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Des bûchers dressés pour incinérer les corps de victimes du Covid-19
sur un terrain converti en crématorium à New-Delhi, le 24 avril.
ALTAF QUADRI/AP


Inde

 

Claudine Castelnau

 

 

3 mai 2021


Nombreux bûchers funéraires

L’Inde affronte plutôt mal une flambée épidémique et la contamination à la Covid-19 est alarmante touchant toutes les classes sociales. « En ville, raconte par exemple l’AFP, le 27 avril, les bûchers funéraires et les crémations de masse se multiplient [...] Les cimetières et crématoriums indiens sont pris de court par le nombre croissant de décès liés à la Covid-19 ».
On brûle les corps dans la rue, dans les jardins, dans les parcs publics. Ainsi, près de New Delhi, la télévision a diffusé des photos de corps dans des linceuls alignés sur le trottoir en attente d’incinération. Ailleurs, des crématoriums, dans l’ouest de l’Inde, marchent 24 h sur 24 pour trois à quatre fois plus de défunts qu’à l’ordinaire.

A Surat, par exemple, une ville située dans l’ouest de l’Inde où la grande épopée du Mahabharata situe une halte du dieu Krishna, le responsable local du crématorium explique : « Jusqu’au mois dernier, nous incinérions une vingtaine de corps par jour. Mais depuis le début du mois d’avril, nous traitons plus de 80 corps par jour. »
Ce qui signifie pour les proches du défunt, une temps d’attente infini qui s’ajoute à la douleur de ne pouvoir respecter les rites solennellement.

Dans certains lieux, on manque de bois pour les bûchers [on commence à abattre les arbres des jardins publics] et les crématoriums demandent aux familles d’en apporter. Les tarifs des crémations ont aussi augmenté jusqu’à 20 fois le prix normal et l’on construit des plates-formes de crémation pour agrandir les crématoriums comme à New Delhi tandis que des familles, lasses d’attendre, ont commencé à incinérer près du crématorium.

Et pendant ce temps, des records de contamination sont atteints quotidiennement. « Dans la capitale, New Delhi, des témoins décrivent des couloirs d’hôpitaux encombrés de lits, de brancards et des familles suppliant en vain qu’on leur fournisse de l’oxygène ou une place pour leurs proches. Certains meurent aux portes des établissements hospitaliers. »

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui a fourni des équipements essentiels à l’Inde, décrit la situation comme « plus que déchirante ».  La Commission européenne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni tentent d’aider sur le plan médical. L’inde est actuellement le 4e pays le plus endeuillé au monde avec plus de 192 000 mort officiels depuis le début de la pandémie, et probablement beaucoup plus en réalité, relève le site franceinter tandis que la Covid, variant indien, met à l’épreuve les épidémiologistes et autres chercheurs : la mortalité élevée provoquée par ce variant est-elle due à la gravité du variant ou aux capacités défaillantes du système de santé indien, ou au deux…

 

Ad Vitam


Un système de santé en faillite

Un système de santé indien qu’une enseignante de l’université Bordeaux-Montaigne, spécialiste de l’Inde décrit comme « Fragile. Le système de santé indien est en faillite depuis longtemps. Cela fait des décennies que le pays n'a pas réellement investi dans la santé, sauf au coup par coup. Effectivement, le pays a éradiqué la variole dans les années 1960, et aussi quasiment éradiqué la polio. Il y a donc eu de grandes campagnes de vaccination. Les hôpitaux publics sont gratuits mais peu équipés, en général. La majorité des gens, qui ont les moyens, vont dans le privé. »

Et lors de la première vague de la Covid-19, [un confinement total] : « Le Premier ministre Narendra Modi a tout arrêté : l'école, le travail... Du jour au lendemain, des centaines de millions de saisonniers se sont retrouvés sans travail, rentrant chez eux à pied... Certains sont morts de faim sur les routes. »

« Une fête religieuse, les Kumbh Mela, qui était prévue pour 2022, a été avancée d'un an parce que l'alignement des étoiles, a-t-on dit, ne correspondait pas. Les Kumbh Mela sont des pèlerinages qui ont lieu tous les douze ans à tour de rôle dans quatre lieux sacrés de l'Inde. Des centaines de personnes ont été testées positives au coronavirus au sein des foules qui se pressent sur les bords du Gange, la plupart sans masque pour ce pèlerinage hindou de Kumbh Mela »

Le virus a été découvert chez plus d'un millier de pèlerins en à peine 48 heures, là où a lieu cette année le rassemblement. Des dizaines de millions de personnes participent à ce pèlerinage. Et l’annonce de la contamination n'a pas dissuadé les pèlerins de se rassembler en nombre et la foule s’est entassée sur les rives du Gange en attendant de pouvoir s'y plonger. Pour les hindous, ce bain permet de se purifier de ses péchés et de se rapprocher du salut.
« Notre foi est la chose la plus importante pour nous, a expliqué à l'AFP l’un des organisateurs et les pèlerins croient que les eaux du Gange vont les sauver de la pandémie. ».

Et la spécialiste de l’Inde énumère encore les occasions d’accélérer la contamination : « Il y a eu le Kumbh Mela, puis la fête de Holi, la fête des couleurs qui célèbre l’équinoxe de printemps dans le nord du pays. Puis les élections dans certaines régions, pour renouveler le Parlement local, avec des milliers de gens sans masque dans les meetings. Alors que le variant indien de la Covid-19 circulait certainement depuis quelques mois à bas bruit, les ingrédients étaient réunis pour un redémarrage en flèche de l'épidémie. »

Résultat navrant : l’Inde qui ne comptaient que 65 à 70 millions de pauvres avant la crise de la Covid en compte quelque 130 millions aujourd’hui... Près de 90 % de l’emploi est informel [ce qu’on appelle aussi l’économie grise] en Inde, d’où des travailleurs extrêmement vulnérables.

