Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français


Dialogue interreligieux

 

 


Religions et modernité

 

Actes du Cinquième Parlement Catalan des Religions

 

Organisé au Palais des Rois de Majorque à Perpignan
par
Amitié Interreligieuse du Roussillon (AIR)
Réseau Catalan des Entités de Dialogue Interreligieux,
Association UNESCO pour le dialogue interreligieux (AUDIR)
Centre UNESCO de Catalogne (UNESCOCAT)
Conseil Général des Pyrénées-Orientales
Municipalité de Perpignan
Région Languedoc Roussillon
Université de Perpignan (UPVD)

 

Sous la direction de Bruno Gaudelet

 

Éd. Presses Universitaires de Perpignan

248 pages - 20 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

25 octobre 2012

Le thème : « religions et modernité » a attiré à ce colloque 400 personnes venues de France, d’Espagne, de Belgique et de Suisse ; Beaucoup d’universitaires et un grand nombre de délégués d’associations religieuses et interreligieuses ainsi que différents représentants du monde politique.

Ce recueil publie les 24 interventions de sociologues, de philosophes et de théologiens protestants, catholiques, juifs, musulmans, bouddhistes, francs-maçons etc.

En voici quelques textes

 

page 26

Religion et modernité
d'un point de vue sociologique

Jean-Paul Willaime
directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études, Sorbonne, Paris

 

La corrélation observée entre religion et niveau de diplôme (15 % de personnes ayant effectué des études supérieures chez les catholiques pratiquants alors que le taux est de 14 % chez les « sans appartenance » et de 24 % chez les « athées convaincus » est essentiellement due à l'âge (les personnes ayant fait peu d'études étant surtout des personnes âgées). Si 41 % des Français expriment un intérêt pour le spirituel, le sacré, le surnaturel, c'est le cas de 49 % des plus diplômés contre 36 % des moins diplômés (alors qu'il n'y a pas de corrélation avec l'âge).
La corrélation entre religion et niveau de diplôme encore observable globalement semble donc être en cours d'inversion. Chez les plus jeunes enquêtés, plus de formation et donc de science, n'apparaît pas incompatible avec la croyance en Dieu et/ou l'intérêt pour le spirituel. Cela vaut aussi pour des croyances plus populaires.
A la question « Pensez-vous qu'un porte bonheur comme une mascotte ou un talisman puisse vous protéger ou vous aider ? », 58 % disent « non certainement pas » (62 % en 1999), mais 18 % donnent une réponse positive (14 % en 1999).
Là aussi, on observe une évolution selon les générations car les jeunes sont plus nombreux que leurs aînés à donner une réponse positive : 25 % des 18-29 ans contre 13 % des 60 ans et plus et 28 % des étudiants.
Pierre Bréchon en conclut que « dans les générations antérieures, avoir fait des études longues rendait plus méfiant et même défavorable aux porte-bonheur. Chez les jeunes, c'est l'inverse: ceux qui ont fait des études longues sont les plus réceptifs ».
Dans un article remarqué, Guy Michelat avait pour sa part montré que les catholiques les plus intégrés - c'est-à-dire les pratiquants hebdomadaires - étaient, avec les athées, les catégories de Français qui étaient les moins réceptives aux croyances parallèles (croyances à l'astrologie, au paranormal, à la sorcellerie, aux extraterrestres... ).
Pourquoi ? Tout simplement parce que ces deux catégories de Français étaient intégrées dans un système structuré : le catholicisme ou l'athéisme, qui leur fournissait un cadre d'appréhension du monde. C'est leur intégration dans un monde symbolique cohérent, respectivement ici celui de la religion catholique ou du rationalisme scientifique, qui les « protégeait » de la croyance au paranormal.

Un autre constat manifestant bien la complexité de la situation est celui relatif aux croyances des personnes se déclarant « sans religion » : toujours selon l'enquête EVS de 2008, en France 44 % des « sans religion » affirment croire en « la réincarnation » et 33 % en « une vie après la mort », Autrement dit, se déclarer « sans religion » ne signifie pas ne pas avoir de croyances et l'on est amené à distinguer les « sans religion croyants » et les « sans religion incroyants ».
C'est le développement du believing without belonging selon la célèbre expression de la sociologue anglaise Grace Davie. Entre des personnes s'identifiant à une tradition religieuse et qui sont peu croyantes et pratiquantes et les personnes qui s'identifient comme « sans religion » et qui adhèrent à certaines croyances, le clivage n'est peut-être  pas aussi profond qu’on le pense.

 

page 133

Islam et modernité

Ghaleb Bencheikh
président de la Conférence mondiale des religions pour la paix

 

A l'aube d'un nouveau siècle un retour du religieux se fait remarquer. Avec ces génuflexions appuyées et affectées devant l'autel de l'irrationnel, il se caractérise par deux dérives principales.

