Joseph-Ren
Lombard-Latune
19 octobre 1718 -
29 janvier 1800
Dictionnaire biographique des protestants franais de 1787 nos
jours (tome 3 : H-L)
Les
Lombard sont, l'origine, des propritaires ruraux Vercheny
(Drme). La famille est passe la Rforme, plusieurs de ses
membres sont partis Genve au moment de la rvocation de
l'dit de Nantes (9 dparts, 13 opinitres et 5 convertis dans
la famille, selon son historien), et y ont acquis la
bourgeoisie. Une branche a ajout au dbut du XVIII* sicle le
nom de Latune au sien, la suite de l'acquisition d'une terre
par Daniel Lombard, install Crest en 1683 et mort en 1709
sans avoir fait acte de catholicit . Les Lombard-Latune ont
t connus ds lors soit sous ce nom, soit sous celui de
Latune.
Au
XVIIIe sicle,
Joseph-Ren Lombard de la Tune (19 octobre 1718-29 janvier
1800) est contrleur des domaines du roi en Franche-Comt
jusqu'en 1757, puis il s'installe Crest. Il s'associe avec
son frre an, rest clibataire, Jean-Louis (1717-1787), dit
Lombard de Gnes, parce qu'il a longtemps vcu dans cette
ville, dont il a rapport une belle fortune faite dans le
commerce de la soie et des tissus, et lgue par testament
Joseph-Ren. Ce dernier a install une fabrique de ratines de
laine (expdies Genve pour y tre teintes et apprtes)
qui emploie en 1787 90 ouvriers, presque autant que ses six
concurrents runis. Il a t lu chevin de Crest en 1787,
malgr l'opposition du vice-snchal (qui invoquait son
protestantisme) ; sous la Rvolution, il est lu juge du
district de Crest et administrateur du dpartement.
Il
avait pous sa cousine Madeleine Allon (1730-1802),
dAnnonay, fille de ngociant. Le couple a eu quatre enfants,
dont deux fils.
Paul-Ren-lisabeth
Lombard de la Tune
2 avril 1765 - 15
novembre 1829
Il est lve en 1780
l'Acadmie de Genve. Il fait partie de la dputation du
district de Crest la fte de la Fdration, le 14 juillet
1790 Paris ; il devient conseiller municipal de Crest en
1814 et membre de la Chambre consultative des Arts et
Manufactures. Lors des Cent-Jours, il est lu la Chambre par
l'arrondissement de Die. Puis il devient adjoint au maire de
Crest (1817-1820), maire de 1820 sa mort, et conseiller
d'arrondissement de Die. Sa fortune tait value entre 300 et
400 000 francs. Il a t dcor, comme son frre, de la Croix
du Lis par Louis XVIII (mais ne l'aurait pas porte). Membre
du Consistoire de l'glise rforme de Crest.
Il a pris jeune la
tte de la fabrique familiale. Le choix dcisif, en 1806, a
tenu dans l'achat, avec son frre cadet, d'une fabrique de
cartons Blacons. De longue date, les eaux de la Gervanne ont
permis d'activer des moulins farine, puis, sous l'impulsion
d'un Italien tabli Crest, d'un moulin papier, qui tait
abandonn au moment de l'achat par les Lombard-Latune. Ces
derniers relancent la fabrique de papier en 1817, avec l'aide
d'un papetier que les Canson, leurs amis d'Annonay, leur
envoient, et qui fait venir d'Auvergne des ouvriers
spcialiss. C'est le dbut d'une petite saga industrielle (89
ouvriers et employs en 1829, 278 en 1869 ; l'usine de papier
est la plus importante de la Drme). La notice de
Paul-Ren-lisabeth dans le dictionnaire des Grands
notables du Premier Empire insiste sur sa spcificit de
prcurseur de la grande industrie, donnant l'exemple de
transfert de capitaux acquis dans le commerce vers
l'industrie.
La papterie Latune
est le type mme d'une industrie autour de laquelle s'organise
la vie de tout un bourg. Les btiments se sont ajouts les uns
aux autres, avec pousse en hauteur et construction de deux
chemines, aujourd'hui dtruites ; les cartes postales
anciennes rvlent l'harmonie d'un ensemble intgr, avec
logements et jardins pour les ouvriers, dans le cadre d'un
paternalisme social alors trs rpandu dans le patronat
protestant : socit de secours mutuels, caisse de retraite,
assurance gratuite contre les accidents du travail, cole
gratuite pour les enfants des ouvriers, socit cooprative
d'alimentation. Le gographe Raoul Blanchard signale, en 1926,
que l'une des supriorits de la papterie de Blacons, et
d'autres dans la rgion, tient au recrutement ais d'un
personnel dans le voisinage, parmi de petits cultivateurs peu
rvolutionnaires (pas de grve en 1851, alors que les usines
Morin, Dieulefit, sont touches). Cependant cet isolement
dans la paix des champs a sa contrepartie : les difficults
de transport (Blacons est 4 kilomtres de la premire gare).
Il a donc fallu se spcialiser dans des papiers de qualit :
bristols, papiers pour machine crire et registres, buvards,
articles trs blancs, mais aussi cartes jouer, sont
fabriqus Blacons.
Le chiffon a longtemps
constitu la matire premire ; il a t remplac par la pte
de bois dans les annes 1930. La Gervanne, dont l'eau est trs
pure (c'est un lment dcisif), apporte la force motrice (la
chute d'eau est de 25 m), mais la saison des basses eaux
contraint installer une machine vapeur (1847) ; en 1905,
un canal driv de la Drme alimente une turbine lectrogne.
Larrive d'une lectricit extrieure ne remonte qu' 1947.
L'usine comprend en 1852 II machines cylindre, de
fabrication hollandaise, mais aussi, partir de 1830, l'une
des machines papier inventes par Nicolas-Louis Robert. Elle
emploie 190 personnes en 1898 (70 hommes et 120 femmes) et
produit cette anne-l 550 tonnes de papiers divers. Le nom
de MM. Latune est l'gal, aujourd'hui, de ceux des Canson et
des Montgolfier, et les beaux papiers sortis de leurs ateliers
rivalisent d'clat, de souplesse et de solidit avec ceux
d'Angoulme et d'Annonay , crit Juste Ollivier ds 1837 dans
l'Album du Dauphin.
Lexploitation a t
poursuivie par les Lombard-Latune jusqu' la fermeture en
1972. La municipalit a rachet et rhabilit les btiments
partir de 1986, pour y installer une srie d'quipements
publics (salle polyvalente, mairie, salle de tennis de table,
maison pour tous, ple multi-services, logements sociaux).
Paul-Ren-lisabeth
Lombard-Latune avait pous en 1795 sa cousine
Jeanne-Charlotte-Catherine Morin (1770-1849), fille d'tienne,
ngociant de Dieulefit. Le couple a eu trois enfants : Marie
(1796-1865), marie en 1822 avec son cousin germain Henri
Morin, de Dieulefit.