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Photo du prince Philip tenant le bâton de cérémonie de l'ile de Vanuatu



Vanuatu


Culte du prince Philip

 

Claudine Castelnau

 

 

12 avril 2021

Le prince Philip d’’Edimbourg, époux de la reine Elizabeth est mort le 9 avril dernier au château de Windsor, une forteresse médiévale construite par Guillaume le Conquérant au 11e siècle. Parmi les multiples titres de la presse britannique et étrangère le Huffington Post a raconté sur son site une curieuse histoire : s’il n’a jamais été roi, ce titre étant réservé aux monarques britanniques en exercice, le prince Philip n’en restait pas moins, comme époux de la souveraine, une figure majeure au Royaume-Uni. Et ailleurs, comme en témoigne le culte dont il était l’objet sur l’île de Tanna, dans le Pacifique, l’une des îles où l’explorateur James Cook pose le pied en 1774 et leur donne le nom de Nouvelles-Hébrides.

Ancienne colonie franco-britannique jusqu’en 1980 cet archipel devient indépendant après un référendum en 1980 et prend le nom de Vanuatu. Sur l’île de Tanna, « une tribu considère le duc d’Édimbourg comme une divinité associée aux esprits du volcan Yasur. Selon la mythologie locale, un esprit à la peau noire aurait émergé d’un volcan actif, tenant dans sa main droite des feuilles, signe de la maîtrise de la nature. Un esprit vêtu de blanc serait lui aussi apparu, tenant un objet susceptible d’être un marteau, symbole de la technologie. On raconte qu’il se serait envolé pour un pays lointain pour y épouser une reine et y prendre possession d’un royaume. Il s’agirait selon cette tribu du prince Philip », explique le Huffington Post. »

Ce mythe serait apparu après la visite de la reine Elizabeth et du prince Philip en 1974. Mythe officialisé en 2006, lorsqu’un chef de l’île de Tanna qui avait accueilli le couple princier a affirmé qu’il avait reconnu le prince, alors habillé de blanc, comme la réincarnation d’un dieu puissant qui vit dans les montagnes de l’île de Tanna. Et aujourd’hui, alors que le Royaume-Uni est en deuil, une tribu d’une île du Pacifique lointain pleure aussi son demi-dieu et durant les semaines à venir pratiqueront des rites, processions, danses, en souvenir du duc jusqu’à la cérémonie finale où de nombreux porcs seront sacrifiés.

Et le mythe a été consolidé par les photos dédicacées envoyées par le prince, dont une où il est représenté tenant un bâton de guerre, don des villageois. Mais si cinq hommes venus d’une tribu de l’île de Tanna ont été reçus par le prince au château de Windsor, lors du tournage d’une émission télévisée, celui-ci n’est jamais retourné sur l’île malgré les attentes... et la fête organisée chaque année depuis sa visite en 1974 sur l’île à la date anniversaire du prince.

« Alors qu’ils vivent à seulement quelques kilomètres du plus proche aéroport, ces membres de deux villages de l’ïle ont fait le choix de tourner le dos au monde moderne. Ce n’est pas une distanciation physique mais métaphysique », explique un anthropologue famillier de ces tribus. « Ils sont simplement éloignés de 3000 ans de nous ».

Et alors que le duc repose au château de Windsor, son âme accomplit son dernier voyage jusqu’aux rivages du Pacifique, dans son île spirituelle de Tanna où résidera parmi ceux qui l’ont aimé et révéré au cour de toutes ces années.

Mais une autre question se pose : « Qui succédera à leur divinité ? Le prince Charles ? Mais même si celui-ci devient la réincarnation de leur dieu, le prince Philip, ils en sont sûrs, reviendra un jour », dit l’anthropologue.

 

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L’histoire de la déification du prince Philip au Vanuatu et plus précisément sur l’île de Tanna semble être une relecture d’un mouvement politico-religieux plus ancien, celui de John Frum. Ce personnage mythique serait apparu en 1939, un homme à la peau claire, mi-humain mi-dieu, qui aurait prédit la guerre du Pacifique et l’arrivée des troupes alliées sur l’archipel. Probablement des soldats américains puisqu’il reste de leur passage dans l’archipel une bannière étoilée, devenue au cours du temps dans un village aux pieds du volcan Yasur, un symbole de résistance culturelle d’autant que ce culte a été sévèrement réprimé à ses débuts.

Car John Frum (on explique son nom par la réponse que faisaient les soldats américains (I am from... Je suis de...) aurait incité à renouer avec les danses et traditions spirituelles ancestrales longtemps interdites par les Eglises protestantes et catholique et l’administration.

Au-delà de l'histoire de John Frum, des mouvements similaires sont apparus à travers le Pacifique Sud après la guerre. Dans les régions isolées, la rencontre brutale avec une autre civilisation, les milliers de soldats alliés et leurs moyens technologiques, ont bouleversé les représentations du monde. Les populations locales ont parfois adapté leurs croyances après le départ des troupes alliées.

Deux ethnologues français qui ont étudié ces pratiques « millénaristes » ont vu dans le culte de John Frum l’un des tout derniers « cultes du cargo » dans cette aire mélanésienne. Le culte du cargo est un ensemble de rites qui apparaissent à la fin du XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle chez les aborigènes, en réaction à la colonisation de la Mélanésie (Océanie).

Durant la Seconde Guerre mondiale, la présence des Japonais et des Américains dans le Pacifique, ainsi que l’abondance de leurs équipements et de leurs biens, ont donné un nouveau souffle aux mouvements et aux idées « cargoïstes ». Il consiste à imiter les opérateurs radios américains et japonais commandant du ravitaillement (distribués par avion-cargo) et plus généralement la technique et la culture occidentales (moyens de transports, défilés militaire, habillement, etc.) en espérant déboucher sur les mêmes effets. En effet, les indigènes ignoraient que les Blancs fabriquaient eux-mêmes leurs marchandises ils ignoraient l'existence et les modalités de production occidentale ; dès lors, ils attribuaient l'abondance et la sophistication des biens apportés par cargo à une faveur divine. Le culte prit naissance en Mélanésie. Quasiment toute la Mélanésie, des îles Fidji à la Papouasie-Nouvelle-Guinée l'adopta simultanément (à l'exception de la Nouvelle-Calédonie), mais ce culte n’a connut une longévité exceptionnelle que dans l’île de Tanna au Vanuatu où aujourd’hui une tribu pleure non pas un prince mais une divinité. Un culte revivifié par la visite du prince Philip en 1974...



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