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L'école de Kamloops en 1937 (Colombie britannique)
EPA

Canada, Irlande

Enfants perdus


Claudine Castelnau

 

 

7 juin 2021

 

Canada

Horreur ! Les restes de 215 enfants ont été découverts fin mai enterrés dans une fosse commune à l’ouest du Canada en Colombie britannique, lors d’investigations demandées par une tribu sur le site d’une ancienne école du gouvernement.

Le but de ces institutions, catholiques pour la plupart mais anglicanes et méthodistes y ont aussi participé, était d’assimiler par la force les enfants de tribus indiennes et de détruire de fait leur culture et leurs langues indigènes en les enlevant à leurs familles parfois très éloignées, pour couper tout lien avec leur culture indienne.

Radio Canada écrit : « On estime que 150 000 enfants ont été internés par l'Église et le gouvernement canadien. En les isolant de leur culture, ces établissements avaient pour but de civiliser les Autochtones et de leur inculquer des valeurs européennes au moyen d'une éducation religieuse stricte et de travaux manuels pénibles. Beaucoup y ont subi des sévices physiques et sexuels, et des milliers d'entre eux sont morts ou disparus, sans parler des répercussions parfois terribles sur les parents qui désespérés avaient parfois sombré dans l’alcool. »

Mal nourris, mal logés, mal soignés, les enfants autochtones mouraient souvent de maladies, notamment de tuberculose, ou en tentant de s'enfuir des pensionnats. L’école où l’on a estimé à 215 les corps enterrés après des sondages du terrain, avait été ouverte en 1890 par l’administration catholique et a eu jusqu’à 500 pensionnaires. Elle n’a fermé qu’en 1978.
« En tant que catholique, je suis profondément déçu par l’attitude de l’Eglise, maintenant et dans les années passées », a déclaré le Premier ministre canadien Justin Trudeau. Il a souligné la « résistance » de l’Eglise à ouvrir ses archives lors de plusieurs demandes. Mr Trudeau a rappelé qu’il était déjà allé au Vatican en mai 2017 et avait cherché une repentance du pape François et de l’Eglise concernant les maltraitances d’enfants dans ces écoles où 4100 enfants seraient morts de maladies ou de malnutrition. A l’époque, a-t-il raconté, « il s’était déjà heurté à de la résistance. » Et il a annoncé que de nouvelles mesures plus contraignantes seraient prises dont une action en justice, pour avoir accès aux archives de ces écoles.

Certains avocats canadiens ont même parlé de saisir la Cour de justice internationale. « Mais, avant d’en arriver à traduire l’Eglise catholique devant les tribunaux, j’espère que les autorités religieuses comprendront qu’elles doivent participer » et Justin Trudeau a appelé les catholiques des paroisses « à faire pression sur leurs autorités et à leur faire comprendre que nous espérons que l’Eglise reconnaisse sa responsabilité et qu’elle soit là pour accompagner la douleur et la guérison [...] Nous avons besoin de vérité avant de parler de justice, de guérison et de réconciliation. »

 

Dig them up (Déterrez-les)
sur le mémorial de Kamloops


Une femme indienne qui a été pensionnaire forcée durant dix ans, interviewée par Radio Canada raconte qu’à la suite de son expérience traumatisante comme pensionnaire forcée dans cette institution, elle a voulu « faire perdurer malgré tout les traditions de son peuple, tout en se reconstruisant elle-même. "Ça ne doit plus jamais arriver, à aucun de nos enfants. Nous devons construire notre propre école où les enfants connaîtront leur culture, leur langue et leurs traditions." »

Un mémorial édifié en mémoire des enfants de Kamloops a reçu une attention croissante au fil des jours, au gré des offrandes apportées par des personnes parfois venues de loin. Jouets et chaussures d’enfants côtoient fleurs et messages de soutien déposés toute la journée au son des chants traditionnels et des tambours. « Après avoir consolé des membres de sa communauté rassemblés devant le mémorial, Evelyn l’Indienne ferme les yeux et entonne un chant censé accompagner les esprits des enfants finalement retrouvés après avoir été enfouis pendant des décennies. Ces enfants, dit-elle, ont erré ici pendant trop longtemps. Maintenant, ils peuvent enfin rentrer chez eux. »

 

.


La découverte des restes de ces quelque 215 enfants la semaine passée a mobilisé le Canada, désormais à la recherche de tombes sans nom entre autres de la tribu « TK’emlûps te Secwépemc First Nation » dans l’ouest du Canada. La semaine passée, le chef de cette tribu Rosanne Casimir a annoncé un rapport complet à la mi-juin mais pense qu’il y a probablement plus que les 215 corps trouvés. Des milliers d’enfants Indiens, Inuit et Métis sont morts dans ces écoles spéciales (plus de 130) et l’on recherche encore nombre d’enfants victimes de cette politique d’assimilation forcée (on en compte quelque 150 000 arrachées de force à leurs familles, dont les corps étaient rarement rendus à leurs parents et dont on ignore le lieu de sépulture.

 

Cette école de Kamloops (près de Vancouver) a été en fonction jusqu’en 1969 et comptait jusqu’à 500 enfants indiens. Et si 50 restes ont déjà été identifiés, les 165 restant ne l’ont toujours pas été, inconnus enterrés dans des tombes communes. Ce qui soulève la colère dans tout le Canada où des gens dressent de petits monuments éphémères en souvenir...

Ce qui fait dire au chef national de ces tribus indiennes qu’il n’est pas surpris par la découverte : « Les survivants l’ont dit durant des années mais personne ne les a crus. » Et les parents avaient l’obligation de mettre leurs enfants dans ces école sinon ils risquaient la prison. C’est ainsi que des générations d’enfants ont été traumatisés, forcés à abandonner leur langue maternelle pour l’anglais ou le français et obligés de se convertir au christianisme.

