David Rigaud

 

Dictionnaire biographique de la Dr™me

 

Pote-marchand du 17e sicle, gŽnŽralement donnŽ comme Žtant de Crest, naquit ˆ Crupies, petit village du canton de Bourdeaux, dĠun pauvre cardeur de laine.

Ayant embrassŽ de bonne heure le mŽtier de colporteur, il sĠessayait ˆ rimer, bien que

Ne cognoissant ny A ny B

LorsquĠon lui conseilla

De sĠadonner ˆ la lecture,
O il fit un si grand profit,
Que ceux-lˆ qui lĠavoient instruit
Mescogneurent son escripture.

Ce dŽveloppement intellectuel, loin de nuire ˆ ses affaires, y aida, maints seigneurs de la contrŽe sĠŽtant intŽressŽs ˆ ce porteballe, qui les rŽcompensait de leurs bontŽs pour lui en leur adressant des vers dĠassez grossire structure, mais plaisants, si bien quĠau bout dĠun certain nombre dĠannŽes, il Žtait Žtabli ˆ Crest, gros marchand dĠŽtoffes, ayant pignon sur rue et, ds 1644, ˆ Allex, cette propriŽtŽ de lĠIsle que possdent encore ses descendants.. Rimaillant toujours, il devint, en somme, assez riche pour pouvoir faire imprimer successivement trois recueils de ses Ïuvres, qui ne sont en gŽnŽral, il faut bien le reconna”tre, que de la mŽdiocre prose rimŽe.

Ce quĠil appelle son pome de la Cigale nĠest mme quĠune longue suite de rŽponses et de rŽpliques entre son ami lĠavocat Jean-Thomas Vincent et lui et le seul mŽrite de cette Ïuvre est de nous avoir conservŽ quelques Žchantillons du patois crestois de son temps et nullement dĠavoir inspirŽ, si peu que ce soit, Molire, quoi quĠon ait pu dire. CĠest une grosse erreur Žgalement que de prendre notre marchand pour un Ç joyeux viveur È, comme on lĠa fait ; car sĠil aimait ˆ rire et si pour cela il rimait, il se prŽoccupa surtout dĠarrondir son pŽcule, ainsi que le prouvent ces vers :

Si mon style paroist grossier,
Comme provenant dĠun mercier
Voicy tout ce qui me console :
Que si je nĠay pas de savoir
Ce que jĠay mangŽ ˆ lĠescole
Est encore dans mon comptoir.

Il ne nous a pas ŽtŽ possible de trouver lĠacte de dŽcs de David Rigaud, mais son dernier testament fait ˆ Crest, est du 12 mars 1658 ; il y ajouta un codicille, le 22 avril 1659 et le 9 juin suivant, on dressait lĠinventaire de sa succession. Or, il rŽsulte de ce testament que notre pote-marchand Žtait protestant et quĠil Žpousa dĠabord une demoiselle Valentin, de laquelle il eut Gabrielle Rigaud, femme du marchand Bodon Richard ; puis, Thabita Banq, qui le rendit pre de trois fils et dĠune fille : Jean, David, Louis et Marguerite Rigaud. LĠa”nŽ de ses fils a laissŽ un journal qui, publiŽ pour la premire fois en 1830 dans la Ç Revue trimestrielle È de Buchon (III, 207-210) a ŽtŽ ensuite rŽimprimŽ plusieurs fois ; on y voit que ce Jean Rigaud ayant ŽtŽ persŽcutŽ pour sa religion abjura le protestantisme le 1er octobre 1685, puis alla sa rŽfugier ˆ Genve avec sa femme Isabeau Gounon et son fils Michel. Ajoutons que Jean Rigaud Žpousa en premires noces (10 juillet 1654) Isabeau Jaumard, fille de Michel, bourgeois de Veynes ; et pour ce qui regarde son journal, disons quĠil suffit dĠy jeter un coup dĠÏil pour voir quĠil a ŽtŽ mal copiŽ.