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L'ayatollah Ali Al-Sistani et le pape François, le 6 mars 2021 à Nadjaf. AP

 

Le pape en Iraq

 

 

Claudine Castelnau

 

 

8 mars 2021

La visite est historique ! Pour la première fois en 2000 ans, un pape, le pape François s’est rendu en visite dans ce pays du Moyen-Orient, l’Iraq, berceau de la chrétienté. Dans le pays depuis vendredi dernier jusqu’à aujourd’hui, le pape est venu « comme un pèlerin de la paix », a-t-il dit, « réconforter », les chrétiens irakiens très fragilisés. C’est le verbe « réconforter »  qui a été employé à plusieurs reprises aussi par les médias en même temps que le mot « réconciliation » par le pape désireux de poursuivre un dialogue avec les musulmans, version chiite cette fois-ci, alors qu’il avait déjà rencontré à plusieurs reprises l’imam de l’université al-Azhar, autorité de l’islam sunnite comme en 2019 à Abu-Dhabi.

La situation sécuritaire a longtemps retardé cette visite : le 21 janvier dernier, deux attentats meurtriers revendiqués par l’Etat islamique sur un marché de Bagdad ont fait 32 morts puis ces dernières semaines des tirs de roquette ont visé, comme le 3 mars, une base aérienne américaine tuant un civil américain. Les règlements de comptes entre les Etats-Unis et l’Iran se poursuivent toujours sur le sol irakien.

A cela s’est ajoutée une situation politique très instable et l’épidémie de Covid 19 qui a fait craindre que les foules se rassemblant lors de la venue du Pape ne propagent le virus très actif dans le pays. D’où des règles sanitaires strictes, les églises soumises à un nombre réduit de fidèles autorisés et une manifestation dans un stade à Erbil au nord du pays, uniquement accessible sur invitation.

L’occasion de ce voyage papal a fait se souvenir de façon plus vive encore ces tribulations vécues par l’Iraq. L’invasion américaine en 2003 et la chute de Saddam Hussein puis la guerre civile de 2006 à 2008 enfin la conquête d’un tiers de l’Irak par l’organisation Etat islamique de 2014 à 2017 qui a marqué le déclin de la communauté chrétienne. Estimée à 1,5 million sur 25 millions d’habitants lorsque Saddam Hussein est renversé, les chrétiens seraient entre 300 000 et 400 000 pour 40 millions d’Irakiens, soit 1 % de la population. 250 000 catholiques de l’Eglise chaldéenne ou syriaque, 150 000 d’autres Eglises comme l’Eglise assyrienne (20 000 fidèles) et l’Eglise syriaque orthodoxe (25 000 fidèles) et des protestants, une extrême minorité. Sans oublier les autres composantes religieuses du pays : le yézidisme, qui puise une partie de ses croyances dans le zoroastrisme, la religion de la Perse antique, et que l’on pratique uniquement dans la communauté kurde, enfin d’autres groupes en voie de disparition, nés dans cette Mésopotamie foisonnante sur le plan religieux

 

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Dans un article du 3 mars, Le Monde avait rappelé « les tribulations des chrétiens d’Irak » qui ont vécu l’enlèvement de nombreux prêtres contre rançon, y compris l’archevêque catholique de Qarakosh, près de Mossoul, enlevé en 2005, libéré contre une rançon équivalente à 850 000 euros, ou l’archevêque chaldéen de Mossoul enlevé et tué.

Des attentats contre les églises et les commerces de chrétiens les font fuir de Bagdad, ou de Mossoul, soit vers la plaine de Ninive ou au Kurdistan irakien... Le pape a commencé sa visite par la cathédrale syro-catholique Notre-Dame du Perpétuel Secours à Bagdad, où 48 catholiques avaient péri lors d’une sanglante prise d’otages par des djihadistes en octobre 2010.

Autres lieux restée sous le joug de l’Etat islamique pendant trois ans, entre 2014 et 2017, Mossoul et Qaraqosh, dans la plaine de Ninive, des villes en majorité chrétiennes, d’où quelque 120 000 chrétiens ont fui l’Etat islamique qui donnait aux chrétiens le « choix » de se convertir, de payer un impôt spécial comme dhimmis ou de partir. Rapidement dépouillés de fait, expulsés, leurs maisons seront saisies et les églises systématiquement dépouillées et détruites, comme le riche patrimoine antique.

Lors de la libération, un chrétien résume : « Daech avait tout volé. » Aujourd’hui, sur 50 000 habitants, 26 000 seraient revenus. « Ça fait de la peine à dire mais, il n’y a pas d’avenir pour nous, constate un chrétien réfugié sur le territoire kurde. Je dois travailler, envoyer mes enfants à l’école et pratiquer ma religion. A Mossoul, je ne pourrais pas le faire ». « Ce n’est pas que je n’ai plus confiance dans les musulmans, mais ils n’ont pas pu nous protéger. Certains de nos voisins ont même rejoint Daech » constate un autre. 

