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L’Ukraine, Poutine
et le patriarche Kirill de Moscou



 

Claudine Castelnau

 

11 avril 2022


La déclaration du patriarche Kirill de Moscou lors de l’un sermon le 6 mars dernier proclamant que l’agression de l’Ukraine par Poutine n’était qu’un combat métaphysique contre le mal et la dépravation morale occidentale caractérisée par les Gay Prides avait choqué. La philosophe Veronica Cibotaru avait réagi dans Le Monde, le 3 avril : «  Cette déclaration du patriarche, écrivait-elle, n’est surprenante que si l’on méconnaît l’idéologie anti-occidentale que les hiérarques de l’Église russe tâchent de propager depuis de nombreuses années en Russie, dans son espace canonique mais aussi dans le monde occidental [par le biais des médias, télévision, réseaux sociaux]. Ainsi, le patriarche Kirill n’a fait que reprendre dans son sermon du 6 mars cette dénonciation du monde occidental que l’on retrouve depuis plusieurs années par exemple dans les émissions hebdomadaires « L’Église et le monde » du métropolite Hilarion de Volokolamsk, président du département des relations extérieures du patriarcat de Moscou [...] Il est assez curieux que les hiérarques de l’Église russe aient une approche somme toute si réductrice de la question de la moralité, axée de façon presque obsessionnelle sur la sexualité, et notamment sur les formes de sexualité considérées comme étant déviantes [...] Une véritable posture défensive : l’Église russe se doit de défendre la Russie ainsi que son espace canonique de cette destruction de l’ordre moral. »


La philosophe soulève la dimension « dangereuse » de cette idéologie : « L’on est ainsi en droit de se demander en quelle mesure cette idéologie est en partie responsable de la guerre qui sévit actuellement en Ukraine. »


Et même si de nombreuses voix se sont fait entendre en faveur de la paix parmi le clergé appelant les fidèles à la prière et même au jeûne,  des appels certes importants « il me semble qu’il est aujourd’hui également important que l’Église russe, et peut-être même toute la communauté orthodoxe, entame un travail critique de réflexion en s’interrogeant sur la responsabilité de son idéologie actuelle dans cette guerre, en s’interrogeant aussi sur le rôle que doit avoir l’Église dans le monde d’aujourd’hui. Une Église peut-elle être fondée sur le rejet de l’autre, que ce soit le rejet d’un groupe de personnes ou d’un espace culturel ? Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire de développer une théologie orthodoxe de la paix qui puisse nous rendre vigilants face à tout ce qui peut mener vers de telles atrocités. »





Michel Eltchaninoff, rédacteur en chef de Philosophie Magazine et spécialiste d la philosophie russe était interrogé par Le Monde le 30 mars dernier. Quelles raisons idéologiques ont poussé Vladimir Poutine à envahir l’Ukraine ? lui demande-t-on.
« 
L’indépendance de l’Ukraine est vécue par Vladimir Poutine comme « une tragédie », répond le philosophe.  Elle est « le résultat d’un travail délibéré de forces qui ont toujours tendu à briser l’unité [de la Russie] […]  Vladimir Poutine affirme depuis longtemps que « Kiev est la mère des villes russes », selon une formule attribuée au prince Oleg au Xe siècle, et prétend restaurer « l’unité historique des Russes et des Ukrainiens ». La conviction [de Poutine] explique Eltchaninoff, repose sur une vision biaisée de l’histoire, écrite à l’époque impériale, au XIXe siècle, qui établit un lien de continuité entre la principauté de Kiev [IXe-XIIIe siècle] et l’origine de la Russie contemporaine, qui se met en place à partir du XIIIe avec le royaume de Moscovie. Or, la Rus’ de Kiev est un empire multiethnique et non pas une entité slave. Ainsi, la vision de Vladimir Poutine est-elle une reconstruction impériale. »


L’Ukraine redécouvre son identité au XIXe siècle et après moult péripéties deviendra une République politiquement indépendante de la Russie, les régions russophones de l’est reconnaissant Kiev.
Les raisons de la guerre qu’il mène en Ukraine sont-elles donc civilisationnelles ? Réponse d’Eltchaninoff : « Poutine mène en effet, dans son esprit de plus en plus enfermé dans l’idéologie, une guerre de civilisation. Il cherche à étendre la domination russe sur le continent eurasien. Dimanche 6 mars, le patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe, a expliqué à Moscou que le conflit ukrainien était une « lutte métaphysique » notamment contre les pays qui autorisent la Gay Pride. Poutine mène en effet, dans son esprit de plus en plus enfermé dans l’idéologie, une guerre de civilisation. Il cherche à étendre la domination russe sur le continent eurasien.


