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L’implantation d’une Église

racontée à mon stagiaire

 

 

David Brown

 

Éd. Clé

206 pages - 13,90 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

 

20 janvier 2014

Le pasteur David Brown explique ici dans le détail comment s’y prendre concrètement pour « implanter » une Église évangélique dans une banlieue où il n’y en a pas, comment la faire grandir et contrôler sa croissance selon les règles.

Le texte se présente comme un dialogue fictif entre l’ « implanteur » expérimenté et le jeune « stagiaire » désireux d’apprendre.

L’auteur propose ensuite une série d’annexes :

• Définition d’une Église locale
• Les étapes de la croissance
• Modèle de règlement intérieur
• Fonctionnement de l’équipe pastorale, autorité spirituelle dans une Église
• Les rôles respectifs de l’équipe pastorale et les conseil de l’Église
• Les diacres responsables d’activités etc.

 

Voici quelques passages de ce livre

 

page 7

Préface

Daniel Liechti

vice-président du Conseil National des Évangéliques de France (CNEF)

 

[...] L'implantation de nouvelles Églises est selon nous le chemin privilégié pour annoncer l'Évangile ici et maintenant. Car c'est par la présence de croyants nés de nouveau, fonctionnant localement comme un corps en Christ, que l'Évangile devient ordinairement visible et compréhensible.

[...] L'Église en tant que communauté - présente dans le monde de manière dispersée en semaine et réunie le dimanche (ou d'autres jours...) - dispose d'une formidable capacité évangélisatrice. L'interaction de membres très divers mais unis et animés par le Saint-Esprit, enfants d'un même Père, rend le message de l'Évangile palpable.

Mais de nombreuses régions de la francophonie européenne ne disposent toujours pas de suffisamment d'Églises protestantes évangéliques, malgré une croissance significative depuis 1970. En France, le nombre actuel de celles-ci devra tripler pour atteindre l'objectif proposé par le Conseil National des Évangéliques de France (CNEF) : au moins une Église pour 10 000 habitants en moyenne. Ce chiffre, un peu schématique certes, peut être considéré comme un minimum pour garantir que chaque habitant trouve, sur son chemin de vie, une communauté prête à l'accueillir, une Église où il peut cheminer vers Dieu et connaître le message de la Bible.

Pour disposer de suffisamment d'Églises selon des critères géographiques et démographiques, pour renouveler les existantes et pour s'adresser à de nouveaux publics, il est impérieux d'implanter. Et pour implanter des Églises il faut de nouveaux implanteurs !

Notre vœu est que ce livre stimule les (futurs) implanteurs et équipiers, et qu’il enrichisse tout chrétien voulant approfondir le sujet.

 

page 40

Le démarrage

[...]
RÉMI : Qu'est-ce que tu décides, par exemple, au démarrage d'une Église en tant qu'implanteur ?

DAVID : Personnellement, pour donner un exemple concret, je lance tout de suite un culte et une étude biblique en semaine, même si je sais qu'il y aura peu de monde. Comme cela, on a une activité publique qui donne corps à l'idée qu'une Église commence à exister dans la ville. On peut donner un flyer aux gens que l'on rencontre pour leur indiquer ces rencontres hebdomadaires. [...] Chaque fois que j'ai commencé une nouvelle Église, j'ai annoncé un culte dès le premier dimanche. Il y avait toujours ma femme, ma famille et moi, et chaque fois au moins deux ou trois autres personnes. Cela devient donc une réunion publique, et on peut inviter d'autres à se joindre à nous. J'ajoute que c'est moi également qui décide dès le début quel sera le style de notre culte.
Nous sommes contents, bien sûr, lorsque des chrétiens qui s'installent dans la ville désirent se joindre à notre implantation, mais il faut être cohérent. Ces chrétiens ne peuvent s'y intégrer que s'ils acceptent les règles du jeu, c'est-à-dire, le style de culte et de prière que nous « imposons » en quelque sorte à cette Église naissante.

RÉMI : Cela doit provoquer de vives discussions à certains moments ! Comment as-tu pu faire face ?

