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La reine Elizabeth II

 

Claudine Castelnau

 

 
10 septembre 2022

 


« Elizabeth II, figure d’incarnation immaculée, installée dans les sommets de l’histoire »


                                                       tribune parue dans Le Monde le 9 septembre


                                                                       Jean Garrigues

président du Comité d’histoire parlementaire et politique


Qui pourrait égaler la reine en France ? Le général de Gaulle, à l’origine de la V République, – la plus régalienne des Constitutions françaises –, mais cela ne compense pas le déficit d’incarnation du pouvoir ressenti par une partie des Français, explique l’historien Jean Garrigues dans une tribune au « Monde ».

 

La disparition de la reine Elizabeth II, au terme d’un règne de soixante-dix ans, pose la question cruciale de l’incarnation dans un régime démocratique. Depuis 1952, à travers toutes les vicissitudes personnelles et collectives que « The Queen » a traversées, elle a réussi incontestablement à incarner son pays et son peuple, mieux que n’importe quel chef d’Etat républicain.

Tout au long de son règne, y compris au plus bas de sa popularité, en 1992, l’« annus horribilis », elle a conservé l’adhésion des Britanniques, dont les trois-quarts la vénèrent au moment où elle disparaît. Cette popularité exceptionnelle, en dépit du caractère suranné de l’institution monarchique et des mille et une critiques qu’elle a suscitées, s’explique en partie par la longévité exceptionnelle de son règne (1952-2022), mais pas seulement.

Elle tient à la personnalité même d’Elizabeth, qui a su exercer son rôle de reine avec hauteur mais aussi discrétion, bienveillance et humour, qualités particulièrement prisées des Britanniques. Elle relève aussi d’un récit historique, magistralement scénarisé par l’entourage royal, qui a su mettre en scène les péripéties du règne, les moments de gloire ou d’infortune, sans que l’image de la reine en soit jamais durablement écornée.

Mais, plus fondamentalement, ce qui fait la popularité d’Elizabeth, c’est sa relation intime avec l’histoire de son peuple, depuis ce jour de 1940 où, âgée de 14 ans à peine, elle s’est adressée aux jeunes Anglais à la radio pour les soutenir dans l’épreuve de la guerre, en concluant : « Nous savons, chacun de nous, que tout se terminera bien. » Dès ce moment, les Britanniques ont compris qu’elle serait à leurs côtés à travers vents et marées, guerres et crises, comme une figure maternelle et protectrice, insubmersible incarnation de leur résilience patriotique.

Et tandis que se succédaient les premiers ministres au 10 Downing Street, de Winston Churchill à Liz Truss, elle est restée ainsi, sur les hauteurs de la fonction monarchique, imperméable aux aléas de la vie politique, respectant strictement son devoir de réserve, dénuée du pouvoir de gouverner, mais débarrassée de la charge critique qui accompagne ce pouvoir, figure d’incarnation immaculée, installée dans les sommets de l’histoire.

C’est exactement le contraire de ce qui est arrivé dans une autre démocratie de référence, la nôtre. Lorsque, en 2012, un sondage demanda aux Français qui incarnaient le mieux la France à leurs yeux, ce sont des figures du passé qui leur vinrent à l’esprit, en premier lieu le général de Gaulle, loin devant Napoléon, puis Louis XIV, tandis que Nicolas Sarkozy, le président de la République alors en fonction, n’apparaissait même pas dans la liste, pas plus que ses prédécesseurs.

Seul émergeait François Mitterrand, monarque républicain par excellence, alors décédé depuis plus de quinze ans. C’était l’illustration symptomatique de la difficulté des chefs d’Etat français, pourtant dotés des plus vastes pouvoirs dans les démocraties occidentales, à jouer ce rôle d’incarnation que la reine Elizabeth a interprété avec talent et bonheur.

Pourquoi un tel déficit d’incarnation dans un régime comme le nôtre, conçu pour faire du président de la République le représentant de tous les Français ? On peut y voir une méfiance atavique envers la personnalisation du pouvoir, héritée de la légende noire de la monarchie absolutiste puis des deux expériences bonapartistes qui ont marqué le XIXe siècle. « Un homme peut-il incarner la République. Non !, affirmait Léon Gambetta, au début de la IIIe République, car c’est dans le caractère collectif, unanime, général du gouvernement républicain que se trouvent son excellence et sa supériorité. »

Gambetta était l’héritier d’une tradition venue de la Révolution française, qui refusait à un seul le magistère d’incarnation, le déléguant au Parlement et symboliquement à Marianne, l’allégorie de la France républicaine. Le paradoxe, c’est que ce dernier, surnommé le « commis voyageur de la démocratie », apparaissait aux Français des années 1870-1900 comme l’incarnation iconique de la République naissante, comme plus tard Georges Clemenceau et Charles de Gaulle.

Notre histoire républicaine est en effet paradoxale. Elle se veut absolument démocratique, mais elle regarde en permanence vers des figures d’autorité, voire vers des hommes providentiels. A cet égard, le général de Gaulle est l’archétype de cette pulsion de fascination pour le sauveur. Il est le premier depuis Napoléon à avoir su synthétiser à la tête de l’Etat la figure du rassembleur, celle du patriote et celle du protecteur, qui forment le triptyque de l’incarnation.


Un président qui joue un jeu de rôles

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle sa légende s’est imposée au fil des décennies comme le référent majeur, voire unique, de la gouvernance, le modèle sans cesse invoqué par la droite comme par la gauche. Il y a un gaullisme de l’incarnation qui plane sur la Ve République comme la figure de Bonaparte avait régné sur le premier tiers du XIXe siècle, mythique et idolâtrée. Ceux qui l’ont suivi ne pouvaient que marcher sur ses traces, à leur manière, plus ou moins heureuse, efficace ou moins incarnée.

