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Écosse

Les sorcières d'autrefois


 Les victimes des chasses aux sorcières
entre le XVIe et le XVIIIe siècle
bientôt officiellement innocentées en Ecosse

 

Claudine Castelnau

 


10 janvier 2022

 

Près de 4 000 personnes ont été jugées pour sorcellerie en Ecosse. Un texte visant à blanchir leur mémoire a été déposé au Parlement écossais, et devrait être voté d’ici à cet été 2022. Ces femmes, puisque ce sont des femmes en très grande majorité, furent accusées de gâcher les récoltes, de se changer en animaux pour commettre leurs méfaits, voire de danser avec le diable. En Europe, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, des milliers de femmes et, plus rarement, des hommes ont été jugés pour sorcellerie. De façon quasi systématique, ces procès aboutissaient à une condamnation à mort. Les historiens parlent de 200 000 procès de sorcellerie et de 50 000 à 100 000 femmes brûlées. En Ecosse, la chasse aux sorcières a été particulièrement virulente selon un article de Citylab .une revue américaine, publié en octobre 2019, le nombre de personnes accusées de sorcellerie en Ecosse y est « quatre à cinq fois supérieur à la moyenne européenne ». Aujourd’hui, près de trois siècles après l’abrogation du Witchcraft Act (loi sur la sorcellerie), en 1736, des militants sont sur le point d’obtenir des excuses officielles au nom des quelque 3 837 personnes – dont 84 % de femmes – jugées pour sorcellerie. On estime qu’environ deux tiers d’entre elles ont péri sur le bûcher.


Le Sunday Times qu’après une campagne de deux ans menée par le groupe des Sorcières d'Écosse un projet de loi visant à innocenter les accusées a été déposé au Parlement écossais et a obtenu le soutien du gouvernement dirigé par la première ministre Nicola Sturgeon. « Il est juste que ce tort soit réparé, que ces personnes qui ont été criminalisées, pour la plupart des femmes, soient pardonnées », a commenté une députée, à l’origine de ce texte qui devrait être voté d’ici l’été 2022.


En 2001, une initiative similaire avait permis à la Chambre des représentants du Massachusetts, aux Etats-Unis, de proclamer l’innocence des victimes des procès des sorcières de Salem. Entre 1692 et 1693, cette série de procès a entraîné l’arrestation d’une centaine de personnes ainsi que l’exécution de quatorze femmes et de six hommes. En Ecosse, les procès de sorcellerie commencèrent après le vote du Witchcraft Act, en 1563. Avant cette date, quelques jugements sont attestés, mais ils sont rares. La première chasse aux sorcières débuta en 1590. Le roi d’Ecosse Jacques VI, qui deviendra par la suite Jacques Ier d’Angleterre, se rendit en bateau à Copenhague pour rencontrer sa future épouse, la princesse Anne, sœur du roi du Danemark. Au retour, le navire fut pris dans une tempête. On accusa différentes personnes d’avoir tenté de faire sombrer le navire du roi. Finalement, plus d’une centaine de supposées sorcières furent arrêtées à North Berwick, une ville portuaire du nord-est de l’Ecosse. Beaucoup avouèrent sous la torture avoir rencontré le diable et cherché à tuer le roi. Environ 70 personnes furent jugées. Jacques VI s’est particulièrement intéressé à la question et a même rédigé un traité dans lequel il encourage la chasse aux sorcières :
« L’inquiétante abondance, dans notre pays, à notre époque, de ces détestables esclaves du diable, les sorcières et les enchanteurs, m’incite à vous écrire cette note (…) pour éliminer le doute (…) que de telles attaques de Satan sont assurément pratiquées, et que ses instruments méritent la punition la plus sévère. » Et même si l’intérêt du roi pour le sujet a diminué dans le temps, plusieurs grandes séries de procès se sont déroulées pendant le reste de son règne et bien après le Scotland's Witchcraft Act, cette loi écossaise anti-sorcellerie restera en vigueur entre 1563 et 1736. Issobell Young, elle, a été jugée, étranglée puis brûlée sur le bûcher en 1629. Un garçon d’écurie l’avait accusée de s’être transformée en hibou et d’avoir participé à des sabbats. Le site des Sorcières d’Ecosse souligne que les attributs traditionnellement associés aux sorcières – balais, chaudrons, chats noirs et chapeaux noirs pointus – étaient également ceux des alewives, le nom des femmes qui brassaient de la bière. Le balai servait à informer les consommateurs que de la bière était en vente, le chaudron à la fabriquer, le chat à éloigner les souris et le chapeau à les distinguer au marché.