DAVID : Il faut compter sur les ressources extérieures car il est difficile de commencer si on n'a pas le soutien d'une union d'Églises, d'une mission ou d'une Église mère. Autrement, on est trop seul. On a besoin d'interlocuteurs, d'encouragements, de conseils...[...] Avec 3 ou 4 personnes on peut créer une association 1901, en trouvant un joli nom, et en ajoutant « action socioculturelle de l'Église évangélique de... » Au minimum le nom de l'Église est repéré, et l'existence de l'association donne des entrées à la mairie pour un certain nombre d'activités. Par exemple si la municipalité organise une journée consacrée au développement durable, on peut proposer de faire un stand de commerce équitable avec le SEL. Cela peut amener l'Église vers un début de reconnaissance publique, et donne une certaine plausibilité dans la ville pour l’Évangile.

 

page 49

Le développement de l’Église

DAVID : Il ne faudra pas trop attendre pour mettre en place un début de structuration. S'il y a un réel problème de compatibilité entre.la vision de l'organisme qui veille sur l’implantation et tel ou tel membre potentiel, il vaut mieux clarifier les choses avant que le nombre de personnes dans l'Église ne soit trop important. Décider de se séparer de quelqu'un à cette étape de son développement peut être dramatique pour une jeune Église. Remarque bien, Rémi, qu'il ne s'agit pas de la discipline : il n'y a pas de faute morale, mais une trop grande différence de vision ou de pratique peut devenir un facteur de conflit plus tard. Il vaut mieux vire une séparation à ce stade pour éviter une situation ambiguë qui perdure.

[...] Je proposerai une confession de foi et un règlement intérieur. Je dirai aux personnes qui veulent être membres de l'Église : « Voilà notre confession de foi. Étudiez-la. Je passerai du temps avec chacun de vous pour la commenter et l'expliquer. Ce sera la base de notre identité d'Église. Il n'y a rien de nouveau par rapport à ce que je vous ai déjà enseigné, mais si la formulation vous gêne, on en parlera ensemble ». Ensuite je leur donnerai le document « Règlement intérieur de l'Église Protestante Évangélique » avec les mêmes consignes.

[...] On constate qui se déclare favorable à la confession de foi et au règlement intérieur avec ses modifications, suite à la signature d'un talon ainsi conçu : « Je confesse ma foi en Jésus-Christ et mon désir de le servir dans le cadre d'une Église locale. Je désire devenir membre de l'Église protestante évangélique de Villeneuve-sur-Seine et affirme mon accord avec sa confession de foi et son règlement intérieur ».
L'ensemble de personnes qui approuvent ces documents deviennent officiellement « membres » de l'assemblée. À partir de ce moment, on peut commencer à fonctionner comme si on était organisé en association. On peut définir un budget ensemble, on peut décider de faire certaines activités, on peut élire ou reconnaître des responsables car il existe une liste de membres ayant le droit de vote. Bien entendu, d'autres personnes pourront assister aux réunions de l'Église car nous n'avons rien à cacher, mais tout le monde sait qui est membre et qui ne l’est pas. On sait qui a le droit de vote : ce sont ceux qui ont adhéré à la confession de foi et au règlement intérieur. Il y a eu engagement de leur part.

 

page 70

Connaître les brebis

[...] DAVID : Devant la multitude de choses à faire, on peut négliger les chrétiens qui ne causent pas de remous dans l'Église. Qui n'ont pas besoin d'accompagnement semaine après semaine pour tenir bon. Mais ce sont justement ceux-là, celles-là qu'il faut amener plus loin dans leur compréhension des Écritures, dans leur service du Seigneur, en un mot dans leur maturation spirituelle.[...]

Il n'y a pas de modèle unique. Parfois on peut encourager les chrétiens à participer à des formations telles que Formapré ou à s'inscrire pour des formations en ligne. Au sein de l'Église, on peut faire appel à un matériel existant. Personnellement je me suis basé sur l'excellent livre Précis de doctrine chrétienne de Jules-Marcel Nicole. Avec un groupe voulant progresser dans la foi, j'ai proposé que l'on se voie pour une soirée toutes les trois semaines. Chacun devait lire un chapitre, et trouver les réponses à quelques questions que je lui avais remises. À chaque réunion, on discutait ensemble sur les différentes réponses.
Mais puisque l'autre raison de se réunir, c'était la formation à la responsabilité, la deuxième partie de la soirée comportait un côté plus pratique.
A chaque rencontre, j'ai proposé un cas de figure : « Que feriez-vous si... ? » Par exemple : que feriez-vous si un couple de chrétiens de votre Église demande que leur fils qui n’est pas croyant puisse se marier à l'Église » ? Que feriez-vous si on découvrait que le trésorier de l'Église avait pris de l'argent dans la caisse ? Que feriez-vous si un couple de fiancés venait vous dire qu'ils n'ont pas attendu le mariage ? Que feriez-vous si une famille de l'Église commençait à mal parler de l'équipe pastorale ? Nous avons examiné ensemble ces cas de figure. C'était très enrichissant et cela permettait de préparer l’intégration d'éventuels futurs responsables en cherchant ensemble les principes bibliques qui sous-tendent les décisions pastorales.

