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Culte évangélique au Brésil


Brésil évangélique


Claudine Castelnau

 

 

17 mai 2021

Le Brésil fait régulièrement partie de l’actualité internationale politique et religieuse depuis des semaines. Jaïr Bolsonaro, le Président du Brésil est en difficulté pour sa gestion désordonnée de la pandémie de Covi-19, les médias parlaient même fin avril de « chaos funéraire total, une crise sanitaire gigantesque et l’effondrement du système funéraire. »
Une crise que Bolsonaro a niée d’abord, suivant en cela son modèle américain Donald Trump, parlant de « gripette », refusant de porter un masque, d’instaurer des mesures de confinement ou l’interdiction de rassemblements. Un refus appuyé par les pasteurs évangéliques comme celui de l’« Assemblée de Dieu Victoire dans le Christ », l’une des plus grandes Eglises pentecôtiste du pays qui dans son temple au nord de Rio et devant des centaines de fidèles serrés les uns contre les autres affirmait : « Notre église va garder ses portes ouvertes ! L’église doit rester l’ultime bastion de l’espérance du peuple ! » appelant l’assistance à « ne pas entrer dans une névrose folle. [...]  Nous croyons que Dieu a le contrôle de toute chose. Nous croyons au pouvoir de la prière. C’est notre arme ! » affirmait-il. Et il n’est pas le seul ! « Nombreux sont les pasteurs au Brésil à s’être fait remarquer par leur « coronascepticisme », relevait le correspondant du Monde le 2 avril.

Ainsi Edir Macedo, « patron » de la grande Eglise universelle du Royaume de Dieu (1,8 millions de fidèles) appelait ses fidèles dans une vidéo à « ne pas se préoccuper du coronavirus », la pandémie étant, affirmait-il, une « tactique » orchestrée entre Satan, les médias et « les intérêts économiques pour semer la terreur. » Et les 195 députés (38 % des sièges) du lobby parlementaire évangélique avaient aussi appelé à garder les temples ouverts. Il aura fallu que les autorités fassent preuve de fermeté pour que les méga-églises pouvant accueillir jusqu’à 10000 fidèles ferment leurs portes malgré la résistance des pasteurs évangéliques.

Les leaders évangéliques niant la gravité de la crise « sont dans leur majorité des pentecôtistes très conservateurs à tendance fondamentaliste », explique un professeur à l’Université de Sao Paulo (USP) et sociologue des religions :  « Créationnistes, anti-intellectuels, ils sont adeptes de théories conspirationnistes et ont une vision “magique” du monde, centrée sur la conviction que le pouvoir divin peut intervenir pour résoudre tous les malheurs et protéger les fidèles des maladies ou des épidémies virales. »

Il y a aussi des raisons plus prosaïques : « Les pasteurs sont d’abord des chefs d’entreprise, animés par une logique entrepreneuriale », rappelle un spécialiste du monde chrétien à l’université de Goias. « Certains, tel Edir Macedo, figurent parmi les hommes plus riches du Brésil, dirigeant un empire commercial, allant des maisons de disques aux grands médias. S’il n’y a plus de culte, les fidèles ne viennent plus à l’église, ils ne paient pas leur contribution et ils se retrouvent en manque d’argent », conclut le chercheur.

Dans leur combat, ces « barons de la foi » disposent d’un allié de poids : Jair Bolsonaro. Catholique de naissance, mais « baptisé » en 2016 dans les eaux du Jourdain par un pasteur évangélique, le président d’extrême droite a reçu le plein soutien des grands leaders évangéliques lors de son élection et adopté, depuis, leur discours ultraconservateur. Ce qui n’a pas évité au chef de l’Etat d’être contesté, parfois de forte manière, par certains de ses alliés ultraconservateurs, pasteurs évangéliques ou même hommes d’affaires.

 