Mais, au temps de l’imitation, a succédé, insensiblement, sans que l’on s’en rende bien compte, celui de la désincarnation. La référence gaullienne est devenue une sorte de rituel commémoratif, privé peu à peu de sa substance culturelle, emporté dans le courant de la politique spectacle et du storytelling. Au début du XXIe siècle, l’incarnation présidentielle, sans cesse revendiquée, semble réduite à un jeu de rôles auquel l’opinion ne croît plus vraiment.

Cette difficulté à incarner est le symptôme d’une société en manque de repères, qui ne sait plus à quelles valeurs se fier pour évaluer la pertinence du politique. La référence incantatoire aux valeurs et aux mythes républicains suscite au mieux l’indifférence, au pire le rejet de la part d’une grande partie des Français, notamment parmi les plus déshérités.


Des présidents omnipotents mais mal aimés

Dans ces conditions, le processus d’incarnation, indispensable pour légitimer la gouvernance démocratique, est indissociable d’un gigantesque effort de pédagogie et de reconquête culturelle, adossé à une reconstruction en profondeur du tissu social. On peut d’ailleurs se demander si la reconstruction de l’unité ne doit pas commencer par la remise en question de l’institution présidentielle, en tout cas par sa transformation.

Force est de constater que la reine Elizabeth, sans pouvoir de gouvernance, est beaucoup plus populaire qu’Emmanuel Macron, le président jupitérien. On pourrait d’ailleurs ajouter que les présidents de la IIIe et de la IVe République, les Emile Loubet, Armand Fallières, Gaston Doumergue, Vincent Auriol ou René Coty, dont les pouvoirs se bornaient, selon de Gaulle, à « inaugurer les chrysanthèmes », semblaient bien plus aimés que nos derniers présidents de la Ve. Exonérés de la gouvernance confiée au gouvernement, ils pouvaient prendre le recul et la hauteur nécessaires pour apparaître comme des figures de rassemblement et d’unité patriotique.

De Gaulle a bouleversé les règles en imposant une république présidentielle, adossée à son prestige personnel de héros de la Résistance, puis, à partir de 1962, à la légitimité du suffrage universel. Mais, au fur et à mesure que les chefs de l’Etat ont élargi leur pouvoir, jusqu’à l’hyperprésidence, ils ont perdu en popularité. L’évolution n’a pas été linaire, mais, Sur le temps long de la Ve République, cette évoution a été spectaculaire, aboutissant à ce paradoxe de présidents omnipotents, mais mal aimés.

Tout le contraire de la reine Elisabeth. Faut-il en conclure qu’une révision constitutionnelle s’impose, afin de revenir à l’inauguration des chrysanthèmes, c’est-à-dire à une présidence dégagée des contingences de la gouvernance et retrouvant la hauteur nécessaire pour incarner l’unité de la nation ? La question est posée, et la disparition de la souveraine britannique lui donne une singulière actualité.


 

 

Claudine Castelnau


Le souverain britannique est chef de l’Église et « Protecteur de la foi ». Cela ne signifie pas qu’il intervienne dans les affaires ecclésiastiques mais au contraire qu’il en garantisse la liberté contre toute intervention extérieure. C’est le roi Henri VIII qui a fait entrer au XVIe siècle l’Église d’Angleterre dans le grand mouvement de la Réforme en déclarant que ce n’était plus le pape qui la dirigeait mais lui-même.

C’est ainsi par exemple, que les évêques anglicans ne sont pas nommés souverainement par le pape mais doivent être élus successivement à la majorité par les trois chambres des évêques, des prêtres et des laïcs.

Ce n’est pas non plus l’archevêque de Cantorbéry qui dirige la Communion anglicane. Il vient d’ailleurs de déclarer ces derniers jours que celle-ci était une fédération de communautés libres. Ainsi certaines, comme l’Église épiscopalienne des États-Unis, admettent les mariages homosexuels, l’ordination des femmes prêtres et évêques et des homosexuels, alors que d’autres, notamment en Afrique, s’y refusent et se regroupent entre elles.

N’ayant donc pas d’autorité centrale pour décider des mœurs et des dogmes, la Communion anglicane comprend d’une part des théologiens, des évêques, des fidèles dont les positions se rapprochent de celles de l’Église catholique (on dit qu’ils sont « haute Église ») alors que d’autres sont proches des protestants les plus libéraux. (« basse Église »).

N’ayant aucune tradition d’autorité « royale » centralisatrice, les anglicans ont habituellement une attitude fraternellement tolérante et ouverte à l’égard des autres Églises, acceptent d’y communier et invitent leurs fidèles à participer à leur communion. Ils participent pleinement au Conseil Œcuménique des Églises dont ils sont même membres fondateurs car leurs dirigeants acceptent sans aucune difficulté de siéger à égalité aux côtés des dirigeants des autres Églises (ce que le pape catholique n’admet pas pour lui-même).

On comprend dès lors l’impossibilité pour l’Angleterre d’avoir un roi catholique ou marié à une catholique. Le roi Charles III vient de mentionner à nouveau la possibilité de représenter lui-même toutes les religions présentes sur le sol anglais mais lorsqu’il avait cette même proposition en 1994, leurs représentants avaient tous préféré le maintien du statu quo, l’Église anglicane dont le roi est le Gouverneur suprême, les protégeant équitablement et parfaitement contre toute atteinte, avaient-ils déclaré.

Cette autorité sur l’Église attribuée au roi n’est, certes, que théorique, mais on voit que, combinée au caractère traditionnellement non autoritaire des Anglais, elle induit un style de grande liberté spirituelle.

 

 

 


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