Ce sont ces villes que le pape a visitées dimanche prodiguant des paroles de consolation après les destructions, spoliations, expulsions et assassinats et encourageant à rester dans le pays, à maintenir une présence chrétienne et à reconstruire les bâtiments mais aussi les liens avec les autres composantes religieuses et à  protéger leurs racines.  Un avenir proposé pour dépasser la douleur et la haine.

 

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Samedi dernier, le pape a rencontré le Grand Ayatollah Ali Sisteni, une importante figure de l’islam chiite qui ne rencontre que rarement les leaders mondiaux, dans sa modeste maison. Le Vatican avait présenté la rencontre symbolique là comme un « signe de l’importance de la collaboration entre religions et leur coexistence en paix. » Et une colombe a été lâchée lors de l’arrivée du pape. Un communiqué de l’ayatollah après la rencontre disait que « toutes les grandes religions devaient faire un effort pour endiguer les tragédies que sont l’oppression, la persécution et la violence » et que « les citoyens chrétiens devraient pouvoir vivre comme tous les Iraquiens en sécurité et en paix et que leurs droits soient reconnus », une allusion peut-être aux milices chiites qui sont une menace et rend les chrétiens hésitants à rentrer en Iraq.

De même, une rencontre entre musulmans et chrétiens (les juifs étaient absents) a eu lieu « là où la foi est née », dans l’ancienne cité de Ur, qui selon les traditions chrétienne, musulmane et juive serait le lieu où le patriarche biblique Abraham est né. « Nous croyants a déclaré le pape lors de cette réunion : Nous ne pouvons rester silencieux quand le terrorisme trahit la religion.  Les nuages noirs du terrorisme, de la guerre et de la violence se sont abattus sur ce pays et toutes les communautés ont souffert. »

Le quotidien américain rendant compte de la visite du pape ajoute que « l’Ayatollah Sistani qui a 90 ans, bien que né en Iran est opposé aux théories théocratiques qui minent l’Etat iranien. Sistani prône une plus grande indépendance du clergé iranien trop impliqué dans la conduite du gouvernement, et la visite du pape pourrait être un sorte d’encouragement pour les fidèles chiites qui partagent ses vues. Il y a deux ans, le pape après avoir rencontré le grand imam d’Egypte, l’un des théologiens importants du monde musulman sunnite, avait appelé avec lui à la fin de la haine violente, de l’extrémisme et du fanatisme aveugle, au nom de leur foi réciproque. Comme un traité de paix entre ces deux responsables religieux. »

 

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Ur, dans le sud de l’Irak est un site archéologique capital. C’est l'une des plus anciennes et des plus importantes villes de la Mésopotamie antique, dans l'actuel Irak. Ur, son nom veut dire « la ville entre deux fleuves » [le Tigre et l’Euphrate] était alors située sur une des branches de l'Euphrate et proche du Golfe Persique. Le lendemain de son arrivée, en Irak, le pape avait choisi de se rendre en pèlerinage à Ur, considérée par la tradition comme la ville dont Abraham, le patriarche biblique et ancêtre revendiqué des trois religions (juive, chrétienne, musulmane) été originaire.

Selon les auteurs du livre de la Genèse qui rédigeaient ce texte pendant l’Exil des Juifs à Babylone (l’Iraq actuel) au 6siècle avant notre ère, ils racontent qu’Abraham avait quitté Ur et donc la Babylonie pour se rendre dans le pays que Dieu leur indiquait, et le parcourant, il dressait des autels dans tous les lieux importants sans jamais en posséder un lui-même, montrant ainsi aux Juifs qu’ils pouvaient comme leur ancêtre n’être que moralement citoyens de la terre d’Israël.

De même il était dit, dans le livre de la Genèse qu’Abraham avait envoyé un serviteur à Ur pour en ramener une épouse (Rébecca) pour son fils Isaac, de préférence à une fille de Canaan. Le pape François en privilégiant la ville d’Ur soulignait ainsi la commune citoyenneté des Juifs, des musulmans et des chrétiens. Autre voix, celle d’un assyriologue, qui travaille sur les tablettes d’argile retrouvées sur le site d’Ur au long des années.

Il a participé aux dernières campagnes de fouilles à Ur, la ville mésopotamienne, avec des archéologues. « Aucun texte, à Ur, ne parle d’Abraham. L’historien n’en trouve pas de trace, à aucune époque. Mais aujourd’hui, la plupart des biblistes considèrent que ce récit de la Genèse est davantage un texte de nature théologique qu’historique au sens moderne. »


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