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L'affaire des tchadors iraniens


 

Claudine Castelnau

 

 
3 octobre 2022


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Masih Alinejad


Mahsa Amini était en visite à Téhéran avec sa famille lorsqu'elle a été arrêtée par la police des mœurs, qui applique les règles du gouvernement iranien sur la manière dont les femmes doivent s'habiller. Malgré les protestations de sa famille, elle a été conduite dans un centre de détention. Les responsables ont rapporté qu'en quelques heures, Mahsa Amini avait été admise à l'hôpital « en état de mort cérébrale ». Trois jours plus tard, elle a été déclarée décédée. Les autorités ont attribué la mort de Mahsa Amini à des problèmes de santé, mais sa famille et des manifestants à travers l'Iran pensent qu'elle a été torturée. La nouvelle de sa mort a déclenché des manifestations dans tout l’Iran avec des arrestations et des morts. Puis la protestation contre l’Etat iranien a gagné dans le monde qui dénonce la répression de l’Etat. Et l’on a vu en Iran des femmes enlever et brûler leur foulard ou même se couper les cheveux en signe de protestation véhémente, de refus de cette dictature du vêtement pseudo islamique qui recouvre d’autres dictats contre les femmes. Et il semble que si dans les années passées, le gouvernement des ayatollahs avait réussi à mâter un certain nombre de manifestations, comme celles en 2009, contre des élections présidentielles considérées comme truquées.

Ces élection avaient amené au pouvoir Mahmoud Ahmadinedja, un islamiste ultraconservateur qui a annoncé qu’il était de nouveau candidat à la présidence de l’Iran aux élections de l’an prochain. Des millions de personnes avaient manifesté, l’armée avait ouvert le feu sur la foule, on avait compté des dizaines de morts, des milliers d’arrestations avec viols et tortures.  En 2019, les protestations dans la rue contre la hausse du pétrole avaient été réprimées violemment par les Gardiens de la révolution et s’étaient soldées par quelque 1500 morts. Cette fois-ci, les manifestants recouvrent toutes les couches sociales. « Il existe une demande politique unificatrice », la légitimité du régime de l’Ayatollah Ali Kamenei est remise en question et le peuple iranien souffre en raison des sanctions économiques qui frappent l’Iran, d’une corruption politique endémique, le tout aggravé par la pandémie de Covid 19 et des règles sociales strictes et qui parassent absurdes. « Alors, au lieu d’organiser de grandes manifestions dans la capitale, relève une observatrice, les manifestants ont choisi de participer à de petites manifestations à travers le pays, ce qui éparpille les ressources policières. Et ils réclament un changement de régime et non plus quelques réformes qui ne changent rien, et la fin de la théocratie (les religieux au pouvoir depuis l’ayatollah Khomeini) [...]


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Photos de Mahsa Amini  et des cheveux que se sont coupés les manifestantes

 

Quoi qu'il arrive en Iran, il est clair qu'il y a eu une fracture importante, peut-être irréversible, entre l'État et le peuple qu'il est censé gouverner. » À titre d'exemple, cette observatrice cite une photo qu'elle a vue de deux femmes prenant leur petit-déjeuner dans un café d'un quartier populaire de Téhéran, sans leur hijab (la tête nue). « Je me demande comment ce genre de subversion quotidienne ordinaire va transformer la société », dit-elle. Pourtant, on note que des députés iraniens ont demandé la suppression de la police des mœurs comme un geste d’apaisement ou plus. Pour l'Organisation pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, une organisation influente affiliée à l'État iranien, « il faut cesser d'arrêter et de poursuivre les personnes portant mal leur voile car cela a pour effet d'accroître les tensions sociales. Il faut amender la loi pour que cela soit considéré uniquement comme une infraction ». Et revoir les méthodes de ces patrouilles. Mais d’autres vont plus loin. Comme Moeenoddin Saeedi, undéputé plus radical qui n’hésite pas à dire : "Je crois qu'en raison de l'incapacité de cette police des mœurs à faire comprendre la culture du hijab, cette unité devrait être supprimée, afin que les enfants de ce pays n'aient pas peur quand ils croisent cette force. »




La semaine passée, le magazine américain The New Yorker a raconté la rencontre d’un de ses reporters avec Masih Alinejad, ancienne journaliste à Téhéran, exilée aux Etats-Unis et féroce opposante au régime iranien. Depuis 2014, elle fait campagne, depuis les Etats-Unis et au péril de sa vie, pour encourager les femmes iraniennes à refuser « d’endurer plus longtemps les indignités quotidiennes dont elles sont victimes », dont le harcèlement des Gardiens de la révolution. Elle utilise les réseaux sociaux pour mobiliser et recevoir des informations, des vidéos qu’elle répercute, montrant le visage caché de ce harcèlement qui va jusqu’au meurtre d’opposants. Sa sœur mariée à un Gardien de la révolution l’a désavouée à la télévision iranienne et son frère a été emprisonné pour avoir refusé de participer à un projet de kidnapping du gouvernement. Enfin depuis 2019 le président du tribunal révolutionnaire de Téhéran, a annoncé que tout envoi de vidéo à Masih Alinejad est un crime passible de 10 ans de prison.

