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« Huguenots » ?
 


 

Claudine Castelnau

 

 
5 septembre 2022

 

L’hebdomadaire protestant « Réforme » consacre son numéro du 1er septembre aux huguenots. Parce que le premier dimanche de septembre voit se retrouver traditionnellement des protestants en bon nombre de France mais aussi parfois des Pays-Bas, de Suisse, d’Italie et d’ailleurs, qui cultivent leur histoire et leur foi et aiment se retrouver ensemble pour réactiver cette mémoire protestante.

C’est l‘importante rencontre de milliers de protestants au « musée du Désert », à Mialet (Gard). Patrick Cabanel, historien du protestantisme vient de publier aux éditions Labor et Fides « La fabrique des huguenots » où il met à nu le lent processus qui « de minorité religieuse protestante s’est largement transformée en minorité mémorielle et culturelle.  Ce qu’on célèbre finalement chaque année ce 1er dimanche de septembre . « On croit souvent, explique Patrick Cabanel, que les minorités ont toujours existé en tant que telles, de tout temps, or elles sont le résultat de tris, de sélections, d’inventions aussi. Bien sûr, leur existence repose sur un substrat historique réel, nous ne sommes pas dans la fiction romanesque. Mais pourquoi le chef camisard Roland est-il plus cher aux Cévenols que Jean Cavalier, l’autre grand chef  ? Pourquoi célèbre-t-on aujourd’hui Marie Durand plutôt qu’une autre prisonnière de la tour de Constance ? Pourquoi les Cévennes incarnent-elles l’expérience huguenote plus que le Poitou ou la Drôme ? »

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Pour l’historien, c’est le « culte de la mémoire » qui a permis à la minorité protestante de conserver son identité jusqu’à aujourd’hui alors qu’à la fin du 18e siècle, les protestants ne sont plus persécutés mais sont exsangues, ne représentant que moins de 2 % de la population française. : « Ils ont survécu à tout. Aux persécutions des siècles passés, bien sûr, mais aussi au temps, car on n’imagine pas à quel point il est épuisant pour une minorité harcelée de durer sur des générations. Peut-être encore plus efficace que la violence, il y a la tentation d’en finir avec cette différence qui nous isole du reste de la société, et de revenir au pot commun de l’histoire […] Et se fondre dans la modernité et la laïcité. « Contre cette pente irrésistible, à laquelle il faut ajouter l’exode rural et les mariages mixtes, deux « antidotes » historiques ont existé. Le premier est religieux : c’est le Réveil. Ce mouvement, qui déferle sur l’Europe protestante au 20e siècle, revitalise les Églises et entraîne son lot de conversions. Le second, c’est justement cette transformation en huguenots, c’est-à-dire en protestants d’identité, de culture, de généalogie, qui entretient de génération en génération le souvenir des persécutions passées, mais aussi la fierté d’avoir su résister. Quand la foi et la pratique ont disparu, reste la mémoire. » Une mémoire fort sélective, relève l’historien, une mémoire qui met l’accent sur la Révocation de l’Edit de Nantes (en 1685) et « la victoire mémorielle du Désert », des Cévennes où le pouvoir aura de la peine à dompter cette montagne accidentée alors que d’autres régions frontalières ont facilité l’émigration vers des pays accueillants aux protestants.

 