D'abord, la dérive des mouvements sectaires, celle de la nébuleuse mystico-magique avec ses excroissances mystagogiques où l'on va au prisunic du tour spirituel afin de s'approvisionner dans une démarche syncrétique et relativiste en bouddhisme zen, en soufisme, en kabbale, le tout mâtiné dans un hésychasme byzantin réactualisé. Ainsi se fera-t-on sa propre religion nouvelle et irénique avec la bénédiction de quelques faux gourus et pseudo-prophètes. Ceux-ci savent mettre à profit l'exploitation du malaise existentiel des êtres en détresse, proie facile à toutes les manipulations mentales. Ils ne leur proposent qu'un succédané d'une spiritualité vivante et élévatrice.

Puis, la dérive du fondamentalisme, du radicalisme religieux, de l'extrémisme terroriste dont la figure de proue est celle fantasmatique, désormais mythologisée, de Ben Laden reprenant les logorrhées d'une vulgate écrite ou proférée par al Qaeda, confisquant ainsi la tradition religieuse islamique dégénérée, pervertie et avilie. Alors, dans cette configuration qu'y a-t-il lieu de faire ? Quelle est l'attitude éminemment moderne qu'on est en droit d'afficher ?

Les réponses ne peuvent venir qu'avec le réveil des consciences et le lien qui en sera fait. Et ce réveil ne peur advenir, à son tour, qu'après une réflexion approfondie froide séparant les variables distinguant les registres et déconnectant les paramètres tout en ayant une vision d'ensemble de la réalité complexe. Cette analyse intellectuelle ne peut être menée qu'avec une investigation dévastatrice de tout le patrimoine religieux qui s'est constitué par l'amoncellement du commentaire sur le commentaire, sédimenté avec un sacré qui ne cesse d'irradier. L'obésité du sacré et l'inflation de ses appendices englobent, et par là même entravent, quasiment toutes les actions sociales et politiques dans les milieux où la collusion du temporel et du spirituel est prononcée. L'intrication du politique dans le religieux est une marque d'archaïsme dans la gestion des affaires dans la Cité. C'est pour cela qu'on doit subvertir une pensée malade nécrosée et une théologie calcifiée, s'attaquer à l'architectonique doctrinale de la tradition idéologisée. Transgresser les tabous figés afin de déplacer, vers d'autres horizons cognitifs et porteurs de sens, la réflexion sur la tradition et le sacré. Ce travail de sortie des enfermements doctrinaux passe par le dégel des glaciations idéologiques, et l'ouverture des clôtures dogmatiques, de toutes les clôtures, y compris celle moderne de l'esprit humain. Nous comprendrons finalement dans le discernement à distinguer la religion-force de la religion-forme. La première demeure le cadre de référence pour les esquisses d'ébauche de réponse aux sempiternelles questions qui taraudent l'esprit de l'homme, elle lui propose une vision téléologique et une explication eschatologique en droite ligne avec le mystère des origines. La seconde n'est qu'une institutionnalisation des rites et des liturgies en passant au second plan l'expérience humaine du divin et de la transcendance.

 

 

page 219

Pour l’Église catholique et l’Église réformée de France
Célébration œcuménique
à la cathédrale Saint Jean-Baptiste de Perpignan

Homélie finale du pasteur Bruno Gaudelet

 

« Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique,
afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle »

 

Ce verset emblématique du quatrième évangile, qui contient cette belle déclaration de l'amour de Dieu à l'égard du monde, se révèle paradoxal dans sa deuxième partie. L'amour de Dieu pour le monde est en effet affirmé dans la première moitié du verset, mais la seconde moitié affirme, sans état d'âme, le salut des seuls chrétiens. Pourquoi une telle affirmation ? Si Dieu aime le monde, comment envisager qu'il puisse laisser périr la majeure partie de ses créatures ? Quel Père, quelle mère dignes de ce nom, laisseraient périr leurs enfants ?
[...]
Pourquoi donc cette restriction soudaine, placé sur les lèvres de Jésus en Jean 3.16 ? Et qu'en dire à la lumière de l'universalisme de l'Évangile. C'est ce que je vous propose de méditer ce matin.

Le courant universaliste s'affirme dans les livres de la Genèse, Job, Proverbes, l'Ecclésiaste, Esaïe et le livre de Jonas. Il part du principe que, si Dieu est le créateur du monde et des êtres, comme le dit la Genèse, celui qui donne à tous la vie, le souffle et l'être, comme l'affirme Paul à l'aréopage d'Athènes, alors Dieu ne peut pas être le Dieu d'un seul peuple, mais tout au contraire, il doit être le Dieu du monde entier. Cet universalisme est signifié dans la Genèse avec les figures d'Adam et Ève, celle de Noé qui reconduit l'alliance de Dieu pour le monde et surtout avec le personnage d'Abraham à qui Dieu promet de bénir par sa descendance, toutes les familles de la terre.

Le courant restrictiviste  prend forme, pour sa part, avec les livres d'Esdras, Néhémie et les prophètes du retour de l'exil. Ici, c'est le thème de l'élection d'un seul peuple qui prédomine et avec lui la discrimination sur la base des pratiques religieuses, ainsi qu'une certaine forme de nationalisme.