[...] Il y a donc :
- ceux qui sont en dehors de tout contact avec l'Église;
- les sympathisants ;
- ceux qui ont compris l'Évangile et sont nés de nouveau ;
- ceux qui veulent grandir dans la foi en tant que disciples ;
- les responsables.

 

page 86

L’Église dans la cité

[...] DAVID : L'Église est à la fois dans le monde et séparée du monde - certains prétendent qu'il ne faut pas perdre de vue l'étymologie du mot qui désigne l'assemblée, ekklesia, « appelée hors de ». J'ai lu une belle phrase qui compare l'Église à un bateau : « il faut que le bateau soit dans l'eau, mais il ne faut pas que l'eau soit dans le bateau ». Autrement dit, il faut que les chrétiens soient dans le monde, mais il ne faut pas que le monde soit en eux.
[...]
Chaque Eglise devra chercher sa voie. Parfois on va créer une association humanitaire par exemple. Parfois on va encourager les membres de l'Église à s'engager dans une association laïque existante - tôt ou tard entre bénévoles on va savoir que tel ou tel est chrétien même s'il garde la neutralité envers les bénéficiaires de l'action.

REMI : Est-ce que tu peux me donner des exemples de ce que vous avez fait dans d'autres Églises que tu as implantées ?

DAVID : En province, on a ouvert un vestiaire dans un quartier sensible, et nous étions présents dans des associations telles que le jumelage de la ville avec une ville allemande. Puis, alors que j'étais pasteur en banlieue parisienne, je participais à une cérémonie chaque année, le 8 mai, devant le Monument aux morts, en souvenir des victimes de toutes les barbaries. Je me trouvais donc à côté du prêtre catholique, de l'imam, et du rabbin pour encourager le « vivre ensemble » dans notre commune. Puis plus récemment, dans une autre Église, nous avons ouvert une boutique de commerce équitable comme lieu de témoignage dans le quartier.

 

page 107

Le plafonnement

[...] DAVID : Une cause du plafonnement que je rencontre souvent, c'est la crainte de perdre l'esprit de famille. Je m'explique : on envisage son Église comme une grande famille et on veut à tout prix (mais souvent de façon inconsciente) garder ce fort lien relationnel où on peut se réfugier pour se booster chaque semaine avant de replonger dans un monde ingrat et hostile. Mais en mettant tellement l'accent sur la vie de famille de l'Église, il est difficile pour un nouveau de s'y intégrer.
Bien sûr, je ne plaide pas pour une communion fraternelle atténuée. Pour moi, la vie de l'Église est un argument « apologétique « important. Elle est le tract de Dieu, selon l'enseignement de l'apôtre Paul : « Notre lettre, c'est vous-mêmes, une lettre écrite dans votre cœur, que tout le monde peut connaître et lire » (c'est 2 Corinthiens 3.2 dans la version du Semeur). Néanmoins il faut être conscient de ce deuxième type de nombrilisme. Il faut savoir que chaque nouvelle personne qui vient dans une Église peut tout chambouler au niveau des relations. Parce que cette femme, à la sortie du culte, commence à parler avec Madame A, et la sœur qui discute habituellement avec Madame A va se tourner vers Madame B qui habituellement échange des nouvelles avec Madame C, et ainsi de suite. Il y a comme un effet de billard dans toute l'Église. Cela est déstabilisant pour tout le monde.

RÉMI : Alors quel est l'antidote à ce problème ?

