte de « paganisme » qui se manifeste par le nazisme et le marxisme. Tout cela émane bien entendu de la « position luthérienne » ! Bergoglio soutient que la Réforme est la racine de toutes les tragédies de l’Occident contemporain : de la sécularisation à la mort de Dieu en passant par les régimes totalitaires et les suicides idéologiques.

Rien de nouveau sous le soleil. Cette vision de la Réforme effroyable et désobligeante est depuis des décennies l’interprétation de l’histoire européenne moderne la plus répandue parmi les polémistes catholiques de la Contre-Réforme. Bergoglio ne l’a pas inventée. Il la réaffirme plutôt, comme si aucune recherche historique ni analyse théologique et culturelle n’avait été réalisée avec rigueur depuis le Concile de Trente. Qu’allons-nous faire du ton amical qu’il adopte avec les protestants, s’il pense vraiment que tous les maux de la civilisation Occidentale sont imputables à « la position luthérienne » ?

 


Jean Calvin : le bourreau spirituel


Mais ce n’est pas tout. Bergoglio fait la distinction entre Martin Luther « hérétique » et Jean Calvin « hérétique et schismatique ». L’hérésie luthérienne est « une bonne idée devenue folle », mais Calvin est pire encore car il a aussi mis en pièces l’homme, la société et l’Église.
En ce qui concerne l’homme, le Calvin de Bergoglio a opéré une scission entre raison et cœur, produisant ainsi la « misère calviniste ». Dans la société, Calvin a monté la bourgeoisie contre les autres classes laborieuses, devenant de fait « le père du libéralisme ». Le pire schisme concerne cependant l’Église. Calvin a « décapité le peuple de Dieu de son union avec le Père ». Il a séparé le peuple de Dieu de ses saints patrons. Il l’a aussi coupé de la messe, c’est-à-dire de la médiation de la « présence réelle » de Christ. Pour résumer, Calvin fut le bourreau qui a détruit l’homme, empoisonné la société et ruiné l’Église !

C’est peu dire que Bergoglio n’aime pas Calvin. Il a beaucoup de rancœur à son encontre. Mais au-delà de clichés tendancieux et dépassés, est-on sûr qu’il comprend Calvin ? 2017 marquera le 500e anniversaire de la Réforme protestante. Ce sera l’occasion pour François de se plonger dans des livres d’histoire un peu plus récents afin de se faire une idée plus juste et plus équilibrée de ce qui s’est passé depuis le 16e siècle. S’il ne change pas de position sur la Réforme, tout son langage « œcuménique » ne sera plus qu’une couverture superficielle masquant une véritable haine à l’encontre de Luther et surtout de Calvin. 

Traduction : Nicolas B.


 


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