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Une famille de Boers


Frederik de Klerk


 

 

Claudine Castelnau

 

 


15 novembre 2021

 

Frederik de Klerk, homme d’Etat et ancien président de l’Afrique du Sud est mort le 11 novembre dernier. Il aura été le dernier président blanc à porter ce titre et à assumer ces fonctions avant la fin de la politique d’apartheid en 1991. On se souvient d’un moment de stupeur puis de réjouissance lorsque Nelson Mandela l’un des leaders de la lutte anti-apartheid est libéré après 27 ans de captivité. « Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tout le monde vivrait ensemble en harmonie et avec des chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et que j’espère accomplir. Mais si nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir », avait déclaré Nelson Mandela lors d’un procès en 1964.


Il n’est pas mort et  c’est une chance inouïe pour l’Afrique du Sud que cet homme accepte de participer au premier gouvernement multiracial du pays dont il deviendra le président : son parti, le Congrès national africain (ANC) gouvernera avec Frederik de Klerk qui sera vice-président de la République d’Afrique du Sud, puis chef de l’opposition parlementaire. Autre motif d’étonnement : en 1993, Frederik de Klerk avait reçu le prix Nobel de la Paix conjointement avec Nelson Mandela, pour avoir mis un terme à l’apartheid.


Qui était Frederik de Klerk ? Son nom est dérivé du patronyme français « Le Clerc » ou « de Clercq » et sa famille, d’origine huguenote, s’installe en Afrique du Sud en 1686, quelques mois après la Révocation de l’Edit de Nantes en octobre 1685, une révocation qui obligeait les protestants à abjurer ou à fuir le
royaume de France à leurs risques et périls. En Afrique du Sud, sa famille a participé à plusieurs événements de l’histoire des Afrikaners,  ces Sud-Africains  blancs, d’origine néerlandaisefrançaiseallemande ou scandinave qui s’expriment dans une langue dérivée du néerlandais du xviie siècle : l’afrikaans. Le concept d'Afrikaner a pris son sens actuel au xviiie siècle en le réservant exclusivement aux descendants de Blancs non anglophones, nés en Afrique du Sud depuis l'établissement au Cap, en 1652, d'une colonie par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales.


Mais les ancêtres de Frederik de Klerk ont surtout pris part au Grand Trek,
un acte politique exprimant le désir d'indépendance des Boers de la colonie du Cap d'Afrique du Sud. Il se concrétise en une immense migration organisée de plusieurs milliers de fermiers Boers, on la chiffre à quelque 15 000 Boers , soit un dixième de la population de la colonie du Cap vers l'intérieur des terres entre 1835 et la fin des années 1840.

Au xxe siècle, ce périple occupera une place importante dans la mythologie et le nationalisme afrikaner. Il sera vu comme l'événement central de l'histoire et de l'identité afrikaner, pétrie de références bibliques évoquant l'Exode mythique des Hébreux fuyant l'Égypte.

Les participants au Grand Trek sont principalement des fermiers qui se déplacent en famille de plus d'une dizaine de membres. Travailleurs acharnés et bons chasseurs, ils menaient déjà une vie assez dure et austère avant de s'engager dans le grand Trek. Dans leurs charriots, ils emportent tout ce qu’il faut pour vivre : effets personnels, armes vaisselle et Bibles et recueils de cantiques. Car la religion est au centre de la vie des Voortrekkers (ceux qui vont de l’avant) qui se considèrent comme totalement dépendants de Dieu. En plus de la Bible, les « voortrekkers » disposent dans leur périple de livres de catéchisme, de liasses de sermons et de livres de prières. Un raccourci les décrit : un voortrekker est un homme pieux, qui possède un fusil une Bible, une paire de bourfs et un grand chariot. Peu, voire aucun pasteur de l'Eglise réformée hollandaise du Cap n'accepte d'accompagner les voortrekkers. L'enseignement et l'éducation des enfants se fait uniquement par les parents, c'est principalement une éducation religieuse qu'ils reçoivent et c'est dans la Bible qu'ils apprennent à lire. Qu’ils apprennent aussi dans leur résistance à se considérer comme le peuple élu...


 
La construction d’un groupe homogène afrikaner dans le temps s’est globalement appuyée sur la langue afrikaans et sur le calvinisme, dont la doctrine distinguait un peuple élu et les autres (voir calvinisme afrikaner). Au xixe siècle, l’identité des Boers-Afrikaners s’affirme à travers l’usage de cette langue. À côté de l’afrikaans, la désignation des Afrikaners comme « peuple élu » par les théologiens des Églises réformées sud-africaines a constitué  la manière de considérer l’histoire des Afrikaners.

