Procs intentŽ ˆ Pierre Abraham
Soubeyran par le notaire Jean-Franois Combe
La tannerie Soubeyran Žtait certainement situŽe sur les
bords du Jabron.
Jean-Franois Combe fit assigner Pierre-Abraham Soubeyran le
24 fŽvrier 1774 par devant le juge de Dieulefit pour lui dŽfendre d'Žtendre et
de faire sŽcher ses pŽlades sous les fentres de sa maison d'habitation sise
sur la place Ch‰teauras, ˆ peine de 500 livres d'amende.
Le notaire Combe prŽtendait que de temps immŽmorial, les
chamoiseurs blanchers et mŽgissiers qui avaient leurs tanneries situŽes
au-dessous de la rue du Bourg, le long de la rivire du Jabron, Žtendaient et
faisaient sŽcher sur le gravier de la dite rivire leurs pelades, leurs
r‰clures de peau et dŽpouillements Ç d'icelles È, Ç mais que depuis quelque
temps ils les portent sur la place de Ch‰teauras du dit Dieulefit pour les y
faire sŽcher, ce qui arrive aujourd'huy trs frŽquemment È disait
l'assignation. Il mettait en fait que sa maison d'habitation Žtait situŽe sur
la mme place sur laquelle visaient deux grandes fentres au midi, l'une de la
chambre o il couchait et l'autre de son cabinet, les portes de ses caves et de
ses Žcuries Žtant aussi du mme c™tŽ. II observait ensuite que les laines et
les pelades exhalent une odeur que l'on ne peut supporter sans se trouver mal ˆ
moins d'tre du mŽtier.
II soutenait encore qu'il avait fait des reprŽsentations ˆ
cet Žgard ˆ toutes les personnes de cet Žtat, ces dernires, dont entre autres
Antoine Soubeyran, le propre frre de Pierre-Abraham Soubeyran, avaient enfin
eu attention Ç d'Žloigner leurs pelades au moins de 20 pas de sa maison È, ˆ
l'exception du sieur Soubeyran qui, le 22 fŽvrier, ˆ 8 heures du matin, avait
placŽ avec ses ouvriers et Žtendu des pelades prŽcisŽment sous ses fentres, la
puanteur desquelles le fora de fermer ses fentres et de sortir de sa
chambre.
Pierre-Abraham Soubeyran rŽpondit le 12 avril suivant pour
sa dŽfense : qu'on appelait laines pelades celles que l'on avait recouvertes de
chaux, sur lesquelles cette chaux avait sŽjournŽ pendant un temps suffisant
pour dessŽcher toute leur humiditŽ et les rendre faciles ˆ diviser, ˆ sŽparer
pour les travailler, que cette chaux dessŽchant aussi toutes les particules de
chair qui ont pu rester ˆ la laine lorsquÕon la lve de dessus les peaux, cette
laine ainsi sŽchŽe et sur laquelle il ne restait plus que la chaux dont elle
Žtait recouverte Žtait plongŽe dans l'eau courante qui filtrant ˆ travers de
toutes ses parties entrainait avec elle cette chaux et rendait cette laine
nette et purifiŽe, que c'Žtait en cet Žtat qu'Žtaient ces laines lorsqu'on les
exposait pour les faire sŽcher, et qu'il Žtait ds lors impossible que dans cet
Žtat leur odeur fut de cette espce insupportable que le prŽtendait Me Combe.
Qu'au surplus, tous les autres tanneurs de Dieulefit sont en
usage d'Žtendre leurs laines pelades en sortant de les laver sur la place de
Ch‰teauras apartenant ˆ la communautŽ, surtout ˆ l'Žpoque du 22 fŽvrier que les
laveurs n'ont pas d'autres endroits ˆ Dieulefit propres ˆ Žtendre leurs
marchandises. Me Combe a
soutenu qu'ils les Žtendaient autrefois au bord de la rivire du Jabron :
aurait-il voulu que le dŽfendeur ežt Žtendu les siennes en cet endroit le 22
fŽvrier ? Jamais elles n'eussent ŽtŽ sches, les vapeurs inombrables qui
s'Žchappent de l'eau et qui dans ce temps-lˆ aprs s'tre ŽlevŽes ˆ un degrŽ
plus haut sont forcŽes par la pesanteur de l'air de se reposer sur les objets
qu'elles rencontrent ; ce qui ežt conservŽ ces laines humides, et une humiditŽ
qui dure est une cause de corruption ; qu'encore au 22 fŽvrier 1774, temps
auquel il faisait encore grand froid, comment cette laine a-t-elle pu
infester M. Combe ? par le froid, les pores de toute la matire sont reserrŽes,
or ˆ supposer mme que la laine pelade dŽnudŽe par la chaux, lavŽe ensuite dans
une eau courante, conserve une odeur interne, il est
facile de se persuader qu'ˆ l'Žpoque du 22 fŽvrier, sur les 8 heures du matin,
cette odeur interne n'a pas pu s'exhaler, et que mme si cette laine exhalait
une mauvaise odeur, le fumier que M. Combe met contre le mur de sa maison sent
encore beaucoup plus mauvais.
La
plainte de M. Combe, ajoutait Pierre-Abraham Soubeyran, n'a dÕautre cause que
sa mauvaise humeur, car tous les habitants de Dieulefit ont l'habitude de faire
Žtendre sur la place les uns leur laine Ç surge È mille
fois plus dŽsagrŽable ˆ l'odorat, les autres leur laine pelade, d'autres encore
des pices d'Žtoffe de laine, d'autres encore diverses marchandises dont
l'odeur est des plus fortes.
La suite de l'affaire est inconnue.
Ç Les Soubeyran È page 291