Car les Eglises chrétiennes et particulièrement l’Eglise catholique ont été responsables de plus de 70 % de ces écoles. « Et cela a été l'effondrement de soi, l'effondrement de la famille, de la communauté et de la nation [indienne], constate amer un grand chef. Le Canada doit se préparer à découvrir d’autres sites semblables à celui de Kamloops », dit encore le grand chef. 

Le pape François a exprimé sa « douleur », dimanche, lors de la prière sur la Place Saint-Pierre sans pour autant s'excuser malgré les multiples appels allant en ce sens.
Par contre,  l'archevêque de Vancouver Michael Miller avait présenté ses « sincères excuses et profondes condoléances aux familles. L'Église a incontestablement eu tort de mettre en œuvre une politique gouvernementale colonialiste qui a été dévastatrice pour les enfants, les familles et les communautés », selon l’AFP. Et la Conférence Canadienne des Évêques catholiques a exprimé sa « profonde désolation » par la voix de l’archevêque de Winnipeg et la perte de ces enfants « qui brise le cœur. »

 

 

Irlande


Horreur, disais-je en parlant de ces enfants indiens du Canada pauvres victimes d’une politique d’assimilation culturelle forcée durant des décennies. Mais une enquête, tant attendue, en République d’Irlande avait dévoilé, fin 2020, comment durant des décennies s’était exercée la maltraitance de dizaines de milliers de mères en Irlande et à la mort inutile de milliers d'enfants, des années 1920 à la fin du siècle.

L’hebdomadaire anglican Church Times a donné une large place le 14 janvier dernier au rapport d’enquête sur les foyers en Irlande qui accueillaient les mères célibataires âgées de 12 à 40 ans. On en a dénombré environ 56 000 et 57 000 enfants la plupart dans les années 60 et le début des années 70. Elles étaient enceintes, parfois victimes d’un viol, non mariées, démunies et frappées d’une honte sociale, dans un pays ultra catholique où bien sûr ni avortement ni contraception n’était envisageable.

La commission d’enquête a évalué à quelque 9000 les enfants morts dans ces institutions, c’est-à-dire plus du double de la mortalité commune mais probablement beaucoup plus en réalité. Ainsi au Sean Ross Home, un foyer d’accueil qui a fonctionné entre 1931 et 1969, 1090 nourrissons sont morts sur 6079, la plupart dans les 15 premières années du fonctionnement du foyer.

De nombreux décès ont été attribués à la pratique consistant à faire travailler les mères célibataires comme infirmières non rémunérées dans un hôpital pour maladies contagieuses à proximité, où elles ont contracté diphtérie et typhoïde. La maltraitance de ces mères célibataires s’est aussi exercée au quotidien avec l’entretien matériel sans répit et harassant de ces foyers.

L’enquête a été déclenchée par la découverte de l’absence totale d’actes d’inhumation de près de 800 enfants décédés dans l’un des foyers. Les fouilles ont alors découvert sur ce lieu une fosse septique désaffectée contenant des quantités importantes de restes humains. Concernant le traitement des femmes, le rapport souligne les violences psychologiques [elles sont considérées comme coupables, dépravées] dont ces femmes ont été l’objet y compris lors des accouchements où elles étaient rudoyées.

Et si la hiérarchie de l’Eglise catholique n’interférait pas dans la gestion quotidienne, elle s’est désintéressée du fonctionnement de ces institutions et de leurs abus et déviances, alors que l’évêque du lieu délivrait les autorisations aux ordres religieux qui voulaient ouvrir un foyer.

De fait si l'Église catholique n'a pas inventé cette marginalisation sociale des mères célibataires et les mauvais traitements dont elles étaient victimes, elle l’a renforcée par ses enseignements et le contrôle qu’elle a trop longtemps exercé sur les corps, jusqu’à récemment, en République d’Irlande.

Quant aux enfants, le rapport conclut que les foyers « n'ont pas sauvé leur vie mais plutôt ils semblent avoir considérablement réduit leurs chances de survie. » Un constat atroce. Alors que les taux de mortalité élevés « étaient connus des autorités locales et nationales à l'époque et étaient consignés dans des publications officielles », souligne encore le rapport.

A Cork, par exemple, il y a eu jusqu’à 75 % de mortalité en 1943. L'un des archevêque catholiques irlandais a reconnu que « Le contenu du rapport est une source de honte car nous sommes confrontés dans notre histoire très récente à la manière scandaleuse dont des femmes et des enfants vulnérables de notre société ont été privés de soins et de dignité et soumis à l'humiliation... Je reconnais et demande humblement pardon pour l'échec de l'Église pour la douleur et la souffrance subies par ces femmes et leurs enfants dans les maisons mères et bébés à l'échelle nationale. »

En fait, « C’est l’histoire d’une hypocrisie à grande échelle, d’une profonde misogynie et d’une cruauté sans nom, d’un système de classe qui n’avait que faire des plus pauvres et des marginalisés » que révèle le rapport déplore l’Irish Times Et l’Irish Independent, un autre quotidien irlandais : « En fait, cela arrangeait bien la société irlandaise de pouvoir enfermer ces femmes et ces enfants à l’abri des regards indiscrets. Le rapport constitue un acte d’accusation contre une Irlande où la bondieuserie avait pris le pas sur l’empathie, et la piété sur la compassion. »

Dans le même temps, « comme les mères célibataires étaient bannies de ce monde, et leurs enfants morts ou placés en famille d’accueil ou adoptés, les pères pouvaient simplement continuer à vivre leur vie, sans assumer aucune responsabilité ni subir aucune stigmatisation. »



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