« L’histoire des Afrikaners s’est en fait forgée et continuellement référée à une représentation quasi religieuse, utilisant les comparaisons bibliques entre l’oppression des juifs dans l’Ancien Testament et l’exode des Afrikaners du Cap en 1835. Le Grand Trek s'est finalement imposé comme la racine historique du peuple afrikaner, l’événement qui lui a donné son âme, le berceau de la nation. »

Le sentiment d’une destinée commune et exclusive. Le peuple afrikaner se considèrera longtemps comme les authentiques sud-africains alors que les « non blancs » sont relégués dans des rôles subalternes justifiés, par les plus fondamentalistes religieux Afrikaners et par une lecture de la Bible littérale qui fait des Noirs, des Indiens et des « coloured » (ceux qui n’ont pas la peau blanche) ceux qui sont sous la malédiction biblique de Canaan fils de Noé, qui pour avoir ri de la nudité de son père ivre voit sa descendance condamnée à être esclave de ses frères.



La mort de Frederik de Klerk est commentée de diverses manières... Ainsi, le correspondant du Monde écrit au lendemain de sa mort : « Pour un homme qui avait eu le cran, en 1990, de donner l’impulsion décisive pour changer un monde, son monde – celui de l’Afrique du Sud blanche, raciste et violente – en enclenchant la mécanique destinée à mettre fin à l’apartheid quatre ans plus tard, et qui aurait pu terminer son existence auréolée de ce courage, Frederik De Klerk n’a pas vieilli avec grâce. Cela n’avait échappé à personne : quelque chose, sans cesse, semblait l’irriter, dans cette Afrique du Sud qu’il avait pourtant contribué à façonner [...]

Pourquoi alors avait-il fallu que Frederik De Klerk, prenant de l’âge, retiré des affaires publiques, multiplie les déclarations malheureuses, ambiguës, au sujet de l’apartheid, la politique de « développement séparé » dont le but ultime était de faire vivre dans des zones différentes Blancs et Noirs ? Dans son message posthume, il se défend d’avoir été un nostalgique de ce passé honteux et tient à « présenter ses excuses pour la douleur, l’indignité, les blessures profondes et les destructions que l’apartheid a fait subir aux Noirs, aux personnes d’origine mixte et aux Indiens sud-africains ». Il s’en excuse en tant qu’ex-responsable du parti au pouvoir, mais aussi à « titre individuel », admettant – ce qui au passage n’a jamais fait aucun doute – avoir soutenu ce système en ses « jeunes années » […] Trente ans plus tard, en 2020, pour fêter l’anniversaire de ce grand moment, il donnait une interview à la télévision nationale sud-africaine, et y contestait que la qualification de « crimes contre l’humanité » puisse être applicable au système de l’apartheid. Et dans le communiqué de sa fondation il écrit : « L’idée que l’apartheid ait été un crime contre l’humanité était et reste un projet de propagande lancé à l’initiative des Soviétiques et de leurs alliés de l’ANC et du Parti communiste pour stigmatiser les Sud-Africains blancs en les associant à de réels crimes contre l’humanité »  Il avait déclaré plus tôt : « Les citoyens noirs devraient être reconnaissants envers les Blancs de leur avoir laissé le pouvoir et d’avoir ainsi surmonté leurs peurs. » Le Monde rappelle que l’Afrique du Sud est isolée dans les années 90, boycottée, son système d’apartheid dénoncé. La Gereformmerde Kerk, son Eglise afrikaner d’un calvinisme intransigeant où l’on croit à la prédestination a du mal à accepter que l’apartheid soit indéfendable. Mais l’Alliance réformée refuse son adhésion et condamne l’apartheid comme une « hérésie » En 1992, Frederik de Klerk lance l’idée dans la population blanche d’un referendum sur la poursuite des réformes. Succès. Le changement est en marche. Mais la célébrité de Nelson Mandela, son alter ego lui fait de l’ombre. A cela, il ne s’est jamais fait. Comme, peut-être, il ne s’est jamais complètement fait à la nouvelle Afrique du Sud, qu’il aurait sans doute aimée plus semblable à l’ancienne. On ne joue pas impunément avec la dialectique sans s’empêtrer dans ses contradictions.

 

 

 

 

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