Dimanche 6 mars, le patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe russe, a expliqué à Moscou que le conflit ukrainien était une « lutte métaphysique » notamment contre les pays qui autorisent la Gay Pride […] La Russie, ce plus grand pays du monde, est pour lui fondamentalement différente de la civilisation occidentale. Elle porte en elle une jeunesse et une force vitale que l’Europe a perdues depuis longtemps. Depuis l’annexion de la Crimée en 2014, il se prépare à la grande confrontation avec l’Occident.
Le 6 mars, alors que le patriarche de Moscou justifiait cette « guerre de civilisation », de nombreuses manifestations féministes ont été réprimées. Or, ces mouvements féministes peuvent aujourd’hui parler aux citoyennes ordinaires russes, non seulement en expliquant que la guerre est une des nombreuses manifestations de la domination masculine, mais qu’elle menace leurs enfants, leurs amis et leurs maris.


Ainsi, de nouvelles formes de dissidence apparaissent, faisant renaître des initiatives dissidentes comme à l’ère soviétique, tels les samizdats [des ouvrages clandestins désormais sur Internet] et l’humour ravageur. Puisque les citoyens n’ont pas le droit de dire « guerre » mais seulement « opération spéciale », on voit des images et des montages circuler au sein desquels le chef-d’œuvre de Tolstoï ne s’appelle plus Guerre et Paix, mais « Opération spéciale et paix ». Comme au temps du soviétisme, l’humour, souvent noir, va redevenir une forme d’opposition à la guerre : l’arme du désespoir. 




Au fil des  diverses interviewes et articles parus entre autres dans Le Monde ou dans la presse américaine ou britannique, on note une espèce de dialogue ininterrompu entre ceux qui expliquent savamment et sans parti pris les racines de cette guerre en Ukraine ou mettent à jour les mobiles cachés de Vladimir Poutine revendiquant l’Ukraine comme une partie inaliénable de la Russie et justifiant  son invasion avec en arrière plan l’influence de l’Église orthodoxe russe et de son patriarche devenu idéologue de l’impérialisme du  Kremlin. Le 10 mars, Le Monde a publié, sous le titre « Le monde selon Poutine : la croix et la bannière » un long article de l’historien Antoine Arijakovsky essayant de cerner les relations de Poutine avec l’orthodoxie.


Un sociologue et historien russe associé à un centre d’études allemand affirme que le président russe « 
« utilise juste l’Église pour quelques rituels », dans une mise en scène destinée à montrer l’exemple aux élites du pays. Car Vladimir Poutine aime afficher sa foi de chrétien orthodoxe. On sait qu’il a été secrètement baptisé par sa mère, qu’il a effectué deux pèlerinages au mont Athos [un centre spirituel orthodoxe très traditionnel où les femmes et les enfants sont interdits] et parlé du « rôle inestimable »de l’Église orthodoxe russe. Il s’affiche aussi régulièrement avec le patriarche Kirill de Moscou et de toutes les Russies. On dit aussi que le patriarche serait son confesseur… En fait, relève l’historien Arijakovsky, le chef d’Etat russe « qui verrouille depuis toujours sa biographie, ne dit presque rien sur sa foi dans celle, autorisée […]


Mais il confie tout de même : « En 1993, alors que je travaillais au conseil municipal de Leningrad, je suis allé en Israël comme membre d’une délégation officielle. Maman m’a donné ma croix de baptême pour la faire bénir au Tombeau du Seigneur. J’ai fait ce qu’elle m’a dit et puis j’ai mis la croix autour de mon cou. Je ne l’ai jamais enlevée depuis. 
» Et lors d’une rencontre avec George Bush qui lui parlait de cette croix, le président russe lui a raconté qu’elle avait survécu à l’incendie de sa datcha… Et même si les convictions intimes de Poutine restent une énigme, « la religion est un pilier de sa vision du monde. » Et la plupart des grands les textes stratégiques de l’Etat élaborés depuis 2000 […] comportent un volet sur la nécessité de développer les « valeurs spirituelles et morales de la Russie », supposées ancrées dans la tradition russe » donc en opposition avec le reste du monde, en particulier l’Occident ».


Et c’est là qu’intervient le patriarche de Moscou avec sa notion supranationale de « monde russe » cimentée par l’Eglise orthodoxe dont les valeurs sont universelles, une alternative à la civilisation contemporaine qui se trouve selon l’Église orthodoxe dans une impasse morale. D’où l’influence croissante de cette Église dans la sphère publique, la construction effrénée d’églises (dont le centre orthodoxe de paris est un exemple) et des lois entérinant cette vision conservatrice., dont les lois antihomosexualité. Et l’eurasisme promu (Europe et Asie ne faisant plus qu’un continent). Enfin la chimère qui anime Poutine et lui fait mener sa guerre : restaurer le royaume millénaire du prince Vladimir de Kiev et sa conversion au christianisme byzantin qui scella le destin spirituel. « 
Mais, curieusement, le destin aura voulu que, face à lui, se dresse un autre Vladimir. Qu’en ukrainien, on nomme Volodymyr. »


 

 




 

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