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La Reine

 

Claudine Castelnau

 

 
19 septembre 2022

Dans sa chronique sur l’actualité internationale du 16 septembre intitulée « L’Empire de la reine, celui de Poutine », le journaliste du Monde, Alain Frachon, écrit :
« Elle [il s’agit de la reine défunte] a accompagné avec grâce la dissolution d’un empire ; il [Poutine] entend par la guerre, en reconstituer un. Elle s’est efforcée de maintenir une aimable communauté avec les pays qui s’émancipaient de la tutelle de Londres [...]  Elizabeth « a prouvé que la fin d’un empire pouvait être affaire  de réconciliation et non de revanche. Poutine, lui,  s’attache à semer la peur et le malheur  dans un « étranger proche » que l’histoire et la géographie condamneraient à vivre sous la botte de Moscou […]
Les anciens dominés de l’URSS ou de l’empire russe ne veulent pas comprendre qu’ils doivent rester assujettis au Kremlin ? On le y forcera [...
] Il mène sans la nommer] une guerre de reconquête […] une sorte de colonialisme de proximité. En revanche, on peut établir un lien entre l’obsession impériale de Poutine et la médiocrité pour ne pas dire plus de la situation économique et sociale d’une majorité de Russes.
Sur la manière de survivre brillamment à la fin d’un empire [le Commonwealth], la dame de Buckingham savait des choses que l’homme du Kremlin ignore toujours ».



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La reine savait par exemple, les « péchés coloniaux de la Grande-Bretagne » et « le rôle de la monarchie dans l’héritage douloureux pour plus de deux milliards de personnes dans les pays qui avaient été gouvernés  au nom de la couronne. Alors que ces colonies obtenaient leur indépendance, la reine Elizabeth aurait pu se distancier des actions de ses prédécesseurs , elle ne l’a pas fait . Il n'y a eu aucune excuse, aucun regret, aucune honte, aucune réparation, aucune responsabilité morale reconnue de la part de la reine Elizabeth II pour les crimes commis au nom de la couronne », relève le média politique américain Politico.


Bien sûr, la reine n'a commis aucun des crimes coloniaux de la Grande-Bretagne – bien qu'on ignore ce qu'elle savait de la répression violente des rébellions au Kenya, au Yémen et à Chypre qui ont eu lieu lors de son règne. Mais son apolitisme rigide fait qu'elle évitait tout engagement significatif avec le passé colonial de son pays ou la reconnaissance de ses péchés.


La reine Elizabeth a soigneusement mis à distance tout ce qui était politique [...] se concentrant plutôt sur la coupe de rubans, la visite d'organisations caritatives, les sacs à main, ses chiens et sa réputation.


Mariages, divorces, accouchements, des événements sans poids politique ou moral sont devenus le trait dominant de sa vie professionnelle.


Cela contraste avec son homologue, le roi Philippe de Belgique, qui tente publiquement de se réconcilier avec l'horrible héritage colonial de son pays en République démocratique du Congo - où la monarchie belge a joué un rôle primordial. Et des mouvements républicains en nombre croissant s’implantent comme à La Barbade devenue une république l’an passé ou en Australie, au Canada, ... qui demandent excuses et réparation pour l’esclavage subi.


« Pendant ses 70 ans sur le trône, votre grand-mère n'a rien fait pour réparer et expier les souffrances de nos ancêtres qui ont eu lieu pendant son règne ou pendant toute la période de la traite des Africains, de l'esclavage et de la colonisation », n’ont pas hésité à rappeler véhémentement des manifestants en Jamaïque, ou au Belize, lors du voyage récent du prince William et de sa femme Kate. Le charme de la reine Elizabeth ne suffit plus. Désormais, ses héritiers devront vivre dans un monde où les sujets se font entendre et réclament réparation pour les souffrances passées et reconnaissance de leur dignité.


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Alors pourquoi le silence, le mutisme, le refus de s’engager de celle qui s’est présentée comme une chrétienne fervente au long de sa vie ? A Noël de l’an 2000 par exemple, dans un discours rédigé par elle, contrairement aux discours officiels écrits par d’autres, elle confiait :  
« Ce qu’a enseigné le Christ et le fait que je doive rendre des comptes devant Dieu me donnent un cadre pour vivre mon existence. Comme beaucoup d’entre vous, dans les moments difficiles, je tire un grand soutien de la vie et de l’exemple du Christ. »


C’est peu dire qu’Elizabeth II a pris à cœur son titre, très officiel, de « Défenseur de la foi » et gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre. Un titre honorifique (l’autorité de l’Église d’Angleterre est, en réalité, entre les mains du synode et de l’archevêque de Canterbury) et limité à l’Église d’Angleterre et du pays de Galles (l’Écosse et l’Irlande du Nord ne reconnaissant pas ce titre), mais que la reine a toujours pris très au sérieux.


Elle avait promis lors de son couronnement de protéger le statut de l’Église anglicane d’Angleterre, Église établie. Charles III, officiellement nouveau défenseur de la foi et gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre a déjà dit qu’il se voudrait défenseur de toutes les fois et plus seulement de la Foi anglicane, ce qui avait suscité une intense controverse !


Lors de sa première allocution en tant de roi, Charles III a souligné  « la responsabilité particulière du souverain  envers l’Église d’Angleterre  dans laquelle « ma propre foi est si profondément enracinée », tout en promettant « de servir avec loyauté  ceux d’autres origines ou croyances . »

 

 


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