Ce qui n’empêche pas les vidéos d’affluer : jeune fille allongée dans une mare de sang après avoir été battue, manifestant abattu par la police, femme jetant son hijab dans le feu… signes que le régime tente d’écraser les manifestations mais tente aussi d’interdire à ces images de violence dont il est redevable de sortir d’Iran. Des vidéos ont aussi montré des foules affrontant la police et les miliciens du régime et scandant « Mort au Guide suprême de la Révolution islamique », Ali Khamenei. Cet ayatollah qui occupe le poste politique et religieux le plus élevé de la République islamique d’Iran a succédé à l’iman Khomeiny et ces cris de mort contre lui sont un signe de la violence qui règne et d’un régime qui a perdu toute légitimité. « Le régime iranien sera renversé par les femmes. J’y crois », affirme Masih Alinejad.



L’affaire des tchadors iraniens, « un événement international majeur », écrit le chroniqueur du Monde Philippe Bernard, ce week-end, a du mal à susciter le soutien et la solidarité de la gauche française empêtrée, comme les « insoumis » et les Verts, dans leurs affrontements internes. « En réalité, la révolte anti-tchador des Iraniennes renvoie la gauche à une question qui n’a cessé de la fracturer depuis 1989, année de la fatwa contre Salman Rushdie lancée par l’ayatollah Khomeyni, et de l’exclusion d’élèves voilées d’un collège de Creil. Le foulard islamique est-il un accessoire vestimentaire dont la signification relève strictement de la libre interprétation individuelle ou bien un vecteur politique de domination ?

La première réponse est majoritaire au sein de la gauche réunie dans la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes). [...] Cette réalité iranienne d’un voile, instrument d’oppression politique sous le couvert de la religion, heurte dans les pays où l’islam est minoritaire et qui  tendent à présenter le voile soit comme un simple « morceau de tissu », soit comme un instrument d’émancipation, de résistance à une société postcoloniale [c’est le cas en France dans les milieux issus de l’immigration maghrébine], voire l’expression d’un féminisme islamique […] Mais quand Jean-Luc Mélanchon affirme sur son blog à la fois que c’est « un événement féministe majeur » et en même temps que « le foulard retiré ou brûlé n’est sans doute pas un objet de “lutte” en soi , l passe sous silence la centralité du foulard dans le système répréssif iranien, le rôle d’étendard qu’il a joué depuis que la révolution islamique de 1979 l’a imposé en symbole de modernité, en norme musulmane et l’arme mondiale de l’islamise politique qu’il est devenu depuis lors ».

Le chroniqueur du Monde cite ainsi une journaliste qui écrit que « le succès de la révolution iranienne joue un rôle capital dans l’incroyable recrudescence du voile à la surface du globe à partir des années 80, là où on ne le voyait plus et même où on ne l’avait jamais vu. »  Il n’est pas question de nier le gouffre qui sépare les contextes iraniens et français : port du voile obligatoire en Iran, droit de porter le foulard, en France, « sans jamais oublier que le foulard [le tchador, la burka, etc) est aussi un instrument d’oppression [des femmes ] ailleurs dans le monde et une puissante arme politique transnationale. »



L’hebdomadaire Marianne, le 29 septembre, va plus loin dan la colère : « On a tué une femme pour un voile mal ajusté. Vous croyez qu’elles enlèveraient le leur, par simple solidarité ? Que non ! Les femmes voilées en Occident sont comme les « jaunes » dans les grèves : elles choisissent l’oppresseur, la loi du mâle, contre la révolte des femmes. [...] Le voile disparaissait progressivement en Orient. Il est revenu dans les années 1970 comme un étendard de l’islamisme le plus radical, dans l’Iran de Khomeyni, dans l’Égypte des Frères musulmans, qui se servent aujourd’hui de la tolérance et de la liberté des pays démocratiques pour l’imposer, et crier à l’islamophobie dès lors qu’on y voit ce qu’il est vraiment : une allégeance assumée aux doctrines les plus rétrogrades. [...]

Comment ne pas voir que partout où il y a le voile obligatoire, il y a des lois qui considèrent les femmes comme mineures, qui condamnent les femmes adultères à la lapidation, même en cas de viol, qui leur interdisent de conduire ou de sortir sans être accompagnées, et que le voile est le symbole de l’acceptation de cet ordre ? [...]

 

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