 


Une association musulmane « Les Anges de la grâce »

Le correspondant en Inde du quotidien Ouest-France a raconté en septembre dernier une histoire étonnante, alors que la Covid-19 sévissait lors de la première vague de contagion. Une association musulmane « Les Anges de la grâce », née avec le début de l’épidémie (en septembre 2020 il y avait déjà 4 millions d’Indiens contaminés et 78 500 morts) offre des funérailles dignes à tous ceux qui qu’elle que soit leur religion et dans le respect de leurs rites funéraires sont dans le besoin et font appel à eux.

Tanveer, l’un des « Anges » explique : « Nous venons gratuitement chercher le corps à l’hôpital, nous l’emmenons au crématorium pour les hindous, au cimetière chrétien ou musulman. Notre groupe a déjà pris en charge plus de 400 corps. Bien que musulman, Tanveer a appris à réciter les mantras et effectuer les gestes rituels hindous. Avant que les portes du four ne s’ouvrent pour le père de Saloraj [qui n’avait pas de quoi payer un prêtre hindou], Il recouvre son corps de fleurs, le parfume avec des encens, lui verse du lait dans la bouche ».

Puis « l’Ange Taveer » roule vers le cimetière chrétien où une autre famille a fait appel à son association. Les Anges de la grâce ont collecté des fonds pour payer le cercueil, négocié avec l’hôpital une réduction de la facture. « Finalement le corps est enterré ce soir et il va pouvoir reposer en paix. C’était un dernier voyage très difficile pour cet homme. »

Il est 21 h, Tanveer se repose un instant, assis sur une tombe. « Il y a beaucoup de fraternité et de générosité entre Indiens. Mais cette fraternité est aujourd’hui remise en cause pour des raisons politiciennes », remarque-t-il. 

Cette association musulmane est étonnante, dans une Inde régulièrement secouée par des épisodes de violences religieuses [contre les musulmans et les chrétiens] largement entretenues depuis l’arrivée au pouvoir en 2014, de Narendra Modi actuellement Premier ministre.

 


« citoyenneté hindoue »

Narendra Modi est arrivé au pouvoir avec son parti, le BJP, un parti nationaliste-hindou, soutenu par le VHP, une organisation religieuse hindoue et le RSS, une organisation paramilitaire. Cet ensemble prône l’idéologie de l’Hindutva [on dirait l’hindouité] que Modi avait déjà expérimentée dans l’Etat du Gujurat qu’il l’a gouverné. L’Hindutva veut favoriser une « citoyenneté hindoue » à laquelle les chrétiens et musulmans sont invités à adhérer sans abandonner leur religion, mais en acceptant la culture indienne sous tous ses aspects.

Difficile quand on sait les luttes menées contre les communautés non hindoues, et par exemple le projet de construction, hautement symbolique d’un temple au dieu Rama sur l’emplacement de la mosquée de Babri à Ayodhya, détruite par des fanatiques hindous. Depuis la victoire en 2014 du BJP et de Narendra Modi considéré comme un « dur » du parti, on constate une mise en pratique très nette d’une politique nationaliste hindoue : atteintes aux libertés fondamentales de la société civile ou de l’opposition, réécriture des programmes scolaires, pressions accentuées sur les minorités musulmane et chrétienne pour les inférioriser, mise en valeur des seuls temples hindous comme patrimoine national, interdiction de l’abattage des vaches allant jusqu’au meurtre non réprimé de musulmans seuls chargés d’en faire le commerce après abattage ce qui a menacé la subsistance même de familles de cette communauté... Enfin, le retour du religieux (hindou) dans la vie publique et plus précisément la volonté d’imposer les valeurs traditionnelles de l’hindouisme provoque le rétrécissement de l’espace démocratique et laïque de l’Inde, république laïque selon sa Constitution.


Ravages du populisme

Quant à la situation sanitaire indienne catastrophique, Le Monde du 27 avril dernier la décrit comme due « au défaut de prévision, à l’arrogance et à la démagogie » de Narendra Modi, le Premier ministre : « Préférant les harangues nationalistes aux conseils sanitaires, plus porté à l’autocélébration qu’à la protection des populations, M. Modi n’a fait qu’aggraver la situation. En campagne électorale pour la reconquête des Etats qui lui échappent, il a multiplié les meetings devant de gigantesques foules sans masques. Il a laissé se dérouler le pèlerinage de la Kumbh Mela, au cours duquel des millions d’Hindous se sont immergés, les uns contre les autres, dans les eaux du Gange, transformant les lieux en foyer de contagion géant. Face à ce désastre, l’heure est à la solidarité. Tout doit être fait pour alléger et écourter les souffrances des populations de l’Inde, que la pandémie a déjà fait retomber, par millions, sous le seuil de pauvreté. [...] Le drame indien, à l’instar de celui vécu par les Brésiliens, illustre aussi les ravages du populisme, partout où des marchands d’illusions prospérant sur les inégalités parviennent à vendre aux électeurs leurs promesses de salut fondées en réalité sur le nationalisme et l’ignorance. »

 



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