A l'époque de Jésus le courant restrictiviste du monothéisme juif est évidemment représenté par les pharisiens. Jésus illustre et fait aboutir, quant à lui, le courant universaliste. L'idée que le Créateur du monde ne peut être le Dieu d'un seul peuple est en effet à la base même de l'Évangile qui affirme que Dieu est le Père de tous les hommes et qu'il aime tous les hommes. Les juifs fils de Jacob bien sûr ! Mais aussi les centeniers romains, les Samaritains, les gens de Sidon et de Tyr, les Géraséniens, les gens de Césarée de Philippe et tous les gentils de l'autre côté de la rive du lac de Galilée, etc. Par sa théologie du Père qui accueille gracieusement tous les hommes, Jésus a ainsi bel et bien ouvert l'Alliance du Seigneur Adonaï à « toutes les familles de la terre ». Et c'est pourquoi les chrétiens regardent Jésus comme le fondateur d'une nouvelle Alliance où les partenaires ne sont plus Dieu et un seul peuple, mais bien Dieu et toutes les nations. Le milieu judéo-chrétien helléniste fut le premier à comprendre clairement la dimension universaliste de l'Évangile et à fournir au monothéisme chrétien son premier grand missionnaire universel : Saul ou Paul de Tarse.
[...]

Conclusion

Pour conclure ce petit survol historique qui nous éclaire sur le développement de l'Église naissante, je ferai trois remarques :

1) Première remarque

Il faut rappeler qu'il n'est évidemment pas question pour la théologie moderne de faire un tri dans le Nouveau Testament en vue de rejeter les textes qui contrediraient la visée universaliste de l'Évangile ou les visées théologiques de la modernité. Nous avons besoin de tous les textes, car chacun nous donne un certain éclairage sur le contexte historique et théologique dans lequel est né le mouvement chrétien. C'est ici un point fondamental pour comprendre l'histoire et la formation de l'Église chrétienne, mais c'est surtout un point fondamental pour entendre la Parole de Dieu. Ce n'est, en effet, qu'en accédant au cœur des débats, des discussions, des controverses et des enjeux des premiers chrétiens dont le Nouveau Testament se fait l'écho que nous accédons au niveau où se situe la Parole de Dieu pour nous et pour le monde. Autrement dit, ce n'est pas au niveau des textes bibliques du Premier et du Second Testament lus littéralement que se situe la Parole de Dieu, mais bien sur le plan de la réflexion où nom hissent les textes de l'Écriture rédigés au fur et à mesure du développement du monothéisme juif, puis judéo-chrétien.

2) Deuxième remarque

L'universalité de l'Évangile nous invite à ne pas prendre à la lettre les textes du Nouveau Testament qui se révèlent restrictivistes. Il est davantage de bonne méthode de regarder ces textes comme les témoins du contexte historique et théologique des premiers courants chrétiens, mais sans prendre à la lettre leur restrictivité. Si Dieu est le Dieu qui donne à tous la vie, le souffle et l'être, s'il aime le monde, qui pourra l'empêcher de sauver du mal et de la mort ses créatures? Comme le disait le grand théologien catholique Urs Von Baltasar : nous pouvons, et même devons, espérer pour tous. C'est à cette foi que conduit l'Évangile du Christ-Jésus.

3) Dernière remarque

Si Jean 3.16 est un verset paradoxal, disant ensemble l'universalisme de l'Évangile et le restrictivisme hérité du judaïsme du second temple, il ne nous redit pas moins aujourd'hui, que Dieu aime tous les hommes par delà leurs clivages. Cela ne signifie certes nullement que nous n'avons pas à tenir ferme pour la théologie chrétienne que nous croyons fidèle au message de Jésus. Mais cela signifie que, même si nous ne voyons pas avec nos intelligences théologiques limitées comment relier le dépôt chrétien avec celui des autres traditions religieuses, nous devons avoir confiance que Dieu sait aussi parler à ces autres traditions religieuses comme à tous les hommes.

Tenons pour certain, comme le magnifie Jean 3.16, que Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son fils unique, Jésus, afin que le monde entende par lui l'universalité de son amour. Mais n'oublions cependant pas que Dieu sait aussi, dans sa sagesse, parler à ceux qui ne voient pas Jésus comme le « Fils Unique » ou qui ne perçoivent pas les différents sens théologiques que ce titre a pu revêtir dans le développement du christianisme. L'universalisme de l'amour de Dieu affirmé et annoncé par Jésus suffit amplement à rendre ses disciples heureux et ouverts aux autres, tout simplement parce que l'amour de Dieu pour le monde prime nécessairement pour eux, comme pour leur Maître, sur toutes considérations dogmatiques, fussent-elles christologiques.


 

Retour vers interreligieux
Retour vers la page d'accueil
Vos commentaires et réactions

 

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.