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Congo
Le Dr. Denis Mukwege

et les violences faites aux femmes

 

 

Claudine Castelnau

 

 


 25 octobre 2021

Le Monde a publié le 24 octobre une interview du Dr Denis Mukwege, médecin de la République du Congo engagé depuis des années en tant que gynécologue-obstétricien mais aussi en tant que croyant contre les violences faites aux femmes dans son pays la République démocratique du Congo. Une action qui lui a valu en 2018 de recevoir le prix Nobel de la Paix. Son livre « La Force des femmes » vient de sortir aux éditions Gallimard.

Vous avez été à plusieurs reprises victime de tentatives d'assassinat. Pourquoi votre combat dérange-t-il à ce point ?

Ces crimes ne peuvent pas s’arrêter si la justice ne s’exerce pas, c’est pourquoi je lutte contre l’impunité de ceux qui les commettent. Evidemment, cela dérange les criminels et leurs complices, ainsi que toutes les personnes qui sentent leurs intérêts menacés. Derrière ces actes odieux se profile en effet l’exploitation illégale des minerais du Congo, qui bénéficie à des multinationales et à leurs intermédiaires, aux industries électroniques.

Qu’est-ce qui vous donne la force de continuer ?

Ce qui me fait tenir, c’est justement le courage des femmes. En 2012, j’ai fui après une tentative d’assassinat. Je me suis dit « trop, c’est trop ». Je ne voulais pas être un héros mort mais un homme vivant, et je suis parti aux Etats-Unis. Un groupe de femmes de mon pays a alors écrit au secrétaire général des Nations Unies et au président de la République. Sans réponse, elles ont décidé de vendre des fruits et légumes pour ramener leur docteur. Pourtant, ces femmes ne gagnent pas un dollar par jour. Mais chaque vendredi, elles déposaient cinquante dollars pour que je puisse revenir. Elles se sont portées volontaires pour assurer ma sécurité.

Je me pensais invulnérable, ces événements m’ont montré que je l’étais bel et bien. Tout comme ma mère a su me faire revenir à mes études de médecine, ces femmes ont su me faire rentrer au Congo. Elles ont été plus fortes que moi. Je n’ai pas pu résister. La résilience des femmes dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Elles auraient pu vivre dans la haine, détester les hommes, pourtant elles continuent à se battre pour les autres, pour que leurs enfants puissent aller à l’école. Je me sens petit face au courage des femmes. Ma force motrice, ce sont elles.

Vous êtes fils de pasteur et vous-même pasteur. Quel rôle joue concrètement la religion dans votre vie ?

Je crois en Dieu, mais je ne me considère pas comme religieux. Je crois au libre arbitre. Je crois qu’on peut construire un monde juste, un monde sans violence, un monde égalitaire. La phrase qui me nourrit, c’est celle de Jésus : « Aime ton prochain comme toi-même. » J’ai grandi avec cette façon de vivre l’amour de l’autre, du prochain. Qu’on l’appelle religion ou philosophie, mode de vie, tout ce qu’on veut, cela influence largement toute ma conduite.

Vous êtes pourtant confronté quotidiennement au fait que « l’homme est un loup pour l’homme ». Comment parvenez-vous à garder la foi ?

Le Dieu auquel je crois me donne le libre choix. Je ne pense pas une seule seconde que Dieu soit responsable de ce qui est mal autour de nous. Nous avons la responsabilité de faire le bien. C’est un choix. Je pense que l’homme est bon de nature, mais que son environnement influence ce qu’il va devenir. Regardez les enfants jouer ensemble : ils ignorent la couleur de la peau, l’origine sociale, une bonté extraordinaire émane d’eux. Néanmoins, si on les maltraite, ils vont développer un comportement anormal ou agressif.

En tant que croyant, vous arrive-t-il d’être gêné par le discours souvent patriarcal porté par les religions, notamment monothéistes ?

Absolument. C’est pourquoi je dis que je ne suis pas religieux : les traditions religieuses créent parfois des règles qui sont plutôt dictées par l’environnement ou par le contexte. Pour moi, la grande règle, c’est celle qui met l’être humain au centre, donc l’amour. Si nous mettons l’amour au centre, tout s’éclaire, il n’est plus nécessaire d’établir des règles.

[…]

A vos yeux, qu’est-ce qu’une vie réussie ?

Mon rêve, c’est un monde où les violences sexuelles seront l’exception. A l’heure actuelle, c’est l’inverse. Je ne peux pas me réjouir : ce que je vois est tout simplement traumatisant et inacceptable. Comme gynécologue obstétricien, mon rêve serait de pouvoir enfin fermer le pavillon des victimes de violences sexuelles. De me consacrer simplement à conduire des accouchements chez des femmes ayant eu des grossesses consentantes, et non issues du viol. Ce serait une grande joie.

Propos recueillis par Virginie Larousse



 

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