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Autre découverte : dans ce travail de recherche, Patrick Cabanel montre que l’imaginaire protestant actuel vit sur des images en partie anachroniques ou carrément inventées.  Comme les bibles de chignon que les femmes pouvaient glisser dans leurs cheveux, les miroirs où un creux derrière pouvaient cacher une bible, les trappes  pour cacher un prédicant du désert mais probablement plus anciennes des « fantasmes mémoriels devenus une réalité aussi réelle que ces objets eux-mêmes et qui participent de la fabrique  de l’identité  huguenote à travers les décennies ». Enfin Marie Durand, qui incarne cette « fabrique des huguenots ». Icône, sainte même aujourd’hui et pourtant… Marie Durand est née en 1711 et morte en 1776 après avoir été emprisonnée 38 ans dans la tour de Constance à Aigues-Mortes pour fait de religion. Dans la mémoire huguenote elle aurait gravé le mot « Régister » sur la margelle du puits de la prison ce dont on est plus vraiment sûr. Un de ces pasteurs-historiens du 19e siècle, passionné par les figures du Désert participera à l’ « invention » de l’icône , de la « sainte » Marie Durand  dont la mémoire s’était perdue… Ou au 20e siècle, le jeune Théodore Monod qui écrivait : « Nous devons, nous aussi, pieusement vénérer la mémoire de nos Saints, car nous en avons, aussi authentiques que ceux de Rome. » Et Cabanel de constater : « Pour tout bon protestant, il est déroutant de constater qu’au 19e siècle, tout est « relique » – le terme est systématiquement employé à l’époque chez les pasteurs et érudits huguenots, tout comme celui de « pèlerinage » dans les Cévennes […]  Précisons qu’on n’attend pas bien sûr de ces reliques des grâces spirituelles, des miracles thaumaturgiques – ce serait aller contre les fondements mêmes du protestantisme – mais plutôt une sorte de « recharge spirituelle ». Les huguenots, ultra minoritaires, vivent au cœur d’une France à la culture fondamentalement catholique ; il leur est difficile de ne pas être influencés par le vocabulaire ou l’iconographie dominants. Est-ce un hasard, dans le pays de la Vierge Marie, que l’une des principales icônes huguenotes, Marie Durand, soit une variation de cette figure de virginité exemplaire ? Sur le plan culturel, on peut donc parler d’une « catholicisation » métaphorique des protestants au 19e siècle. »

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Et les critiques n’ont pas manqué, au sein même du protestantisme contre cet accent mis sur l’histoire et la mémoire au détriment de la foi. C’est ainsi qu’un pasteur lors de l’Assemblée du Désert de 1922 s’enflamme : « Je crains que nous fassions ici une œuvre involontairement funeste, en voulant persuader à certains hommes et femmes qu’ils sont de la famille quand ils n’en sont pas, qu’il suffit d’avoir eu des ancêtres peuplant ces montagnes sévères et qui ont porté le nom de Christ, soit dans les Tours de Constance, soit dans les galères de Marseille pour être en règle avec Dieu. Permettez-moi de le dire, car c’est la vérité essentielle : pour être en règle avec Dieu, il ne suffit pas d’être protestant, ni même bon protestant, il ne suffit pas d’être un dévot des pèlerinages huguenots ; pour être vraiment enfant de Dieu, il faut avoir passé par cette révolution intérieure et personnelle que connaissaient nos ancêtres. […] Mais ce pasteur du Réveil se trompait peut-être de cible, commente Cabanel : on peut très bien croire que le Christ est mort pour soi et se souvenir aussi de ce qu’ont vécu ses ancêtres, il n’y a pas forcément contradiction. » Et que les commémorations ne sont pas seulement tournées vers le passé. Exemples : la seule France rurale dreyfusarde à la fin du 19e siècle est la France huguenote. « Il en va de même dans les années 1940 : beaucoup de ces huguenots, parce qu’ils ont cultivé la mémoire de la persécution, ouvrent les portes de leurs temples et maisons pour y cacher des Juifs. À Nîmes et Marseille, la Cimade, l’anecdote est bien connue, place des Juifs dans des bus de « pèlerins » à destination de l’Assemblée du Désert – nous sommes alors quelques jours après la grande rafle de Juifs en zone non occupée (le 26 août). Ainsi la mémoire, ici, est devenue un facteur actif de solidarité, de fraternité au présent. »

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Accompagnant ce numéro de Réforme un petit magazine consacré à « La Saint-Barthélemy, entre histoire et mémoire », thème de l’Assemblée du Désert cette année. Commémorer 450 ans plus tard, se souvenir de ce massacre des protestants en France par milliers en août 1572 et du profond traumatisme qu’il a été.  L’historien protestant André Encrevé rappelle toute la polémique au cours des siècles autour de ce massacre : coupables Catherine de Médicis, une étrangère, ou réaction du peuple catholique contre les féodaux protestants et donc une affaire politique et non religieuse. D’autres comme Barbey d’Aurevilly dédouane l’Église catholique et prétend que c’est le peuple catholique qui a voulu briser la subversion des valeurs catholiques par le protestantisme… Un thème cher à l’Action française et Maurras. l’historien est plus affirmé : « Si aujourd’hui en France il existe une communauté protestante, c’est parce que les huguenots ne se sont pas laissé intimider par la Saint-Barthélemy mais au contraire se sont battus pour la défense de la liberté religieuse, la première des libertés. »  Une tâche de vigilance qui nous incombe encore aujourd’hui…

 

 

 


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