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Preuve de l’importance de la religion au Brésil, le site Brazil Selection qui propose des voyages organisés fait une large place à ce sujet dans les informations aux voyageurs... Sous le titre « Evangélisme, média et politique : Vers le pouvoir total au Brésil ? » on peut lire :
« Il y a autant de temples évangéliques au Brésil que de publics disponibles. Tous ceux qui, en fait, considèrent que la société faillit à résoudre leurs problèmes par les voix sociales, économiques ou politiques, et qui se tourne en désespoir de cause vers le surnaturel incarné par ces nouveaux prédicateurs ultra médiatisés [...] Grâce à leurs émissions à la télévision, l’influence des télé-évangélistes dépasse désormais le cadre strictement religieux : certains d’entre eux siègent à la chambre des députés. En 2014, ils étaient 80 représentants évangéliques élus au parlement ! [ils sont aujourd’hui 195]. Elus par des gens qui les sentent proches d’eux et qui préfèrent un candidat issu de leurs rangs, quitte à porter au pouvoir un quasi-inconnu. Lors des élections municipales brésiliennes de 2016, un candidat évangélique  à ainsi remporté la très convoitée mairie de Rio de Janeiro. Cette notion de pouvoir toujours plus grandissant fait d’ailleurs dire à certains observateurs que, dans un futur proche, un évangélique pourra être élu président de la République au Brésil. Un pasteur député et homme d’affaires influant – et célébrité controversée,  estime pour sa part que : « d’ici dix ans, il sera impossible de faire de la politique au Brésil sans s’allier avec les évangéliques. »

 

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Brésil encore avec cet article paru dans le supplément du Monde daté du 15 mai. Un Brésil inquiétant ! Violent. Le correspondant du Monde raconte le saccage d’un terreiro, un sanctuaire dans la banlieue nord de Rio où depuis des décennies avait lieu le culte du candomblé, une religion afro-brésilienne mêlant croyances chrétiennes et rites africains.

En 2019, trois jeunes armés de pistolets ont forcé l’entrée et ont obligé sous la menace la vieille dame de 85 ans grande prêtresse du camdomblé de ce terreiro de détruire tous les objets du sanctuaire et mis le feu aux instruments de musique et aux tenues rituelles parce que c’est « de la sorcellerie du démon. Tout ce qui était sacré a été détruit. Ce sont nos vies qui ont été brisées » pleure une fidèle.

Loin d’être un cas isolé, les autres religions afro-brésiliennes sont aujourd’hui victimes d’actes d’intolérance religieuse dans les favelas et les périphéries populaires de Rio où règne la terreur et plus de 200 lieux de culte auraient subi menaces et attaques armées, les obligeant à fermer.

Cette religion est très minoritaires et l’ensemble de religions issues de cultes traditionnels des esclaves et du catholicisme des conquérants portugais ne représenterait que 0,6 % de la population, surtout dans les grandes villes. « Le candomblé a longtemps été vu comme [...] associé aux esclaves et à la magie noire », explique un sociologue brésilien spécialiste des religion afro-brésiliennes.

Pourtant, dans les années 1950-1960, les racines africaines sont reconnues et à la mode. Mais les persécutions sont bien présentes à nouveau, orchestrées par les trafiquants de drogue armés qui tiennent les favelas et en ont expulsés les terreiros.  « Ils disent : Convertissez-vous à la religion évangélique ou partez. Ceux qui résistent prennent le risque d’être tués », raconte un pratiquant régulier du culte candomblé, lui-même expulsé de sa favela et menacé.

Et l’on découvre que l’un de groupes criminels les plus puissants et les plus brutaux de Rio, apparu en 2002 a fait alliance avec des Eglises évangéliques et inauguré le narcopentecôtisme : « Ces trafiquants sont très croyants. Ils voient le monde comme une guerre du bien et du mal et se donnent pour devoir de détruire les religions dites diaboliques, comme le candomblé, explique une anthropologue au journaliste. Mais persécuter les pratiquants de régions afro-brésilennes, c’est aussi une manière pour les trafiquants et les pasteurs d’assurer leur domination sur un quartier en expulsant toute concurrence »...

Et le « lobby de la Bible » (ces pasteurs néopentecôtistes) hostiles aux religions afro-brésiliennes a aussi une grande influence politique, jusqu’au sommet de l’Etat en la personne de Jaïr Bolsonaro qui a lui aussi comme Trump au temps de sa splendeur une pasteure évangélique exaltée à ses côtés et n’hésite pas à prendre la pose en compagnie de pasteurs pentecôtistes. Petite lueur d’espoir ?

Les ruines d’un terreiro légendaire ont été inscrites au patrimoine historique de Rio. Et une femme pasteur évangélique, députée socialiste à l’assemblée régionale de Rio se bat contre ces pasteurs qui manipulent la foi et tous ces « trafiquants évangéliques » au sein de groupes criminels.
« Commencées dans cette métropole de Rio, les attaques contre les lieux saints du candomblé se diffusent désormais comme une traînée de feu à travers le Brésil, touchant toutes les régions, du Nordeste à la frontière argentine en passant par Salvador, cœur spirituel des cultes afro-brésiliens [...] Rio est devenu la capitale de l’intolérance. »



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