DAVID : Tout d'abord, il faut en être conscient et autant que possible lucide sur les comportements. Former l'Église à l'accueil, insuffler un esprit d'accueil. Mais également prévoir d'autres moments de communion fraternelle forte - je pense par exemple aux groupes de quartier, aux binômes de prière, aux groupes de soutien mutuel. Il me semble que la culture française privilégie les relations dans un groupe. Les PME (comprends par là les petites et moyennes Églises) reflètent cette réalité, pour lutter contre la solitude qui est omniprésente dans notre société. « Il ne faut pas déshabiller Pierre pour habiller Paul », comme on dit. Gardons les relations fortes au sein de la communauté, mais soyons attentifs aux nouveaux venus pour les aider à s'intégrer dans l'Église.

 

page 122

Peut-on viser une « grande Église » ?

[...] DAVID : J'imagine que s'occuper de tant de personnes change tout dans la conception du rôle pastoral. Est-ce que tu peux nous dire comment tu assumes la charge pastorale ?

CHRIS : Pour moi, la clé, c'est le groupe de maison. Je pense que s'il n'y a pas un réseau de groupes de maison qui fonctionne bien, une Église qui dépasse 200 personnes au culte aura tôt ou tard des problèmes.

RÉMl : Quelle est donc la finalité de ces groupes de maison ?

CHRIS : Ils ont quatre fonctions. Il y a un moment d'étude biblique, mais le groupe de maison n'est pas d'abord une étude biblique décentralisée. C'est l'occasion où les gens prient les uns pour les autres (ce que l'on ne peut pas faire bien sûr au culte). Je répète : il y aura l'étude de la Parole, parce que pour moi le dimanche matin ce n'est pas le moment de l'étude de la Parole...

DAVID : Il va falloir revenir sur cette affirmation !

CHRIS : … et il y aura la prière les uns pour les autres. Puis c'est là où les chrétiens vivront la communion fraternelle. C'est là où les gens ont des amis, c'est là où il y a partage, c'est là où il y a convivialité, c'est là où on mange ensemble, c'est là où tout se joue. Et puis, la quatrième chose, qui est la réponse à ta question de tout à l'heure, c'est le travail pastoral décentralisé. C'est là où, quand quelqu'un a un problème à son travail, on prie pour lui. C'est là où, s'il y a un malade, le groupe de maison l'entoure. L'équipe pastorale, le pasteur et son adjoint n'interviennent pas du tout. Le rôle de l'équipe pastorale se limite à deux niveaux d'intervention: en spécialiste là où il y a des problèmes que le responsable de groupe de maison ne peut pas résoudre, ou pour visiter une nouvelle personne. Pour moi, je vois que mon travail pastoral se situe surtout dans ces premiers contacts.

 

page 134

Le débriefing

[...] DAVID : N'oublions pas que la multiplication reste quand même une option viable pour certaines Églises. À mon avis cela dépend de la situation géographique de son secteur. Y a-t-il des voies de communication ou des transports en commun qui permettent aux intéressés de se joindre à l'Église, ou faut-il envisager une nouvelle implantation dans une ville voisine ? En revanche, il faudrait quelques indications objectives pour ouvrir ce nouveau « poste ». Par exemple, des chrétiens de l'Église mère qui habitent déjà sur place et ont à cœur de participer à cette nouvelle implantation. Ou bien un implanteur issu de l'Église mère qui se déclare prêt à y aller ! Ou bien quelques chrétiens de cette Église qui veulent accompagner cet implanteur.

RÉMl : OK, je comprends pourquoi Chris a parlé d'essaimage. C'est comme les abeilles qui partent avec une reine pour créer une nouvelle ruche !

DAVID : Exactement. On parle aussi du principe du fraisier ou, en termes techniques, du « marcottage ». C'est lorsqu'une plante envoie un organe aérien qui s'enterre et s'enracine avant de se séparer de la plante- mère.

RÉMI : C'est très intéressant, mais à ton avis pourquoi si peu d'Églises font-elles ce genre d'essaimage ?

DAVID : Oh, il y a de multiples raisons ! Et la première est tout simplement la classique résistance aux changements. Dans un monde en pleine mutation, il semble normal de s'accrocher à l'existant qui nous sécurise. On est fasciné par le changement mais on le craint également. Il y a aussi la crainte - parfois légitime - que l'on n'ait pas les moyens de lancer un nouveau poste d'évangélisation, une Église naissante. Sans parler de la crainte de l'Église mère de voir partir des éléments dynamiques de la communauté. C'est la crainte qu'elle soit affaiblie par l'essaimage. Restera-t-il assez de musiciens, de monitrices d'école du dimanche, de finances ?

 

 

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