De la fin du Moyen Age au XVIIIe siècle, les dites sorcières ont fait l’objet d’une persécution si méthodique que plus aucune femme n’aurait osé revendiquer publiquement ce nom. La sorcière est en effet celle « qui pratique la divination ou les sortilèges. Détentrices d’un savoir occulte qui se transmet de femme à femme et qui concernait essentiellement la fertilité, les accouchements, la pharmacopée des plantes –, ces « bonnes femmes » la plupart du temps illettrées et rurales « sont accusées d’avoir vendu leur âme au Diable » en échange de ses connaissances. Elles représentent alors un danger pour l’ordre social et moral. D’où la peur qu’elles suscitent et la société qui les maintient à ses marges. Sous l’Ancien Régime, celles que l’on affuble du titre de « sorcière » sont en réalité, pour la plupart des femmes illettrées et rurales, Si le Moyen Age se montre relativement peu coercitif un net raidissement se fait sentir à la fin de cette période après la parution en 1486 d’un traité sur la sorcellerie par deux inquisiteurs dominicains.


Et c’est « en pleine Renaissance, à partir de 1560, que la chasse aux sorcières explose. Des dizaines de milliers de femmes vont ainsi finir sur les bûchers – on estime entre 50 000 et 100 000 le nombre des victimes, sachant que 80 % des sorciers jugés sont… des sorcières. Si Louis XIV publie, en 1682, un édit interdisant de condamner à mort les prétendues sorcières, les persécutions subsistent, souvent aux allures de règlement de comptes. A une époque où bien des phénomènes (maladies, décès, épidémies) restent inexpliqués, ces boucs émissaires catalysent la fureur. En 1850, une femme accusée de pactiser avec le Diable est ainsi jetée dans un four dans les Hautes-Pyrénées. Mais la réhabilitation des guérisseuses ne va plus tarder, avec, en 1862, la publication du livre de Jules Michelet La Sorcière, « hommage vibrant à l’insoumission de la femme ». écrit, Jean-Philippe de Tonnac, qui préface et commente la réédition de ce livre que Jules Michelet voulait comme un « hymne à la femme, bienfaisante et victime »




L’université d’Édimbourg a produit un travail permettant de mesurer l’ampleur du phénomène. À l’aide des données récoltées par leur département d’histoire, les chercheurs ont pu cartographier tous les procès s’étant déroulés sur le territoire entre le milieu du XVIe et le début du XVIIIe siècle. Au total sont recensés près de 4000 procès pour sorcellerie précisant les noms des accusés, les lieux de naissance, d’inculpation et d’exécution, et dans certains cas présentant des déclarations des victimes. Sur les 4000 procès, deux tiers environ auraient abouti à une condamnation à mort Les historiens parlent de 50.000 à 100.000 femmes condamnées à mort à cette époque dans toute l'Europe. Et c'est en Ecosse que cette chasse aux sorcières a été la plus féroce, quatre à cinq fois plus de procès qu'ailleurs. « Par habitant, et pour la période qui va du XVIe au XVIIIe siècle, nous avons exécuté cinq fois plus de personnes qu'ailleurs en Europe, a pointé l'avocate Claire Mitchell, interrogée par The TimesPour mettre cela en perspective, à Salem, seules 19 personnes ont été exécutées sur les 300 accusées. »


Et contrairement à d'autres pays, comme les Etats-Unis qui ont proclamé il y a 20 ans l'innocence des célèbres sorcières de Salem, toujours rien en Ecosse. Au point qu'il y a 2 ans, une association, les Sorcières d'Ecosse s'est mis en tête de demander à l'Etat de gracier les sorcières écossaises. L'une des membres de cette association Witches of Scotland réclame des excuses officielles au gouvernement écossais et la création d'un monument national, une stèle, un mémorial en l'honneur de ces femmes injustement accusées. Leur campagne a été entendue. Notamment par la première ministre Nicola Sturgeon qui soutient l'initiative. Si bien qu'un projet de loi sera bientôt voté cette année pour gracier 3000 sorcières. Une loi qui pourrait servir à mettre la pression sur d'autres pays où le crime de sorcellerie existe toujours, comme au Nigéria, en Tanzanie, en Inde ou encore en Papouasie Nouvelle Guinée.


 

 

 

 

 

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