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Maroc

les femmes

victimes du conservatisme

 

Corentin Bainier

envoyé spécial à Rabat et Casablanca

article paru dans l'hebdomadaire protestant Réforme
le 20 mars 2014


21 mars 2014

« J’ai longtemps pensé que former ces femmes à des métiers leur donnerait une autonomie financière et les aiderait à repartir. Mais j'ai réalisé que ça ne suffisait pas : les mères célibataires qui viennent ici sont fracassées, elle doivent se réapproprier leur corps. »
En faisant visiter la garderie, dans l'une des trois maisons de Solidarité féminine, dans le quartier du Palmier de Casablanca, Aicha Ech Chenna, soixante-quatorze ans, des allures de grand-mère courage qui lui valent des comparaisons avec mère Teresa, raconte l'histoire de l’association qu'elle a créée en 19B5 pour accueillir des femmes tombées enceintes sans être mariées.
Une faute grave au regard de beaucoup de familles marocaines. Et ce quelle que soit l'origine de la grossesse : amour de jeunesse... ou viol.

Trente ans plus tard, la situation n'a pas changé. Ou si peu. En janvier, le Parlement a enfin supprimé l'alinéa de l’article 475 du code pénal, qui permettait à un violeur d'échapper à la prison s'il épousait sa victime. Une disposition à l'origine du suicide en 2012 d'Amina el Filali, seize ans, que ses parents avaient décidé de marier à son agresseur.
« Au Maroc, la honte est capitale. Pour beaucoup de parents, il est moins honteux que leur fille soit violée qu’elle ne perde sa virginité avant le mariage »
, se désole Betty Lachgar fondatrice du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), connu pour ses actions chocs. Pour elle, l'abolition de l'article 475 ne changera rien : « Tout est une question d'interprétation des juges qui ont souvent une vision archaïque de la société. II y a un énorme travail d'évolution des mentalités à faire. »

 

Société schizophrénique

Une évolution urgente dans un pays qui, en matière de droits des femmes, s’obstine à se voiler la face : chaque jour, 24 bébés sont abandonnés. L’État ne les reconnaît pas. Aujourd'hui, 11,46 % de la population serait née hors mariage. Près de 1 000 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour, dans des conditions loin d’être sécurisées, puisque l'opération est illégale quel que soit le motif de la grossesse.

« Nous vivons dans une société schizophrénique, dénonce Aicha Ech Chenna. L’Etat me félicite pour mon travail, alors qu'il ne fait rien pour les mères célibataires. De même, les femmes ont accès à toutes les contraceptions si elles sont mariées, et ce dans des centres publics. En revanche, une adolescente ne pourra acheter la pilule qu'en pharmacie. Rien n'assure que le pharmacien lui expliquera comment la prendre, et que le dosage sera le bon. »

Toute liberté sexuelle ou affective hors mariage est devenue impossible au Maroc. Les remous provoqués par les deux adolescents - acquittés en décembre - qui avaient posté un cliché de leur baiser sur Facebook en témoignent.

Les femmes mariées ne peuvent toujours pas faire valoir des droits égaux à ceux des hommes. La réforme du code de la famille (« Moudawana ») en 2004 a certes aboli les unions de mineurs. « Mais elles se pratiquent toujours dans les zones rurales », tempère Betty Lachgar.
Si la femme peut désormais initier le divorce, il lui faut le motiver (discorde, consentement mutuel), l'époux conservant le monopole de la rupture unilatérale, sans aucun motif.

« La loi, c'est important, mais elle ne fait pas tout », estime Amina Bouayach, présidente de l'Organisation marocaine des droits de l'homme, soulignant la nécessité d'un autre combat sur l'évolution des mentalités : près de 6 millions de Marocaines se disent victimes de violences, dont plus de la moitié dans le cadre conjugal.  « Il faut réformer les manuels scolaires, sensibiliser les médias », propose-t-elle.

Pour beaucoup de féministes, le poids de la tradition islamique est trop lourd. « Il faut aller vers un État séculier, revendique carrément Betty Lachgar. Elle s'offusque de voir de plus en plus de femmes qui portent le voile, parfois dans certains lieux et pas dans d'autres. Ce n'est plus un choix, le regard des hommes est devenu prépondérant ».

Alors que la parole rapportée dans le Coran fait débat, notamment quand y est prônée « l’autorité » des hommes sur les femmes (sourate IV, verset 34), Aicha Ech Chenna note que certains rigoristes S’accommodent hypocritement du texte Sacré : « Au Maroc, le mariage religieux prime sur le mariage civil. Certains hommes ont trouvé le moyen de pratiquer librement la sexualité, dans une forme de légalité qu'ils s'inventent : devant quelques témoins, en présence de leur petite amie, ils récitent la Fatiha - la première sourate, qui équivaut à une bénédiction chez les chrétiens - et se considèrent mariés devant Dieu. Ce n’est pas un mariage religieux officiel, avec l'imam. »

Depuis 2005, le Maroc a entrepris de former des « mourchidât », un corps d’auxiliaires féminins pour transmettre l'islam auprès des femmes. Pour la chercheuse Karima Dirèche, elles pourraient « valoriser un modèle de féminisme islamique qui serait une voie moyenne entre intégrisme religieux et subordination des femmes, et le modèle occidental ».

L’émancipation des femmes marocaines passe en effet par une réflexion sur la manière d'y accommoder l’islam…

 

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